Lorsque les Marocains Ă©liront un nouveau parlement la semaine prochaine, il s’agira probablement d’un organe avec encore moins d’influence que ses prĂ©dĂ©cesseurs rĂ©cents grâce Ă une nouvelle loi Ă©lectorale et Ă des mesures progressives du roi pour rĂ©affirmer son rĂ´le dominant.
Une dĂ©cennie après que les manifestations du printemps arabe ont conduit le roi Mohammed VI Ă donner plus de pouvoirs au parlement Ă©lu et au gouvernement qu’il aide Ă former, il a ramenĂ© la plupart des dĂ©cisions importantes dans les murs du palais.
« Au Maroc, nous avons une institution forte, la monarchie, qui Ă©clipse le reste des acteurs politiques », a dĂ©clarĂ© Mohammed Masbah, chef d’un groupe de rĂ©flexion marocain indĂ©pendant.
Les plans de dĂ©veloppement et les grands projets Ă©conomiques du Maroc ont Ă©tĂ© initiĂ©s par le monarque plutĂ´t que par le gouvernement, et plutĂ´t que de laisser le Premier ministre – issu du plus grand parti parlementaire – sĂ©lectionner les ministres clĂ©s, le palais l’a fait lui-mĂŞme.
Avec l’avènement de la pandĂ©mie, la monarchie a encore consolidĂ© son autoritĂ© exĂ©cutive, prenant le contrĂ´le de la plupart des dĂ©cisions stratĂ©giques, de l’achat de vaccins Ă l’aide Ă©conomique.
Souvent, le Premier ministre Saad Dine El Otmani semblait ĂŞtre la dernière personne au courant des initiatives majeures – y compris l’accord de l’annĂ©e dernière pour renforcer les liens avec IsraĂ«l, ce qu’il avait niĂ© se produirait.
DĂ©sormais, une nouvelle loi Ă©lectorale poussĂ©e par un ministre de l’IntĂ©rieur qui a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© par le palais rendra plus difficile pour les grands partis d’obtenir beaucoup de sièges, ce qui signifie que le parlement sera plus fragmentĂ© et tout gouvernement qui Ă©mergera encore plus faible qu’auparavant.
PARLEMENT FRAGMENTÉ
Les Marocains qui espéraient que les réformes du printemps arabe pourraient conduire à de véritables choix électoraux ont été déçus : le processus de constitution de coalitions et de rester en bonne odeur avec le palais a laissé la plupart des partis proposer des politiques similaires.
« Au Maroc, la monarchie s’attribue le mĂ©rite et le gouvernement prend le blâme », a dĂ©clarĂ© Masbah.
Le parti islamiste modéré PJD, qui a remporté le plus de sièges à chaque élection depuis 2011 et a pris la tête de la formation du gouvernement, a sans doute été le plus grand perdant politique.
Pris entre le contrôle du palais sur les plus grands ministères et la nécessité de partager les portefeuilles entre les partenaires de la coalition, il a eu peu de postes ministériels. Pendant ce temps, le parlement a fait adopter une loi autorisant la culture du cannabis contre la position du PJD.
La nouvelle loi Ă©lectorale, Ă laquelle s’est Ă©galement opposĂ©e le PJD, rĂ©duira encore son influence en modifiant la façon dont les sièges parlementaires sont attribuĂ©s, ce qui rendra plus difficile pour les partis d’obtenir un grand nombre de sièges.
« Les rĂ©formes Ă©lectorales… sont susceptibles de conduire Ă l’Ă©lection d’un parlement très fragmentĂ© », a dĂ©clarĂ© Amal Hamdan, analyste des systèmes Ă©lectoraux. Cela affaiblirait probablement tout gouvernement qui Ă©mergerait, renforçant encore la monarchie, a-t-elle dĂ©clarĂ©.
Si la loi avait Ă©tĂ© appliquĂ©e lors des Ă©lections de 2016, le PJD aurait eu un quart de sièges en moins et serait arrivĂ© deuxième, a dĂ©clarĂ© Abdelaziz Aftati, un haut dirigeant du PJD. Bien que les sondages Ă©lectoraux soient interdits, les analystes s’attendent Ă ce que le PJD perde du terrain lors du vote du 8 septembre.
Le parti pense qu’il a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© spĂ©cifiquement pour rĂ©duire son influence. Cependant, bien qu’il soit le plus grand parti au parlement et le chef de la coalition, il n’a pas pu empĂŞcher son adoption.
« Nous accepterions d’entrer dans l’opposition si c’est le libre arbitre du peuple exprimĂ© par des Ă©lections Ă©quitables. Mais pas par des règles antidĂ©mocratiques », a dĂ©clarĂ© Aftati.





