Les nĂ©gociations ont capotĂ© — et la facture de la guerre contre l’Iran tombe sur la table

Depuis le 28 fĂ©vrier, date du dĂ©clenchement des opĂ©rations militaires amĂ©ricaines contre l’Iran, les dollars s’Ă©vaporent au rythme des frappes. Et le Pentagone n’y va pas par quatre chemins : sans une enveloppe d’urgence de quelque 80 milliards de dollars, l’armĂ©e amĂ©ricaine risque de se retrouver Ă  court de financement dès cet Ă©tĂ©. Ce n’est pas une hypothèse d’Ă©cole — c’est l’avertissement que le sous-secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense Steven Feinberg a adressĂ© directement aux parlementaires cette semaine, en dĂ©taillant l’ampleur du gouffre budgĂ©taire creusĂ© par des mois de lchimh.

Le trou financier ne se rĂ©sume pas Ă  une ligne comptable. Il couvre la reconstitution des stocks de munitions entamĂ©s par les opĂ©rations contre TĂ©hĂ©ran, le paiement des soldes du personnel mobilisĂ©, les frais d’exploitation des navires de guerre et une sĂ©rie de dĂ©penses opĂ©rationnelles qui ne figuraient pas dans le budget ordinaire de l’annĂ©e fiscale en cours — lequel culmine pourtant dĂ©jĂ  au voisinage du trillion de dollars. Autant dire que la guerre a mis Ă  nu les limites d’un budget qui, si colossal soit-il, n’avait pas Ă©tĂ© calibrĂ© pour absorber un conflit ouvert de plusieurs mois.

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Le problème est double. D’un cĂ´tĂ©, les gĂ©nĂ©raux s’inquiètent de ce que les frappes successives ont vidĂ© des arsenaux dont d’autres théâtres d’opĂ©rations pourraient avoir besoin. L’armĂ©e amĂ©ricaine n’opère pas dans le vide — ce qu’elle tire sur l’Iran, elle ne peut pas le dĂ©ployer ailleurs. Des lĂ©gislateurs ont soulevĂ© cette prĂ©occupation frontalement : des munitions critiques ont Ă©tĂ© consommĂ©es en quantitĂ©s qui fragilisent la capacitĂ© de rĂ©ponse amĂ©ricaine sur d’autres fronts potentiels dans le monde. De l’autre cĂ´tĂ©, les responsables de la dĂ©fense ont prĂ©venu que si aucun crĂ©dit supplĂ©mentaire n’est votĂ©, les diffĂ©rentes branches de l’armĂ©e devront couper dans les entraĂ®nements et les activitĂ©s jugĂ©es prioritaires — les premières victimes Ă©tant souvent celles qui garantissent la prĂ©paration opĂ©rationnelle Ă  long terme.

Ă€ cela s’ajoute un facteur aggravant que le Pentagone ne maĂ®trise pas : le dĂ©ploiement massif de forces le long de la frontière sud des États-Unis, dĂ©cidĂ© pour d’autres raisons politiques, pèse lui aussi sur l’enveloppe globale. La demande de 80 milliards est donc le produit de plusieurs logiques qui se cumulent, et pas seulement du conflit iranien.

Une bataille politique en embuscade

La demande budgĂ©taire n’est pas qu’une affaire de comptabilitĂ© militaire. Elle est la mèche d’un affrontement politique que Washington redoutait depuis le premier jour des opĂ©rations. Car le prĂ©sident Donald Trump a lancĂ© cette guerre sans demander l’autorisation explicite du Congrès — et c’est prĂ©cisĂ©ment ce point que plusieurs parlementaires attendent de transformer en levier de blocage.

Le sĂ©nateur dĂ©mocrate Chris Murphy a mis les choses Ă  plat cette semaine : il n’existe pas, selon lui, soixante voix au SĂ©nat pour adopter un budget de guerre supplĂ©mentaire. Et il pointe directement la responsabilitĂ© de l’exĂ©cutif, reprochant Ă  l’administration de n’avoir Ă  aucun moment associĂ© les lĂ©gislateurs Ă  la conduite du conflit. Pour les dĂ©mocrates, le raisonnement est simple : une guerre menĂ©e sans vote d’autorisation est une guerre illĂ©gale, et financer cette guerre reviendrait Ă  cautionner rĂ©troactivement une dĂ©cision inconstitutionnelle.

Du cĂ´tĂ© rĂ©publicain, la tonalitĂ© est diffĂ©rente — mais l’urgence est partagĂ©e. Le sĂ©nateur John Barrasso, après une rencontre avec le secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense Pete Hegseth, a insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de s’assurer que l’armĂ©e dispose des ressources nĂ©cessaires et que les stocks d’armements Ă©rodĂ©s par les combats soient reconstituĂ©s sans dĂ©lai. La question n’est pas idĂ©ologique pour lui : c’est une question de capacitĂ© opĂ©rationnelle rĂ©elle.

Entre ces deux positions, le dĂ©bat qui s’annonce au Capitole sera autant une bataille sur la lĂ©gitimitĂ© de la guerre que sur son financement. La demande de 80 milliards force les Ă©lus Ă  se prononcer sur une opĂ©ration militaire qu’ils n’ont jamais officiellement approuvĂ©e — et dont certains contestent jusqu’au principe. Le Pentagone, lui, n’a pas ce luxe : les missiles coĂ»tent, les bateaux consomment, et les soldats attendent leur solde.

Ce que l’Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lera, si aucun accord n’est trouvĂ© d’ici lĂ , c’est la limite rĂ©elle d’une stratĂ©gie de guerre conduite Ă  crĂ©dit politique autant que financier.


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