Une autre erreur pourrait bientĂ´t s’ajouter Ă la pile d’erreurs de calcul du Hamas. La dĂ©mission des ministres du camp d’État Benny Gantz et Gadi Eizenkot du gouvernement a Ă©tĂ© accueillie avec une grande joie par l’organisation terroriste. La tempĂŞte politique a Ă©tĂ© dĂ©crite par lui comme « l’abandon d’un navire en perdition », mais Ă travers la fĂŞte arabe de l’Aid, le manque de comprĂ©hension Ă l’égard d’IsraĂ«l est Ă©vident.
L’un des commentateurs les plus proches du Hamas, Ibrahim al-Madhoun, a identifiĂ© que c’Ă©tait le dĂ©part d’Izenkot qui constituait l’Ă©vĂ©nement le plus significatif. Selon lui, le ministre possède une expertise et une expĂ©rience prĂ©cieuses en matière de sĂ©curitĂ©, et sa retraite aura « un grand impact sur l’avenir de la guerre et le fonctionnement du gouvernement ».
Un autre responsable palestinien, affiliĂ© Ă l’organisation, a estimĂ© que la poursuite de la guerre pourrait conduire Ă l’expansion du front contre le Hezbollah au Liban et Ă une crise contre les Etats-Unis.
Le Hamas estime apparemment que la dĂ©mission de Gantz et d’Eizenkot pourrait conduire IsraĂ«l Ă commettre des erreurs stratĂ©giques. Des mesures qui la conduiront inĂ©vitablement Ă mettre fin Ă la guerre – sans accord d’otages et sans renverser son pouvoir. Dans l’environnement de l’organisation, le mĂ©pris manifestĂ© Ă l’Ă©gard d’autres membres du gouvernement ayant peu d’expĂ©rience en matière de sĂ©curitĂ© est Ă©galement Ă©vident. Cependant, il est facile d’oublier que le cabinet politico-sĂ©curitaire compte des membres ministĂ©riels avec une expĂ©rience non moins riche que Gantz et Eizenkot, comme l’ancien chef du Shin Bet Avi Dichter, le ministre de la DĂ©fense Yoav Galant et mĂŞme le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Ainsi, la manière dont sont interprétés les développements du côté israélien pourrait éloigner le Hamas d’un compromis sur l’accord sur les otages. Il est très probable que Sinwar choisira d’attendre une erreur stratégique du gouvernement, qui lui évitera d’être éliminé. Il semble qu’il continuera à insister sur des garanties écrites pour la fin de la guerre et le retrait de Tsahal dans l’accord.
C’est l’un des nombreux paris de Sinwar qui pourraient Ă©chouer. Au fil des jours, Tsahal accumule les rĂ©alisations tactiques pour constituer une masse stratĂ©gique : elle tue davantage de terroristes, dĂ©mantèle davantage d’infrastructures terroristes, rassemble davantage de renseignements et, comme nous l’avions prĂ©dit samedi, libère Ă©galement des otages, et ce malgrĂ© l’Ă©chelle que les États-Unis, l’Égypte et le Qatar ont placĂ© le Hamas, Sinwar refuse fermement de sortir de jour en jour du gouffre profond.
Dans le mĂŞme temps, sans que le Hamas ne s’en aperçoive, leur part dans l’opinion publique palestinienne est sur une tendance Ă la baisse. Ceux qui rĂ©coltent lentement les dividendes politiques sont les membres du Fatah de l’AutoritĂ© palestinienne. Face Ă l’Ă©chec militaire du Hamas, engagĂ© dans une guerre de survie, sur la scène politique, les reprĂ©sentants d’Abou Mazen font des progrès : une sĂ©rie de pays en Europe reconnaissent les uns après les autres un Etat palestinien, les Saoudiens conditionnent la normalisation à « une voie irrĂ©versible » pour un Etat palestinien (dirigĂ© par l’OLP), et IsraĂ«l a Ă©tĂ© inclus dans « La liste noire des Nations Unies ». Toutes ces mesures (et pas seulement) sont le fait de Ramallah – et n’ont rien Ă voir avec le Hamas lui-mĂŞme.
Dans le mĂŞme temps, depuis samedi, de vives critiques ont Ă©tĂ© entendues dans les rues de Gaza Ă l’encontre de la direction du Hamas après les nombreux morts Ă Nuseirat. MĂŞme dans les mĂ©dias arabes, les hauts responsables de l’organisation bĂ©gayent presque rĂ©gulièrement. Cette semaine, c’est Razi Hamed qui a Ă©tĂ© interrogĂ© sur la dĂ©tention d’otages parmi la population civile, lorsque cela les met en danger. Sans le vouloir, l’amère vĂ©ritĂ© est apparue pour lui : « La situation est complexe, IsraĂ«l est entrĂ© dans presque toutes les zones de Gaza, et il n’y a presque aucun mètre qu’il n’a atteint. Cacher les personnes enlevĂ©es pendant huit mois est un miracle Ă mon avis. »
Il semble que mĂŞme le Hamas ne sait pas exactement comment il pourra garder les personnes enlevĂ©es qui sont restĂ©es en sa possession Ă Gaza, alors que la guerre ne devrait pas s’arrĂŞter dans le cadre d’un accord. Ils ont jetĂ© leur or sur une faiblesse imaginaire d’IsraĂ«l. Selon eux, le retrait d’un parti du gouvernement, voire les manifestations en faveur des kidnappĂ©s, sont la preuve d’une menace contre le gouvernement. En pratique, ils sont le signe d’un pays dĂ©mocratique sain, dotĂ© d’une solidaritĂ© sociale exceptionnelle.





