Trump avait peut-ĂŞtre raison. Lors de cet appel tĂ©lĂ©phonique tendu, aux mots durs dont les Ă©chos ont secouĂ© les chancelleries cette semaine, le prĂ©sident amĂ©ricain avait lancĂ© Ă Benjamin Netanyahu : « Tout le monde te dĂ©teste maintenant. » La formule pouvait sembler une de ces explosions de colère dont le locataire de la Maison Blanche a le secret. Sauf qu’une Ă©tude mondiale publiĂ©e ce jeudi par le Pew Research Center — l’un des instituts de sondage amĂ©ricains les plus respectĂ©s — vient lui donner une caution statistique Ă©crasante.
L’enquĂŞte est colossale. Quarante-quatre mille six cent cinquante-sept personnes interrogĂ©es dans trente-six pays. Elle est prĂ©sentĂ©e comme la plus exhaustive depuis le dĂ©clenchement du conflit israĂ©lo-iranien. Et ses conclusions sont sans appel : 67% des adultes dans le monde entier ont une opinion nĂ©gative d’IsraĂ«l, contre seulement 25% qui voient le pays sous un jour favorable. Aucune des trente-six nations sondĂ©es ne compte une majoritĂ© qui perçoit positivement l’État hĂ©breu. ZĂ©ro. Pas une seule.
Ce n’est pas simplement un instantanĂ© — c’est une trajectoire. Par rapport aux donnĂ©es de 2025, la proportion de personnes ayant une mauvaise opinion d’IsraĂ«l a progressĂ© dans treize des vingt-quatre pays suivis de façon continue par Pew. La dĂ©gradation est mĂ©thodique, gĂ©ographiquement Ă©tendue, et elle ne se limite pas aux pays traditionnellement hostiles.
Le grand effondrement européen
L’Europe prĂ©sente le tableau le plus sombre. En Italie, aux Pays-Bas et en Espagne, au moins la moitiĂ© des adultes — et souvent bien plus — dĂ©clarent avoir une opinion « très nĂ©gative » d’IsraĂ«l. Ce n’est plus une rĂ©serve critique, c’est une hostilitĂ© assumĂ©e. En Allemagne, en Argentine et au Nigeria, la hausse des opinions nĂ©gatives atteint 9 points en un an. En Australie, en Italie, en Pologne et au Royaume-Uni, c’est la proportion de personnes se dĂ©clarant « très » nĂ©gatives — l’Ă©chelon le plus dur — qui progresse Ă deux chiffres.
La Hongrie, longtemps prĂ©sentĂ©e comme un bastion de sympathie envers IsraĂ«l grâce aux positions de Viktor Orbán, illustre Ă quel point la diplomatie entre dirigeants peut masquer un fossĂ© entre peuples. MalgrĂ© l’alliance affichĂ©e par l’ancien Premier ministre hongrois, 54% des Hongrois ont une opinion nĂ©gative d’IsraĂ«l, contre seulement 32% qui la voient positivement. La fracture gĂ©nĂ©rationnelle y est particulièrement brutale : 72% des Hongrois de 18 Ă 34 ans sont nĂ©gatifs, contre 45% chez les plus de 50 ans. Et la confiance envers Netanyahu y chute elle aussi : 65% des Hongrois dĂ©clarent n’avoir que peu ou aucune confiance en lui — huit points de plus qu’en 2025.
Washington et Londres : les alliĂ©s qui s’Ă©rodent
Parmi les donnĂ©es les plus politiquement sensibles figurent celles qui concernent les alliĂ©s traditionnels. Aux États-Unis, les opinions nĂ©gatives sur IsraĂ«l ont progressĂ© de 7 points. Au Royaume-Uni, la sĂ©lection de ceux qui expriment de la mĂ©fiance ou de l’antipathie envers l’État hĂ©breu a bondi de 8 points. Ce ne sont pas des ennemis dĂ©clarĂ©s — ce sont les partenaires historiques dont IsraĂ«l a toujours pu compter le soutien.
Le fossĂ© idĂ©ologique amĂ©ricain mĂ©rite une attention particulière tant il est abyssal : 83% des personnes se dĂ©finissant comme libĂ©rales ont une opinion nĂ©gative d’IsraĂ«l, contre seulement 37% chez les conservateurs. Chez les 18-34 ans aux États-Unis, 74% portent un regard dĂ©favorable, contre 49% chez les plus de 50 ans. La gĂ©nĂ©ration qui prendra les commandes politique et culturelle du pays dans les prochaines dĂ©cennies est, dans sa grande majoritĂ©, hostile Ă IsraĂ«l.
