Au large de l’Ă®le de Kharg, terminal pĂ©trolier central de l’Iran dans le golfe Persique, des images satellitaires captĂ©es jeudi dernier et publiĂ©es par le New York Times montrent une nappe de pĂ©trole s’Ă©tendant sur plus de 52 kilomètres carrĂ©s en direction du sud, vers les eaux territoriales saoudiennes. Le service de surveillance globale Orbital EOS estime que plus de 3 000 barils de brut ont dĂ©jĂ fui dans la mer. La cause exacte n’a pas encore Ă©tĂ© Ă©tablie. TĂ©hĂ©ran n’a publiĂ© aucune rĂ©action officielle, et le ministère des Affaires Ă©trangères n’a pas rĂ©pondu aux sollicitations des mĂ©dias internationaux.
Cette marĂ©e noire survient dans un contexte particulièrement rĂ©vĂ©lateur. Depuis que les États-Unis ont imposĂ© leur blocus maritime sur le dĂ©troit d’Ormuz — par lequel transitaient en temps normal entre 20 et 25 % des approvisionnements pĂ©troliers maritimes mondiaux —, les infrastructures Ă©nergĂ©tiques iraniennes opèrent sous une pression extrĂŞme. Les exportations sont bloquĂ©es, les capacitĂ©s de stockage Ă terre sont saturĂ©es, et l’Iran a Ă©tĂ© contraint de stocker d’immenses quantitĂ©s de pĂ©trole brut sur des pĂ©troliers ancrĂ©s dans les eaux du golfe, faute d’alternative. Une situation qui, selon plusieurs experts, augmente considĂ©rablement le risque de dĂ©versements accidentels.
Un réseau de canalisations vieillissant
Delga Khatinoglu, spĂ©cialiste du secteur Ă©nergĂ©tique iranien, avance l’hypothèse d’une rupture dans le pipeline sous-marin reliant le terminal Ă son gisement d’Abouzar — une canalisation ancienne aux antĂ©cĂ©dents dĂ©faillants, qui avait dĂ©jĂ subi au moins une fissure en octobre 2024. L’hypothèse d’un dĂ©versement dĂ©libĂ©rĂ© pour pallier un manque de capacitĂ© de stockage a aussi Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e, mais sans preuve Ă ce stade.
Nima Shokri, professeur en gĂ©nie civil et environnemental Ă l’universitĂ© de Hambourg, a formulĂ© un avertissement de fond : le blocus amĂ©ricain a vraisemblablement poussĂ© le système pĂ©trolier iranien dans une zone de danger. Les puits de pĂ©trole ne s’arrĂŞtent pas et ne redĂ©marrent pas comme des interrupteurs. Les arrĂŞter est un processus d’ingĂ©nierie complexe qui peut obstruer les canalisations ou endommager les rĂ©servoirs souterrains. En maintenant une production que le marchĂ© ne peut plus absorber faute de dĂ©bouchĂ©s, l’Iran accumule des tensions structurelles dans ses Ă©quipements.
Une catastrophe écologique en gestation
Les consĂ©quences environnementales potentielles sont sĂ©rieuses. Le golfe Persique est une mer quasi fermĂ©e, peu profonde, dont l’Ă©cosystème est particulièrement vulnĂ©rable aux hydrocarbures. Kaivan Hosseini, spĂ©cialiste de l’Ă©nergie et de l’environnement Ă l’universitĂ© de Southampton, a mis en garde : la nappe pourrait dĂ©jĂ atteindre des rĂ©cifs coralliens, des mangroves et des sites de reproduction pour les tortues marines et les espèces aviaires de la rĂ©gion. MĂŞme une fuite techniquement « maĂ®trisable » peut tourner Ă la catastrophe rĂ©gionale si la rĂ©ponse est trop tardive.
Aucun navire de dĂ©pollution n’a Ă©tĂ© signalĂ© dans la zone. Les autoritĂ©s saoudiennes, dont les eaux sont dĂ©sormais touchĂ©es par la dĂ©rive de la nappe, n’ont pas encore rĂ©agi officiellement non plus.
Pour aller plus loin : La crise du dĂ©troit d’Ormuz et ses consĂ©quences Ă©conomiques et Netanyahou et la menace nuclĂ©aire iranienne.









