Il demande qu’on l’écoute sans jugement. Ce n’est pas une demande banale quand on parle d’un homme qui a escroqué des investisseurs européens de dizaines de millions d’euros. Ce qu’Araz — prénom fictif — a fait, il l’assume. La prison en Allemagne, les années perdues, le regard de sa mère : tout cela, il le porte encore.
Son histoire est le point d’entrée d’une longue enquête sur l’industrie du cyber-trading frauduleux — des plateformes de trading en ligne qui promettaient des profits rapides sur les marchés financiers et ont servi, dans de nombreux cas, à escroquer des investisseurs particuliers. Une industrie que, sans l’avoir voulu, Israël est devenu l’un des centres mondiaux.
Comment ça marche
Le schéma est rodé. Tout commence par une publicité sur les réseaux sociaux : « Investissez 250 dollars et commencez à gagner avec le forex ! » La victime — disons un retraité allemand qu’on appellera Hans — laisse ses coordonnées. Un « courtier », en réalité un télévendeur assis dans un centre d’appels, le rappelle. « Tu es très doué », le flatte la voix au bout du fil, « je vais t’aider à gagner. » israelhayom
Hans dépose d’abord une petite somme. Puis une plus grande. Son espace personnel sur le site se remplit de graphiques et de chiffres qui montent. Ce qu’il ne sait pas encore : tout est factice. Le site est truqué, les transactions n’existent pas, et son argent se trouve depuis longtemps dans des comptes intraçables de sociétés fictives dans des paradis fiscaux. israelhayom
Quand Hans demande à retirer son argent, les prétextes s’enchaînent : taxes à payer, commission à régler, nouvel investissement requis. Et un retraité qui a travaillé toute sa vie et mis de côté pour ses descendants se retrouve dépouillé de tout. israelhayom
Une industrie industrielle
En Allemagne, des milliers de citoyens sont tombés victimes de ce type d’arnaque avant que les autorités comprennent qu’il ne s’agissait pas de cas isolés. Une industrie parfaitement organisée, transnationale, comprenant des centres d’appels, des plateformes de trading et des sites internet qui paraissaient totalement légitimes et disparaissaient du jour au lendemain. israelhayom
L’avocat Nir Yaslovitch, spécialiste du droit international, résume la réputation d’Israël dans ce domaine avec une franchise désarmante : « Ce n’est pas quelque chose dont on peut être fier, mais quand je parle avec des responsables de départements de parquet dans des pays étrangers, ils me disent : ‘Nir, dans ce domaine vous êtes vraiment une superpuissance.’ Nous avons cette réputation dans le monde entier — et récemment les Allemands ont accéléré les demandes d’extradition d’Israéliens. » israelhayom
« L’addiction aux liasses »
L’avocate Dr Lia Fluss, qui représente des Israéliens dans de nombreuses procédures d’extradition, décrit ses clients avec une précision clinique : « Ce sont des gens ordinaires qui ont travaillé toute leur vie, et qui ont soudain goûté à l’argent facile. Des liasses de billets arrivent. Une fois qu’on s’y habitue, il est très difficile de faire marche arrière. C’est une addiction. » israelhayom
Mais derrière les petites mains, il y a une autre couche. « Ceux qui se trouvent au sommet de cette pyramide, très ramifiée, avec des tentacules dans plusieurs pays, ce sont des personnes qu’il ne faut pas sous-estimer. Des gens super intelligents, avec un esprit analytique. Si je leur parle, j’ai l’impression qu’ils voient des graphiques et des diagrammes devant leurs yeux. S’ils n’avaient pas choisi la voie du crime, ils auraient pu diriger la banque de l’Union européenne. » israelhayom
La prison allemande
Araz, lui, a payé. Il décrit les années derrière les barreaux en Allemagne comme une expérience qui le marquera à vie : être le seul Israélien dans une prison de mille détenus, dans un pays qui n’a pas l’habitude de se préoccuper de son peuple, entouré de gens qui ont commis des crimes d’une tout autre nature. Ce qui le ronge le plus, cependant, ce n’est pas ce qu’il a vécu — c’est ce qu’il a fait vivre à sa mère. « Ce n’est pas une tragédie personnelle, c’est une tragédie familiale. »
Et une dernière phrase, qui clôt le cercle : « Si j’avais eu un dixième de pressentiment que les choses allaient se passer ainsi, j’aurais tout abandonné pour ma famille. C’est la sagesse de l’après. »
Source : Israel Hayom, Mor Shemoni, 26/03/2026
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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