La question revient comme une marée. À chaque vague d’antisémitisme, elle resurface, toujours formulée de la même manière : pourquoi les haïssent-ils ? Les réponses sont connues — préjugés ethniques et religieux, fanatisme politique, esprit du complot, tout cela alimenté et nourri en retour par la jalousie, l’ignorance et le ressentiment. Ces explications ne sont pas fausses. Mais elles ont quelque chose de mécanique, d’insuffisant. L’antisémitisme, rappelle le chroniqueur Stephen Daisley dans le Jewish Chronicle, n’est pas une philosophie construite par la raison. C’est une folie volcanique toujours présente, attendant d’exploser à la première secousse d’instabilité sociale, de précarité économique ou de désordre spirituel.
Alors plutôt que de remettre les antisémites une fois de plus sur le divan du psychologue, Daisley propose de retourner la question : pourquoi tout le monde n’aime-t-il pas les Juifs ?
Un peuple qui devrait être célébré
La réponse que développe cet auteur non-juif a de quoi faire réfléchir. Les Juifs sont, à bien des égards, extraordinaires. Peuple élu selon leur propre tradition, scribes et érudits originels de la Bible, braveurs de pharaons, humiliateurs d’empires. Source du droit et de l’éthique modernes, compositeurs de certaines des plus grandes œuvres de la musique, de l’art et de la littérature de la civilisation. Porteurs d’une alliance ancienne traversée à travers deux millénaires d’exil. Survivants d’une tentative d’extermination. Restaurateurs d’une nation et d’une langue. Innovateurs en agriculture, en médecine et en technologie. À ce tableau, Daisley ajoute, avec une touche d’humour affectueux : et en plus, Gal Gadot.
Par toute logique, les Juifs devraient être considérés comme les plus grandes forces de caractère qui aient jamais foulé la Terre. Et pourtant.
Daisley reconnaît que cette présentation est simplifiée — elle ne dit pas toute la vérité. Mais elle en dit suffisamment. Et si des siècles d’antisémitisme ont pu se nourrir de mensonges, il devrait être possible, en s’appuyant sur des vérités, de cultiver quelque chose de radicalement différent : le philosémitisme.
Un mot qui fait tiquer — et pourquoi il ne devrait pas
Le mot filosémitisme fait parfois tiquer, y compris chez des Juifs eux-mêmes. L’image qu’il évoque — des chrétiens évangéliques de l’Arkansas en bus touristique en Judée-Samarie, testant leur hébreu Duolingo sur des colons ébahis, priant pour le rassemblement des Juifs afin de déclencher la fin des temps — est certes peu engageante. Mais ce n’est pas ce que Daisley a à l’esprit.
Par filosémitisme, il entend quelque chose de bien plus sobre et de bien plus sincère : un respect et une admiration pour la civilisation juive et ses fruits, une offre modeste d’amitié dans un climat de peur et de bigoterie. Pas une intrusion, pas une appropriation, mais l’expression décente de la solidarité d’un étranger qui voit ce qui se passe et le refuse. Un compagnon de route qui dit : vous ne porterez pas cela seul.
Ce que le filosémitisme n’est pas
Ce filosémitisme ne doit avoir aucun motif caché. Il ne doit rien demander en retour. Il ne doit ni fétichiser ni s’approprier la culture juive. Il ne s’agit pas de s’inviter au dîner du Chabbat, de commencer à porter une étoile de David, ou de se mettre à chercher une synagogue où l’on pourrait peut-être se convertir. Il ne s’agit pas non plus de considérer les Juifs comme une tribu exotique à observer de loin. C’est de la solidarité, pas du safari culturel.
En pratique, le filosémitisme commence par l’impulsion d’apprendre — de contrer l’ignorance des autres en s’attaquant d’abord à la sienne. Il passe par l’enseignement : si vous n’avez pas transmis à vos enfants le respect des Juifs et la révulsion face à ceux qui les méprisent, vous n’avez pas accompli votre devoir d’éducation. Il se manifeste aussi par le refus de se taire quand les Juifs sont pris pour cibles.
Éviter le miroir de la haine
Daisley met en garde contre un piège symétrique : laisser son filosémitisme se construire en miroir de l’antisémitisme. L’amitié ne consiste pas seulement à nier la haine. Ne voir les Juifs que comme des victimes en besoin de protection, c’est tomber dans un complexe de sauveur aussi réducteur que la haine qu’on combat. Et une amitié fondée uniquement sur des enjeux politiques n’a pas de durée.
Un filosémite doit vouloir voir s’épanouir la vie et la culture juives. Jonathan Sacks l’a dit : la façon dont une culture traite ses Juifs est le meilleur indicateur de son humanité ou de son absence. Mais pour Daisley, cela ne va pas assez loin. La culture dans laquelle il vit doit non seulement être humaine, mais comprendre les Juifs non comme une minorité à tolérer, mais comme des co-auteurs légitimes de cette culture.
Une culture filosémite est celle dans laquelle les Juifs sont libres, égaux et en sécurité — et dans laquelle une vie juive, quelle que soit la forme qu’elle prend, peut se vivre sans que personne n’y trouve quoi que ce soit de remarquable.
L’antisémitisme ne peut pas être minimisé. Mais il ne devrait pas non plus définir l’expérience juive, ni éclipser les sentiments chaleureux d’étrangers bienveillants.
Sur ce sujet, retrouvez également sur infos-israel.news :
- Retrait de la mezouza : « Les Juifs d’Europe cachent leur judaïsme car ils ont peur pour leur vie »
- Pourquoi Hitler a-t-il ciblé les Juifs ?
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés
Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News
📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢






