Le tribunal autorise la publication du nom : voici le mohel soupçonné d’homicide par négligence sur un nourrisson

Un nourrisson meurt trois semaines après sa brit milah. Un mohel de 66 ans est mis en cause. Et pendant deux semaines, son identité reste protégée par décision judiciaire. Ce mercredi matin, le tribunal de district a levé l’interdiction de publication : le suspect s’appelle Moshé Dra’i, il réside à Bné Brak, et les faits qui lui sont reprochés sont d’une gravité rare.

L’affaire remonte au 4 mars dernier. Ce jour-là, Moshé Dra’i pratique une brit milah sur un nourrisson. Selon l’acte de mise en cause, le mohel aurait commis une erreur fatale lors du bandage de la plaie : en obstruant de manière significative la circulation sanguine, il aurait créé les conditions d’une nécrose. Les enquêteurs soulignent également l’utilisation d’un tissu inadapté au type d’intervention, un élément qui aurait aggravé les complications. Le sexe du bébé est touché. Son état se dégrade progressivement.

Pendant trois semaines, les médecins se battent pour le maintenir en vie. Ils n’y parviennent pas. Le décès est constaté — environ deux semaines après la brit, selon les informations publiées par Walla News. La police, saisie du dossier, procède à l’arrestation de Dra’i. L’enquête est confiée à une procureure dédiée. Des expertises médico-légales sont ordonnées.

Un passé qui resurgit

Ce qui rend ce dossier encore plus lourd, c’est ce qu’il révèle sur le passé du suspect. Lors de l’audience, le représentant de la police, le commandant Moshé Gerstenzang, a exposé un fait troublant : il y a deux ans, un tribunal rabbinique avait statué, dans le cadre d’une procédure d’arbitrage, que Moshé Dra’i ne pouvait plus exercer en tant que mohel. Cette décision avait toutefois été annulée par un tribunal civil pour vice de procédure — et Dra’i avait donc repris son activité, en toute légalité formelle.

Le commandant Gerstenzang a également indiqué que des documents médicaux liés à des procédures civiles concernant des incidents similaires survenus ces deux dernières années existent dans le dossier. Le parquet a demandé à les verser à la procédure pénale en cours. Ce n’est donc pas un cas isolé que les enquêteurs examinent, mais potentiellement un schéma.

Une première expertise du Dr Chen Kogel, rattaché à l’Institut de médecine légale, aurait d’ores et déjà relevé des indicateurs de négligence. La police précise que l’enquête se poursuit.

L’absence au chevet de l’enfant

Un autre élément retient l’attention dans le récit des faits : lorsque les parents du nourrisson, inquiets de la dégradation de l’état de leur fils, ont contacté Moshé Dra’i, il ne s’est pas déplacé. Il aurait envoyé à sa place deux autres mohalim. Ce détail — l’absence du praticien devant une complication qu’il était le premier à pouvoir évaluer — alourdit le tableau de ce que les enquêteurs qualifient de négligence.

La police a tenu à exprimer publiquement ses condoléances à la famille du nourrisson, assurant qu’elle poursuivrait une enquête approfondie pour « rechercher la vérité et mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires dans ce dossier ».

Cette affaire ravive une question qui revient régulièrement dans les discussions rabbiniques et judiciaires : celle de l’encadrement des mohalim et des mécanismes permettant d’écarter ceux dont la compétence ou le comportement présente un risque. Le cas Dra’i illustre les limites du système actuel — une décision rabbinique annulée par une juridiction civile, des antécédents présumés jamais traduits en interdiction d’exercer, et un enfant mort.


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