Les attaques « antisionistes » contre les synagogues sont devenues une routine

 

En 2021, le blogueur Elder of Ziyon publiait une caricature montrant un graffeur traçant « Free Palestine » sur une synagogue tout en proclamant haut et fort qu’il n’Ă©tait pas antisĂ©mite. L’intention Ă©tait satirique. Ce qui s’est passĂ© depuis ressemble davantage Ă  une prophĂ©tie accomplie.

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Depuis le 7 octobre 2023, et avec une frĂ©quence croissante qui ne laisse plus de place au doute, des synagogues dans le monde entier ont Ă©tĂ© ciblĂ©es par des actes de vandalisme arborant des messages explicitement politiques et anti-israĂ©liens. Deux nouveaux incidents survenus en quelques jours seulement illustrent une tendance qui s’est installĂ©e comme une nouvelle normalitĂ© inquiĂ©tante.

Ă€ Austin, au Texas, la CongrĂ©gation Beth Israel a Ă©tĂ© taguĂ©e le 25 avril avec les inscriptions « Mort Ă  IsraĂ«l » accompagnĂ©es d’une croix gammĂ©e. Quelques jours plus tĂ´t, le 23 avril, c’est une synagogue de Hot Springs, en Arkansas, qui recevait le message : « Pas de paix tant qu’IsraĂ«l existe. » Dans les deux cas, le FBI a ouvert une enquĂŞte pour crime de haine.

Une carte du monde de la honte

Ces deux incidents rĂ©cents ne sont que les derniers maillons d’une chaĂ®ne qui s’Ă©tire sur plusieurs continents. Le tableau dressĂ© par Elder of Ziyon, qui documente ces actes avec rigueur depuis des annĂ©es, est accablant. En octobre 2023, dès le lendemain du 7 octobre, une synagogue de Madrid Ă©tait ciblĂ©e. Ă€ Lyon, des graffitis en arabe glorifiant Gaza couvraient les murs d’une synagogue française. Ă€ ConcepciĂłn, au Chili, le Mouvement de jeunesse Lautaro revendiquait fièrement son tag : « Palestine libre. Ă€ bas le sionisme et l’impĂ©rialisme. » Ă€ Porto, la grande synagogue Kandoorie de la pĂ©ninsule ibĂ©rique n’Ă©tait pas Ă©pargnĂ©e.

En novembre 2023, le Chabad de Mercer Island, dans la rĂ©gion de Seattle, recevait la mention « Honte Ă  IsraĂ«l ». En juillet 2024, la Grande Synagogue de Sydney se voyait ornĂ©e d’une banderole rĂ©clamant des sanctions contre IsraĂ«l. Le Chabad de Squirrel Hill Ă  Pittsburgh — quartier tristement cĂ©lèbre pour la fusillade antisĂ©mite de 2018 — en faisait les frais Ă  son tour. En janvier 2025, toujours Ă  Sydney, une autre synagogue se retrouvait couverte d’inscriptions « Allah hu Akbar » et « Free Palestine » accompagnĂ©es d’une croix gammĂ©e. En avril 2025, c’Ă©tait Tucson. En juin 2025, Melbourne. En octobre 2025, Minneapolis. En novembre 2025, Sofia, en Bulgarie. En dĂ©cembre 2025, la synagogue de Rome. En fĂ©vrier 2026, Olney dans le Maryland, avec l’acronyme « AZAB » — « All Zionists Are Bastards ».

La mécanique du déni

Ce qui frappe dans chacun de ces cas, au-delĂ  de leur accumulation, c’est le discours qui les accompagne invariablement. Les auteurs, ou leurs sympathisants, affirment systĂ©matiquement qu’ils ne sont pas antisĂ©mites — qu’ils ciblent IsraĂ«l, l’État, la politique, le sionisme, pas les Juifs. Et les mĂ©dias, avec une constance dĂ©concertante, reprennent cette distinction sans la questionner.

Pourtant, la logique Ă©lĂ©mentaire devrait suffire Ă  invalider cet argument. Une synagogue n’est pas une ambassade. Ce n’est pas un consulat israĂ©lien ni un bureau du gouvernement de Tel-Aviv. C’est un lieu de prière, un espace communautaire, souvent le cĹ“ur identitaire de familles qui n’ont jamais mis les pieds en IsraĂ«l et n’ont aucun lien avec les dĂ©cisions politiques d’un gouvernement Ă©tranger. Taguer « Mort Ă  IsraĂ«l » sur les murs d’une synagogue Ă  Austin ou Ă  Lyon, c’est envoyer un message aux Juifs qui y prient — pas au premier ministre israĂ©lien.

La croix gammĂ©e qui accompagne rĂ©gulièrement ces slogans « politiques » est un aveu involontaire. Elle rĂ©vèle ce que le discours cherche Ă  masquer : que la frontière entre antisionisme et antisĂ©mitisme, dans ces actes prĂ©cis, n’existe tout simplement pas.

Un phénomène post-7 octobre

La corrĂ©lation temporelle est frappante. Avant le 7 octobre 2023, ces incidents existaient mais restaient relativement sporadiques. Depuis cette date, leur rythme s’est accĂ©lĂ©rĂ© de façon spectaculaire, sur tous les continents simultanĂ©ment. Ce n’est pas une coĂŻncidence gĂ©ographique — c’est le signe d’un climat mondial dans lequel la violence symbolique contre les lieux juifs est devenue acceptable pour une frange croissante de militants, au nom d’une cause qu’ils prĂ©sentent comme progressiste.

La documentation méticuleuse de ces actes est en elle-même un acte de résistance. Car la normalisation commence toujours par le silence — et le silence, ici, serait une complicité.

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