La Turquie, cas Ă part, confirme son statut de nation la plus hostile : 97% d’opinions nĂ©gatives, un record absolu dans l’Ă©tude. La CorĂ©e du Sud enregistre pour sa part l’aggravation la plus rapide en douze mois : le taux de mĂ©fiance envers Netanyahu y est passĂ© de 64% Ă 76%.
Netanyahu : une confiance en chute libre, sauf dans deux pays
Si la situation d’IsraĂ«l en tant qu’État est prĂ©occupante, celle de son Premier ministre sur la scène internationale est encore plus dĂ©licate. Ă€ la question « faites-vous confiance Ă Netanyahu pour agir de façon responsable dans les affaires mondiales ? », la rĂ©ponse est nĂ©gative dans la quasi-totalitĂ© des pays sondĂ©s.
Aux États-Unis, 59% des rĂ©pondants dĂ©clarent ne pas lui faire confiance, contre 27% qui lui accordent encore de la crĂ©dibilitĂ©. En Europe, la situation est plus cinglante encore : dans des pays comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède, l’Espagne et les Pays-Bas, plus de la moitiĂ© des adultes dĂ©clarent n’avoir « aucune confiance du tout » en lui. L’Italie mène le classement continental du rejet avec 88% de rĂ©pondants qui affirment ne pas lui faire confiance.
Dans ce panorama, deux pays font exception remarquable. Le Kenya et les Philippines sont les deux seuls pays au monde, parmi les trente-six sondĂ©s, oĂą plus de la moitiĂ© du public exprime de la confiance envers le Premier ministre israĂ©lien — 56% au Kenya, 53% aux Philippines. Ce paradoxe philippin est savoureux : dans ce mĂŞme pays, 64% de la population a une opinion nĂ©gative d’IsraĂ«l en tant qu’État, mais une majoritĂ© fait nĂ©anmoins confiance Ă son chef de gouvernement. Pew note que cela pourrait reflĂ©ter une distinction entre une critique institutionnelle et une perception personnelle de Netanyahu comme dirigeant fort.
Le seul continent favorable, et une lueur grecque
L’Afrique subsaharienne reste la seule zone gĂ©ographique oĂą IsraĂ«l conserve quelque chose qui ressemble Ă de l’affection. Le Kenya et le Ghana sont les deux pays les plus proches d’une majoritĂ© positive, avec respectivement 50% et 49% de sympathisants. Au Nigeria, malgrĂ© une dĂ©gradation cette annĂ©e Ă©galement, les sentiments positifs l’emportent encore sur les nĂ©gatifs.
En Europe, une seule exception orne ce tableau morose : la Grèce est le seul pays parmi les pays suivis en continu oĂą l’opinion sur IsraĂ«l s’est lĂ©gèrement amĂ©liorĂ©e depuis l’an dernier. LĂ©gèrement. Les chiffres demeurent modestes — 30% d’opinions positives — mais la direction est diffĂ©rente de celle de tous ses voisins.
Sur la question des opinions en Cisjordanie et Ă JĂ©rusalem-Est, 4% des rĂ©pondants se montrent positifs envers IsraĂ«l, contre 85% de nĂ©gatifs. Gaza n’a pas Ă©tĂ© incluse dans l’enquĂŞte.
Ce que Pew dessine, en dĂ©finitive, c’est moins un rejet ponctuel liĂ© Ă un conflit prĂ©cis qu’une lame de fond structurelle, gĂ©nĂ©rationnelle et idĂ©ologique. L’Ă©rosion du soutien Ă IsraĂ«l est plus forte Ă gauche qu’Ă droite — dans toutes les dĂ©mocraties occidentales sondĂ©es, l’Ă©cart idĂ©ologique est d’au moins 23 points en Europe et en OcĂ©anie — et elle est systĂ©matiquement plus marquĂ©e chez les jeunes. Ce n’est pas une vague passagère. C’est une carte qui se redessine.
Sur ce sujet, vous pourrez aussi consulter notre article : 77 pays ont boudĂ© Netanyahu Ă l’ONU : quand le boycott devient fuite devant la vĂ©ritĂ© — ainsi que notre analyse : Les pays qui ont votĂ© pour IsraĂ«l sont dĂ©jĂ devenus des destinations prisĂ©es des IsraĂ©liens






