Le front nord, théâtre d’un face-à -face de plus en plus tendu, est aujourd’hui le décor d’une frustration sourde qui monte des rangs des réservistes de Tsahal. Les combattants de la division « Ha-Mapatz », qui ont pris le contrôle stratégique de Ras al-Bayada dans le sud du Liban, lancent un appel sans équivoque au Commandement du Nord : si l’armée n’envisage pas de poursuivre son offensive, leur maintien sur place en mission défensive devient pesant et, selon eux, injustifié.
Ces soldats, pour beaucoup mobilisĂ©s depuis le 7 octobre 2023, s’interrogent sur la pertinence stratĂ©gique de rester stationnĂ©s dans des zones conquises alors que le Hezbollah semble avoir dĂ©sertĂ© le combat direct au profit d’attaques Ă distance. Leur message, adressĂ© aux Ă©chelons supĂ©rieurs, est limpide : « Si nous ne sommes pas en mission d’attaque, libĂ©rez-nous de la dĂ©fense et confiez cette tâche aux forces rĂ©gulières. »
La division « Ha-Mapatz », sous le commandement du gĂ©nĂ©ral de brigade Beni Aharon, a opĂ©rĂ© conformĂ©ment aux plans du Commandement du Nord pour s’emparer du secteur de Ras al-Bayada, situĂ© Ă environ 14 kilomètres de la frontière israĂ©lienne, le long de l’axe cĂ´tier du district de Tyr. Les forces impliquĂ©es comprenaient la brigade rĂ©gionale 300, la brigade de rĂ©serve 226, ainsi qu’un groupement tactique du bataillon Rotem de la brigade Givati.
L’offensive sur Ras al-Bayada a Ă©tĂ© dĂ©crite par les officiers de rĂ©serve comme une opĂ©ration mĂ©ticuleuse et intelligente. PlutĂ´t que de s’engager dans une guerre d’usure frontale, Beni Aharon a choisi d’appliquer les tactiques qui avaient fait leurs preuves dans la bande de Gaza lorsqu’il commandait la brigade 401. Le rĂ©sultat sur le terrain a Ă©tĂ© surprenant : l’ennemi s’est Ă©vaporĂ©. « Ce qui s’est passĂ© concrètement, c’est que l’ennemi a fui. Le dispositif du Hezbollah s’est effondré », relate l’un des officiers.
Au cours des ratissages, notamment dans l’un des bâtiments sĂ©curisĂ©s par le bataillon Rotem, les soldats ont dĂ©couvert un lanceur de missile Kornet prĂŞt Ă l’emploi. La cellule qui devait l’actionner avait tout simplement abandonnĂ© son poste Ă l’approche des forces israĂ©liennes. Ce constat se rĂ©pète : dès que la pression de Tsahal se fait sentir et qu’une issue de secours reste ouverte, les combattants du Hezbollah choisissent la fuite plutĂ´t que l’affrontement.
Cependant, cette apparente facilitĂ© de conquĂŞte masque une rĂ©alitĂ© plus complexe. Si les combats au corps Ă corps sont rares, la menace reste omniprĂ©sente sous forme de tirs de missiles antichars, de drones explosifs et de roquettes. Les officiers critiquent d’ailleurs sĂ©vèrement le manque de soutien perçu de la part de la Marine israĂ©lienne. « Ils auraient pu nous aider Ă©normĂ©ment durant l’attaque, et mĂŞme maintenant. Mais ils hĂ©sitent constamment et cherchent des excuses », fustige un officier. Selon ces tĂ©moignages, il est temps que les forces navales prennent Ă©galement des risques pour fournir un appui-feu, des observations et une protection depuis la mer.
Cette amertume des rĂ©servistes n’est pas seulement technique, elle est profondĂ©ment ancrĂ©e dans leur rĂ©alitĂ© civile. Après des mois de service cumulĂ©s, le sacrifice personnel et Ă©conomique pèse lourdement. « Nous ne sommes pas venus ici, après avoir enchaĂ®nĂ© les cycles de rĂ©serve depuis le dĂ©but de la guerre, pour effectuer de simples missions de garde statique. Nous sommes des combattants », s’indigne un gradĂ©. Ils rĂ©clament soit l’ordre de contourner Tyr pour intensifier l’offensive, soit un retour immĂ©diat dans leurs familles et leurs entreprises.
Ce cri du cĹ“ur a Ă©tĂ© portĂ© directement aux oreilles du gĂ©nĂ©ral de brigade Amir Vadmani, chef d’Ă©tat-major de la branche des ressources humaines de Tsahal, lors de sa visite sur les positions avancĂ©es au Liban. S’il Ă©tait venu initialement pour traiter des questions de conditions de service et d’avantages, il a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă une demande d’ordre stratĂ©gique et moral : la valorisation de l’engagement des rĂ©servistes par une utilisation tactique judicieuse.
La situation Ă Ras al-Bayada illustre le dilemme actuel de l’armĂ©e : comment maintenir le terrain conquis sans Ă©puiser sa ressource la plus prĂ©cieuse, ses soldats de rĂ©serve. Alors que le Hezbollah semble privilĂ©gier une stratĂ©gie de harcèlement Ă distance, Tsahal doit dĂ©cider si elle continue de « mordre » le territoire libanais ou si elle stabilise une ligne de dĂ©fense qui, pour l’instant, pèse sur les Ă©paules de citoyens-soldats impatients de retrouver leur vie.
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Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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