Ce mardi matin, le ministre israélien des Affaires de la Diaspora, Amihai Shikli, s’est exprimé sur la radio 103FM dans un ton inhabituellement direct pour un membre du gouvernement. Alors que le mémorandum d’accord entre Washington et Téhéran se dessine et qu’une cérémonie de signature est prévue vendredi en Suisse, Shikli a choisi de braquer les projecteurs non pas sur l’Iran lui-même, mais sur l’axe périphérique qui l’entoure — et dont le rôle dans les négociations inquiète profondément Israël.
« Dangereux comme pas un », a-t-il tranché, pour qualifier l’implication de certains pays de la région dans les contacts entre les États-Unis et l’Iran. Sans les nommer directement dans la partie diffusée, les mots-clés associés à l’article — Qatar, Turquie, Pakistan — dessinent clairement le paysage de préoccupation que Shikli a évoqué. Ce sont précisément ces pays qui ont joué, à des degrés divers, le rôle de médiateurs, de facilitateurs logistiques ou d’interlocuteurs dans les négociations ayant abouti au mémorandum.
Liban : pas de retrait, pas de retour à la ligne bleue
Sur la question du Liban, Shikli s’est montré catégorique. Israël ne peut pas, et ne doit pas, se retirer de sa position actuelle pour revenir à la ligne bleue — la frontière internationale reconnue que les forces de Tsahal avaient observée avant le déclenchement du conflit. « Si nous reculons jusqu’à la ligne jaune, je serai le premier à dire que nous avons échoué. Je le dis clairement et sans ambiguïté. Si nous revenons à la ligne bleue, ce sera un échec à mes yeux », a-t-il affirmé.
Le ministre a précisé que les forces israéliennes se trouvent actuellement profondément à l’intérieur du territoire libanais, notamment à Ramat Tabnin et aux abords de Nabatiyeh. Il n’a pas préconisé le maintien de toutes ces positions, mais a insisté sur la nécessité de conserver les points stratégiques jugés indispensables. La formule qu’il a utilisée résume l’ensemble de la doctrine israélienne sur ce dossier : « Il ne faut plus jamais que nous défendions Metula depuis une position militaire située à l’intérieur de Metula. »
Cette référence à Metula — ville frontalière du nord d’Israël qui fut, avant le conflit, l’une des localités les plus exposées aux tirs du Hezbollah — est chargée de sens. Elle renvoie à la vulnérabilité structurelle que les analystes militaires israéliens désignaient comme l’une des principales leçons de 2006 et des années suivantes : une armée défendant ses propres villes depuis l’intérieur est une armée déjà en recul stratégique.
L’Iran averti : une attaque sur Israël serait une « erreur fatale »
Dans la nuit précédant l’interview, des responsables iraniens avaient émis des menaces selon lesquelles l’Iran riposterait par des frappes de missiles si Israël poursuivait ses opérations au Liban. Shikli n’a pas éludé la question. « L’Iran commettra une erreur fatale si elle attaque maintenant l’État d’Israël », a-t-il prévenu. Il a ajouté que la position d’Israël sur les plans militaire et stratégique était « incomparablement plus forte que celle de l’Iran », et que les acquis israéliens obtenus au cours du conflit « n’ont pas été effacés, même si un accord est en cours de finalisation ».
Cette séquence souligne la tension fondamentale qui habite le gouvernement israélien en ce moment : l’accord américano-iranien se fait sans Israël, et potentiellement contre certains de ses intérêts déclarés — notamment sur le dossier libanais —, mais Jérusalem refuse de se laisser marginaliser et continue d’affirmer sa liberté d’action militaire.
Witkoff et Kushner dans le collimateur — mais avec mesure
Evoquant la controverse autour de Steve Witkoff et Jared Kushner, les deux envoyés de Trump étroitement impliqués dans les négociations avec l’Iran et qui ont essuyé des critiques acerbes dans certains médias israéliens, Shikli a choisi une posture nuancée. « Ces surnoms sont inutiles, mais il y a matière à critique envers eux », a-t-il expliqué. Il a évoqué ce qu’il a appelé une zone d’ombre entre des intérêts potentiellement économiques américains et la capacité à analyser correctement la menace que représente le mouvement des Frères musulmans. « Il y a une confusion entre des intérêts qui sont peut-être économiques et américains et d’autres intérêts, et la capacité à chausser des lunettes idéologiques pour comprendre la profondeur du danger que représente le mouvement des Frères musulmans », a-t-il précisé.
Cette formulation vise indirectement le Qatar et la Turquie, deux pays avec lesquels Washington entretient des relations commerciales et diplomatiques étroites, et qui sont également connus pour leurs liens avec la mouvance des Frères musulmans — sujet de friction ancien entre Jérusalem et certains partenaires américains.
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Sur l’enjeu stratégique du front libanais : KAN : Tsahal approuve le projet d’étendre ses opérations au sud du Liban
Sur les menaces iraniennes régionales et le positionnement d’Israël : Netanyahu : « Le président turc n’est pas l’homme qui va nous faire la leçon »






