L’HOMME EST L’ARBRE DES CHAMPS – Par Rony Akrich

Tou Bishvat est l’occasion d’activitĂ©s en pleine nature puisque c’est par excellence une fĂŞte Ă©cologique. Les jeunes enfants sont sensibilisĂ©s Ă  la beautĂ© de la nature par des promenades dans des sites naturels.

Ce n’est cependant pas la seule occasion symbolique de planter des arbres.

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En effet les Juifs ont coutume de planter un cèdre Ă  la naissance d’un garçon et un cyprès Ă  la naissance d’une fille.

D’ailleurs l’arbre est dans la tradition des HĂ©breux la mĂ©taphore de l’ĂŞtre humain, ce qui explique pourquoi il ne doit pas ĂŞtre utilisĂ© en pĂ©riode de guerre pour fabriquer des armes.

L’Arbre ne dĂ©roge pas aux normes de la sagesse et de la raison car il recèle Ă  lui seul des sujets mĂ©taphoriques parmi les plus abondants et les plus usuels. Il existe particulièrement chez lui diverses explications allĂ©goriques qui tournent Ă  peu près toutes autour de la notion d’un univers vivant et d’une terre se rĂ©formant en continue.

En conséquence, sa nature périodique fait de lui un véritable portrait de la vie en pleine évolution, qui plus est, le voilà dressé bras étendus vers les cieux alors que ses racines s’implantent aux sources de la terre.

Notre conception sensible ou fictive de l’Arbre cautionne peut ĂŞtre celle de son mystère en nous, Ă©tant donnĂ© qu’il concourt entre le perceptible et l’imperceptible, que ce soit matĂ©riellement ou par entitĂ©, l’Arbre obĂ©it Ă  une problĂ©matique constante. Sa robustesse ou sa tendretĂ© est la nĂ´tre, subsistĂ© comme un arbre, n’est-ce pas ĂŞtre puissant et rĂ©sistant comme lui. Concevoir simplement la possibilitĂ© d’embrasser son bois et son feuillage, sont autant d’appels Ă  marier notre corps, notre Ă©nergie intĂ©rieure et nos pensĂ©es.

L’Arbre Ă©voque notre aventure humaine liĂ©e Ă  une seule existence, et cependant s’exprimant en mille et une branches diffĂ©rentes, impossible de fuir l’Arbre pas plus que s’enfuir de soi-mĂŞme. Si l’Arbre est Ă  notre image, c’est qu’il ne diffère guère de l’homme dans sa pluralitĂ© la plus ultime.

À propos, la manière dont nous protégeons les arbres et les forêts ne coïncide-t-elle pas avec le portrait que nous tirons de nous-mêmes comme société?

Notre affection pour l’Arbre, c’est l’affection et l’envie qui nous attachent prĂ©cisĂ©ment Ă  cette Terre: comme si notre fortune ou notre vĂ©cu ici servait Ă  comprendre parfaitement l’insolite et l’indicible dans nos ancrages. Cela veut dire pouvoir frĂ©mir sous le vent, nous plier dans la bourrasque et souffrir sans casser, d’ouĂŻr ou d’Ă©prouver les mouvances entre le Ciel et la Terre et de sentir la vitalitĂ© formidable qui s’Ă©lève et dĂ©vale entre les racines et la cime de l’Arbre.

Pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, l’homme peut prendre conscience de l’unité de la Vie, de l’unité du genre humain, du lien qui unit l’Homme avec la Terre, dans une perspective qui est une véritable préoccupation, ce qui n’a pas toujours été le cas dans les siècles précédents.

La modernitĂ© a su travailler Ă  couper l’homme de la nature, Ă  couper l’homme du contact avec la terre. Elle a mis en place une forme de savoir qui demeure une reprĂ©sentation abstraite coupĂ©e de la vie. SitĂ´t que la vie s’éprouve et se reconnaĂ®t en moi, elle s’éprouve aussi et se reconnaĂ®t en dehors de moi. Le lien entre l’homme et la crĂ©ation ne peut pas ĂŞtre rompu, pas plus qu’il n’a besoin d’être restaurĂ©, parce qu’il n’a pas Ă©tĂ© instaurĂ© par une initiative humaine mais par le D.ieu CrĂ©ateur.

Par contre, ce qui est advenu avec la modernité c’est qu’il a été occulté. Il a fallu des écrivains, des poètes, mais aussi et surtout, un retour aux sources bibliques pour nous ramener au sens de la Terre, dans ce que certains appellent « écologie ».

Plus on vit près de la Terre, plus on vit dans le sentiment sacré de l’amour de la Terre et plus il est évident que l’épopée du progrès technique s’est accompagnée d’une tragédie humaine sans précédent.

Seuls les optimistes naĂŻfs, et les nĂ©opositivistes fanatiques peuvent encore croire que l’on peut s’en tenir aux « bienfaits de la technique » et rester indiffĂ©rent au destin de la Terre; lĂ  aussi la rĂ©demption d’IsraĂ«l devra s’impliquer.