Les centres commerciaux sont bondĂ©s. Les plages dĂ©bordent. Les terrasses de cafĂ© affichent complet. Les matchs de football ont repris, encadrĂ©s par des consignes de sĂ©curitĂ©. Et pourtant, le Mur des Lamentations — le lieu le plus saint du peuple juif, le dernier vestige du Temple — reste fermĂ©. Vide. Silencieux. En plein Pessah, la fĂŞte de la libertĂ©, au moment prĂ©cis oĂą des dizaines de milliers de fidèles s’y rendent chaque annĂ©e pour la bĂ©nĂ©diction des cohanim, la place est dĂ©serte. Pas de protocole d’accès encadrĂ©. Pas de solution alternative. Juste des portes closes.
C’est ce paradoxe que pointe avec force Elad Brashi dans une tribune publiĂ©e ce Shabbat — un paradoxe qui dĂ©passe la simple question logistique pour toucher Ă quelque chose de plus profond : le rapport d’une sociĂ©tĂ© en guerre Ă ce qui fait son âme.
Une sociĂ©tĂ© qui continue de vivre — et c’est juste
Il faut d’abord dire ce qui doit ĂŞtre dit : la rĂ©silience de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne face Ă cette guerre est remarquable. Depuis le 7 octobre, et tout au long de cette escalade avec l’Iran, le Commandement du front intĂ©rieur a fonctionnĂ© avec prĂ©cision. Les protocoles d’alerte ont Ă©tĂ© respectĂ©s. Et la population a trouvĂ©, dans cet Ă©quilibre difficile entre urgence et quotidien, la manière de continuer Ă exister.
Les centres commerciaux ouverts, les plages frĂ©quentĂ©es, les restaurants pleins — ce n’est pas de l’inconscience. C’est une rĂ©ponse collective et dĂ©libĂ©rĂ©e Ă la guerre : refuser de laisser la peur paralyser entièrement la vie civile. C’est une forme de rĂ©sistance que les IsraĂ©liens ont apprise Ă pratiquer depuis des dĂ©cennies, et qui a prouvĂ© sa valeur psychologique et sociale.
Mais c’est prĂ©cisĂ©ment dans ce contexte que la fermeture du Mur des Lamentations apparaĂ®t comme une anomalie difficile Ă justifier.
Le cœur battant du peuple juif
Le Mur des Lamentations n’est pas un site touristique. Ce n’est pas un stade, ni un centre commercial, ni une attraction. C’est le lieu oĂą des gĂ©nĂ©rations de Juifs ont portĂ© leur douleur, leur espoir et leur prière depuis deux mille ans. C’est le point de convergence symbolique et spirituel d’un peuple entier — en IsraĂ«l et dans la diaspora. Et Pessah, avec la bĂ©nĂ©diction des cohanim qui rassemble chaque annĂ©e des foules immenses dans la vieille ville de JĂ©rusalem, est prĂ©cisĂ©ment le moment de l’annĂ©e oĂą ce lien est le plus intense, le plus visible, le plus nĂ©cessaire.
Cette annĂ©e, la place est vide. Et aucune explication publique, aucun protocole d’accès encadrĂ©, aucune solution crĂ©ative n’a Ă©tĂ© proposĂ©e — alors que des solutions ont Ă©tĂ© trouvĂ©es pour maintenir ouverts des dizaines d’autres lieux de rassemblement bien moins symboliques.
L’absence de pensĂ©e crĂ©ative, voilĂ le vrai problème
L’auteur de la tribune n’exige pas l’impossible. Il ne demande pas que le Mur soit ouvert sans restrictions dans un contexte de guerre. Il pose une question plus prĂ©cise et plus dĂ©rangeante : pourquoi n’a-t-on mĂŞme pas essayĂ© ? Pourquoi n’existe-t-il pas de protocole d’accès encadrĂ©, limitĂ©, sĂ©curisĂ© — comme cela a Ă©tĂ© fait pour d’autres lieux de rassemblement ?
C’est l’absence de rĂ©flexion, l’absence de sensibilitĂ© Ă ce que reprĂ©sente ce lieu, qui blesse. Non pas une dĂ©cision difficile prise après pesĂ©e des enjeux, mais une non-dĂ©cision, un oubli, une indiffĂ©rence administrative Ă ce qui constitue le cĹ“ur spirituel d’un peuple qui se bat prĂ©cisĂ©ment pour le droit de continuer Ă exister en lien avec son histoire et sa foi.
Davantage qu’une question religieuse
Cette tribune dĂ©passe le cadre strictement religieux. Elle touche Ă la question de ce pour quoi IsraĂ«l se bat. Si les soldats tombent, si les familles descendent dans les abris, si la sociĂ©tĂ© entière se mobilise depuis des mois — c’est pour dĂ©fendre quelque chose. Et ce quelque chose inclut le droit d’un peuple Ă accĂ©der Ă son lieu saint le plus important, au moment le plus chargĂ© de sens de son calendrier.
Laisser le Mur fermĂ© pendant que les centres commerciaux tournent Ă plein rĂ©gime envoie un message implicite sur les prioritĂ©s d’une sociĂ©tĂ© — et ce message mĂ©rite d’ĂŞtre questionnĂ©, mĂŞme en temps de guerre, peut-ĂŞtre surtout en temps de guerre.
La tribune se termine sur une note de foi sobre et déterminée, citant la prière traditionnelle pour la reconstruction du Temple : que nous soyons témoins de sa reconstruction, que les cohanim reprennent leur service, que les lévites chantent à nouveau.
Pour l’heure, les pierres se taisent. Mais l’attente, elle, ne s’est pas tue.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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