Ce dimanche 10 mai 2026, le ministre israélien de la Culture et des Sports, Micki Zohar, a déclenché une nouvelle salve dans la guerre des récits entourant le 7 octobre 2023. Interviewé sur la radio 103FM par le journaliste Guideone Oukko, le ministre du Likoud a prononcé une formule qui a immédiatement embrasé les réseaux sociaux et l’espace politique : le massacre du Hamas a été planifié sous le gouvernement Bennett-Lapid, et c’est la faiblesse perçue de cette coalition qui en aurait fourni le terreau.
La déclaration est nette, presque chirurgicale dans sa brutalité : « Le désastre s’est produit sous notre garde, mais il a été planifié sous la précédente de Bennett et Lapid. » Puis le développement : « L’islam radical identifie la faiblesse quand tu n’es pas clair face à ton ennemi. Sinwar a vu la faiblesse du gouvernement, et selon tous les signes, c’est à ce moment-là qu’il a planifié cette opération. »
La thèse n’est pas entièrement nouvelle dans les rangs du Likoud — elle circule depuis les premières semaines qui ont suivi l’attaque. Mais que ce soit un ministre en exercice, depuis un studio de radio un dimanche matin, au cœur d’une campagne électorale qui s’annonce âpre, qui la formule avec cette précision-là : c’est un cran supplémentaire.
La coalition arabe comme ligne rouge
Zohar ne s’est pas contenté du passé. Il a projeté son argument vers l’avenir avec une avertissement qui constitue l’essentiel de son message politique : « Si demain matin se forme un gouvernement similaire qui s’appuie sur les partis arabes, le prochain 7 octobre est en route. » La formule est délibérément alarmiste. Elle vise à disqualifier par avance tout scénario d’alternance qui inclurait Ra’am ou d’autres formations arabes au sein d’une future coalition — exactement le type de configuration que l’alliance Bennett-Lapid avait incarnée entre 2021 et 2022.
C’est là que la déclaration bascule du commentaire historique au calcul électoral pur. Dans une campagne où la sécurité nationale constitue l’axe central de chaque positionnement, transformer la participation arabe en coalition en vecteur de risque existentiel revient à poser une bombe rhétorique au cœur du débat. Le message sous-jacent : voter pour l’opposition, c’est potentiellement voter pour un gouvernement structurellement vulnérable face au terrorisme.
Zohar a aussi défendu le Likoud face aux sondages défavorables qui circulent, renvoyant dos à dos les prédictions funestes et les médias : « Le soutien au Likoud va aller en s’amplifiant, malgré ceux qui nous font des éloges funèbres. Les prochaines élections vont être très difficiles, les trois quarts des médias sont très mobilisés contre le gouvernement. » La complainte anti-médias, classique dans l’arsenal du Likoud depuis des années, réapparaît ici comme pièce d’un argumentaire défensif.
Lapid répond au lance-flammes
La réplique du chef de l’opposition Yaïr Lapid n’a pas tardé, et elle n’a rien d’une riposte mesurée. Lapid a choisi l’attaque frontale, sans nuance et sans détours : « Micki, tu étais ministre dans le gouvernement le 7 octobre, et Netanyahou était Premier ministre. 1 200 personnes ont été assassinées et des centaines enlevées sous votre garde. Depuis trois ans, chaque matin nous nous réveillons avec un ‘autorisé à la publication’ sous votre garde. Vous avez ignoré tous les avertissements, vous avez renforcé le Hamas comme politique délibérée et vous avez provoqué le plus grand désastre depuis la Shoah. Fais au moins une chose : aie honte. »
La charge est totale. Elle reprend les arguments que l’opposition martèle depuis l’automne 2023 : que le gouvernement Netanyahu avait sciemment entretenu le Hamas comme contrepoids à l’Autorité palestinienne, qu’il avait autorisé les transferts de fonds qataris vers Gaza, et qu’il avait balayé les avertissements du renseignement militaire pointant une montée en puissance du Hamas. Des accusations que le Likoud conteste systématiquement, renvoyant précisément la balle vers la période Bennett-Lapid.
« Yishar » entre dans la danse
Le parti « Yashar ! » du général Gadi Eizenkot a également pris position, en attaquant lui aussi la manœuvre de Zohar, mais avec un angle différent : « Les déclarations des ministres du gouvernement du 7 octobre ne sont pas accidentelles, ils feront tout pour effacer la mémoire et leur responsabilité dans le plus grand désastre que nous ayons connu. Nous ne les laisserons pas faire. La commission d’enquête d’État que nous établirons dans le prochain gouvernement ne laissera pas pierre sur pierre pour atteindre la vérité et prévenir la prochaine catastrophe. »
Cette triple confrontation — Zohar contre la mémoire de Bennett-Lapid, Lapid contre le gouvernement Netanyahu, Eizenkot contre tous — illustre la configuration à venir d’une campagne électorale qui ne ressemblera à aucune autre dans l’histoire politique israélienne. Le 7 octobre ne sera pas qu’un sujet parmi d’autres : il sera le terrain de toutes les batailles, l’argument ultime de toutes les accusations.
À ce stade, chaque camp a sa version de la responsabilité, sa chronologie, son bouc émissaire. Ce qui manque encore — et ce que réclament des mouvements comme Yashar ! — c’est une commission d’enquête d’État indépendante capable de produire une vérité qui ne soit pas fabriquée à usage électoral. En attendant, les déclarations de dimanche matin continueront d’alimenter un cycle de récriminations mutuelles que les familles des victimes et des otages regardent, pour beaucoup, avec une amertume qui dépasse tous les partis.
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