Depuis le dĂ©clenchement de l’opĂ©ration « Rugissement du Lion », les Ă©valuations sur l’Ă©tat rĂ©el du programme nuclĂ©aire iranien circulaient dans les coulisses des services de renseignement. Ce samedi 9 mai 2026, l’Institut pour la science et la sĂ©curitĂ© internationale (ISIS) a rendu publiques ses conclusions — et elles vont au-delĂ de ce que la plupart des analystes avaient anticipĂ©.
La stratĂ©gie appliquĂ©e Ă Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium de l’Iran, n’a pas consistĂ© Ă tenter de percer les couches de roche qui protègent les centrifugeuses enfouies Ă grande profondeur. Les forces aĂ©riennes israĂ©lo-amĂ©ricaines ont optĂ© pour une approche diffĂ©rente, et redoutablement efficace : la destruction systĂ©matique de toutes les voies d’accès au site. Puits d’entrĂ©e, ascenseurs, voies de circulation, rampes d’accès aux niveaux souterrains — tout a Ă©tĂ© rasĂ© ou obstruĂ©. Le rĂ©sultat est que le stock d’uranium enrichi accumulĂ© par l’Iran se retrouve littĂ©ralement « prisonnier » dans la montagne. L’extraire nĂ©cessiterait des travaux d’ingĂ©nierie de grande envergure, entièrement visibles depuis les satellites de surveillance, pendant des semaines ou des mois.
Un site secret dissimulé dans un complexe de loisirs
Parmi les rĂ©vĂ©lations majeures du rapport ISIS, celle concernant l’installation de « Min Zdaai » retient l’attention. Cet emplacement, situĂ© Ă l’est de TĂ©hĂ©ran, fonctionnait sous le couvert d’un complexe de loisirs civil — Ă proximitĂ© d’un parc d’attractions et d’un centre Ă©questre. Ă€ l’intĂ©rieur, des laboratoires travaillaient sur la fabrication du noyau mĂ©tallique de la bombe atomique, l’une des Ă©tapes les plus dĂ©licates de l’armement nuclĂ©aire. La frappe qui l’a visĂ© a dĂ©truit ces installations de façon chirurgicale.
La mĂŞme logique s’est appliquĂ©e au complexe de Parchin, oĂą le site « Talkan 2 » — un bâtiment fortifiĂ© derrière des murs de bĂ©ton armĂ© et des couches de terre compactĂ©e, protĂ©gĂ© par des filets anti-drones — abritait le dĂ©veloppement des explosifs conventionnels qui servent de dĂ©tonateur pour une charge nuclĂ©aire. Les bombes anti-bunker utilisĂ©es ont traversĂ© ces protections et atteint les Ă©quipements sensibles.
Le capital humain, cible stratégique
Au-delĂ des infrastructures, les frappes ont mĂ©thodiquement Ă©liminĂ© ce que les experts appellent le « capital de savoir-faire » : les individus qui, au fil des dĂ©cennies, ont accumulĂ© l’expĂ©rience opĂ©rationnelle et organisationnelle sans laquelle un programme nuclĂ©aire ne peut fonctionner. Parmi les responsables liquidĂ©s figurent le prĂ©sident en exercice et le prĂ©sident prĂ©cĂ©dent de l’organisation SPND, chargĂ©e du dĂ©veloppement de l’armement, ainsi qu’Ali Shamkhani, coordinateur de la surveillance gouvernementale sur le projet. Ce vide dans l’encadrement supĂ©rieur est, selon l’ISIS, difficile Ă combler rapidement : les connaissances accumulĂ©es sur plusieurs gĂ©nĂ©rations ne se reconstituent pas en quelques mois.
Des centres de recherche universitaires liĂ©s au programme — notamment Ă l’universitĂ© Imam Hussein et Ă l’universitĂ© Malek Ashtar, toutes deux Ă©troitement associĂ©es aux Gardiens de la rĂ©volution — ont Ă©galement Ă©tĂ© frappĂ©s, privant TĂ©hĂ©ran d’une partie de sa capacitĂ© de dĂ©veloppement autonome en physique et chimie appliquĂ©es.
Les délais repoussés « de plusieurs années »
La conclusion du rapport est sans ambiguĂŻtĂ© : les calendriers iraniens ont Ă©tĂ© repoussĂ©s de plusieurs annĂ©es. LĂ oĂą les agences de renseignement estimaient, avant l’opĂ©ration, qu’Iran Ă©tait Ă quelques mois d’une capacitĂ© d’armement nuclĂ©aire opĂ©rationnelle, la combinaison des destructions physiques, de l’enfouissement forcĂ© des stocks d’uranium et de la dĂ©capitation du commandement scientifique et administratif a transformĂ© l’Ă©quation. Reconstituer un programme aussi intĂ©grĂ©, en temps de guerre, sous surveillance satellitaire permanente et avec un encadrement dĂ©cimĂ©, est une tâche qui dĂ©passe le cadre de l’urgence immĂ©diate.
Pour aller plus loin : Netanyahou : « Si nous n’avions pas agi, Natanz serait citĂ© comme Auschwitz » et Comment IsraĂ«l a volĂ© les secrets nuclĂ©aires de l’Iran.








