C’est un signal que l’aviation civile israélienne attendait depuis des mois. L’Agence européenne de la sécurité aérienne, l’EASA, a modifié mardi ses consignes concernant Israël, levant officiellement la recommandation de ne pas voler vers l’aéroport Ben-Gourion qui était en vigueur jusqu’à ce jour. Dans la nouvelle classification publiée par l’agence, la situation en Israël n’est plus cataloguée comme un « conflit militaire intense », mais comme une période de « tensions accrues » — une distinction sémantique qui ouvre juridiquement la voie à une reprise progressive des liaisons européennes vers Tel Aviv. Chaque compagnie aérienne devra désormais conduire sa propre évaluation des risques avant de décider si elle reprend ou non ses vols, sans que l’EASA ne lui en fasse plus l’obligation de ne pas le faire.
L’interdiction stricte reste maintenue, en revanche, pour trois destinations du voisinage immédiat : l’Iran, le Liban et l’Irak — trois pays directement engagés dans le conflit régional en cours. Cette asymétrie de traitement confirme qu’aux yeux de l’agence européenne, Israël a franchi un seuil de déconfliction suffisant pour permettre une reprise commerciale, même si le contexte régional demeure fragile.
Parmi les premiers candidats à la reprise figure Wizz Air, la compagnie hongroise à bas coûts qui avait déjà signalé son intention de revenir sur la liaison avec Israël avant la fin du mois, sous réserve précisément de la levée de la recommandation européenne. D’autres transporteurs européens pourraient suivre dans les semaines à venir, en fonction de leurs propres analyses de risque et de la dynamique de la demande.
Mais cette ouverture réglementaire arrive dans un contexte économique qui donne le vertige. Le rapport d’activité d’avril de l’aéroport Ben-Gourion est accablant : 477 000 voyageurs seulement ont transité par l’aéroport ce mois-là — entrées et sorties confondues — contre 1,8 million en avril de l’année précédente. Un effondrement de 74 %, sans précédent dans l’histoire récente de l’aviation israélienne, même comparé aux pires moments de la période Covid. L’aéroport tourne en ce moment à moins du quart de sa capacité habituelle.
Ce chiffre a provoqué un signal d’alarme urgent du directeur de l’Autorité israélienne de l’aviation civile, Shmuel Zakai — le même dont le nom apparaissait dans la gestion de l’aéroport lors des années de forte croissance. Dans un document adressé à la ministre des Transports Miri Regev et au directeur général du ministère, Zakai décrit une situation qui menace directement la survie des trois compagnies aériennes israéliennes à réseau réduit : Israir, Arkia et Air Haifa. La combinaison entre tensions régionales prolongées, hausse du prix du carburant et restrictions opérationnelles à Ben-Gourion forme selon lui un étau qui, sans intervention urgente, pourrait emporter ces transporteurs avant que la demande ne revienne.
Il pointe un problème particulièrement concret : la présence massive d’appareils militaires américains sur les tarmacs de Ben-Gourion. Zakai estime que l’aéroport fonctionne de fait comme une base militaire à activité civile résiduelle, et demande le transfert immédiat de ces appareils vers des bases de l’armée de l’air israélienne ou vers l’aéroport Ramon, dans le Néguev, afin de libérer les emplacements nécessaires à la reprise commerciale. Sans ce dégagement, la capacité à accueillir simultanément des compagnies civiles en nombre suffisant reste contrainte, même si les compagnies étrangères souhaitent revenir.
Zakai réclame également la mise en place d’un mécanisme d’indemnisation pour les compagnies israéliennes, avertissant qu’à défaut, leur survie et des prix raisonnables pour la saison estivale ne pourront être garantis. C’est un message qui résonne particulièrement fort pour les milliers de familles israéliennes qui envisagent de voyager cet été, souvent dépendantes d’Israir ou d’Arkia pour les destinations méditerranéennes à tarifs accessibles.
La levée de la recommandation de l’EASA est donc une bonne nouvelle, mais elle n’est que le premier domino d’une longue chaîne. Il reste à convaincre les compagnies européennes que leurs évaluations de risque internes aboutissent à une conclusion favorable, à résoudre la question de l’encombrement militaire à Ben-Gourion, à mettre en place les soutiens financiers nécessaires aux transporteurs israéliens, et à voir si la demande des voyageurs — refroidie par des mois d’incertitude et de tarifs exorbitants — répond au rendez-vous. L’été 2026 s’annonce comme un test décisif pour la capacité d’Israël à renouer avec sa connectivité aérienne internationale.
Pour aller plus loin sur la reprise des vols vers Israël :
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