L’expert en Iran estime : si ça se produit, on retourne immĂ©diatement Ă  une guerre intensive

La situation entre IsraĂ«l, les États-Unis et l’Iran ressemble de plus en plus Ă  une partie d’Ă©checs oĂą chaque joueur estime avoir le dessus — et c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui la rend explosive. Un ancien haut responsable israĂ©lien, spĂ©cialiste reconnu du dossier nuclĂ©aire iranien, a dressĂ© cette semaine un tableau lucide des dynamiques en jeu, identifiant trois trajectoires possibles pour les semaines Ă  venir, sans masquer les risques rĂ©els d’un retour Ă  une guerre ouverte.

L’expert, dont les propos ont Ă©tĂ© rapportĂ©s par le site Srugim, a d’emblĂ©e posĂ© le cadre : trois scĂ©narios coexistent actuellement. Le premier est une reprise de la guerre Ă  grande Ă©chelle. Le deuxième, un accord nĂ©gociĂ©. Et entre les deux, une troisième voie — ni paix ni guerre franche — que l’expert dĂ©crit comme un Ă©tat de blocus double, ponctuĂ© d’accrochages sous le seuil du conflit armĂ©, similaire Ă  ce qui s’observe depuis le dĂ©but du cessez-le-feu sur toutes les fronts, y compris face Ă  l’Iran, dans le Golfe, et dans la zone libanaise oĂą le Hezbollah continue d’opĂ©rer.

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Une accalmie qui arrange les deux camps — pour l’instant

Ce qui rend la situation particulièrement instable, c’est prĂ©cisĂ©ment que les deux parties trouvent un intĂ©rĂŞt Ă  la situation actuelle. Washington, sous la conduite de Donald Trump, parvient Ă  maintenir des prix pĂ©troliers supportables Ă  l’Ă©chelle mondiale. TĂ©hĂ©ran, de son cĂ´tĂ©, joue sur le temps et sur l’effet de levier que lui procure la menace de blocage des dĂ©troits stratĂ©giques.

Mais cette Ă©quation commode a ses limites. La pression Ă©conomique sur la RĂ©publique islamique s’intensifie Ă  un rythme alarmant. L’expert est prĂ©cis : l’Iran perd des centaines de millions de dollars chaque jour du fait de son incapacitĂ© Ă  exporter son pĂ©trole. Le dĂ©troit d’Ormuz est fermĂ©. L’Ă©conomie iranienne s’achemine vers un Ă©tĂ© particulièrement difficile — coupures d’Ă©lectricitĂ© massives, pĂ©nuries d’eau, une population dĂ©jĂ  Ă  bout de souffle après des mois de tensions.

Et pourtant, TĂ©hĂ©ran n’a pas cĂ©dĂ© d’un centimètre sur le dossier nuclĂ©aire. Les Iraniens, selon cet expert, se sentent en position de force : ils menacent l’Ă©conomie mondiale via les dĂ©troits et refusent toute concession substantielle. « Ils n’ont pas bougĂ© d’un millimètre dans le domaine nuclĂ©aire », a-t-il rĂ©sumĂ©.

La ligne rouge : le dĂ©troit d’Ormuz

C’est lĂ  que rĂ©side le nĹ“ud central de la crise. L’expert souligne que du point de vue de Trump, la rĂ©ouverture du dĂ©troit d’Ormuz est devenue le symbole absolu de la rĂ©ussite ou de l’Ă©chec de la stratĂ©gie amĂ©ricaine face Ă  l’Iran. « La rĂ©ouverture d’Ormuz est devenue pour Trump le symbole de la rĂ©ussite », a-t-il expliquĂ©, en prĂ©cisant que l’armĂ©e amĂ©ricaine — le CENTCOM — et Tsahal maintiennent conjointement un large portefeuille de cibles opĂ©rationnelles incluant les installations d’enrichissement, mais que c’est bien Ormuz qui concentre dĂ©sormais l’attention stratĂ©gique.

Si les nĂ©gociations s’effondrent dĂ©finitivement sans qu’Ormuz soit rouvert, le retour Ă  une guerre intensive devient l’hypothèse sĂ©rieuse. Ce n’est pas une vue de l’esprit alarmiste : c’est l’analyse d’un homme qui a passĂ© des annĂ©es Ă  dĂ©crypter les rouages du programme nuclĂ©aire iranien et les calculs de son rĂ©gime.

Une grande guerre, pas encore probable — mais tout peut changer

MalgrĂ© cette tension palpable, l’expert tempère lĂ©gèrement son pronostic. Ă€ l’heure actuelle, une grande guerre ne lui semble pas imminente. Mais il ajoute aussitĂ´t que cette Ă©valuation peut basculer très vite. Les deux camps testent en permanence les lignes rouges de l’autre. Les incidents sous le seuil de la guerre — tirs de roquettes du Hezbollah, reprĂ©sailles israĂ©liennes au Liban, escarmouches dans le Golfe — maintiennent une pression constante sur le système, sans jamais le faire exploser, mais sans jamais le laisser se dĂ©tendre non plus.

Ce double blocus, c’est-Ă -dire la pression militaire et Ă©conomique conjuguĂ©e, a des effets mesurables. CĂ´tĂ© iranien, le rĂ©gime supporte mal un Ă©tĂ© de privations sur fond de tensions internes non rĂ©solues. CĂ´tĂ© amĂ©ricain, la capacitĂ© de Trump Ă  prolonger cette situation sans subir de pression politique de ses propres alliĂ©s dans le Golfe est limitĂ©e dans le temps.

L’expert a Ă©galement Ă©voquĂ© les canaux de communication ouverts entre Washington et TĂ©hĂ©ran, suggĂ©rant que les deux parties restent en contact malgrĂ© l’Ă©chec des nĂ©gociations formelles. Mais tant que les positions fondamentales — notamment sur l’uranium enrichi et les capacitĂ©s balistiques iraniennes — restent incompatibles, ces Ă©changes ne suffiront pas Ă  dĂ©samorcer la crise.

Pour comprendre les enjeux Ă©conomiques colossaux derrière la stratĂ©gie iranienne, lire aussi notre analyse : L’argent enfoui dans le sol : comment l’Iran dĂ©tient l’un des plus grands trĂ©sors du monde — un Ă©clairage indispensable sur les ressources qui alimentent la rĂ©sistance du rĂ©gime aux pressions extĂ©rieures.

Sur le volet des rĂ©seaux de financement du rĂ©gime des Gardiens de la rĂ©volution, voir Ă©galement : L’adresse est en Grande-Bretagne, l’argent est en Iran : le rĂ©seau financier des Gardiens de la rĂ©volution dĂ©masquĂ© au cĹ“ur de Londres