Téhéran vient de franchir un cran supplémentaire dans sa rhétorique de dissuasion : une source militaire iranienne a déclaré mercredi 25 mars à l’agence de presse Tasnim que l’Iran pourrait ouvrir un front dans le détroit de Bab el-Mandeb si son territoire ou ses îles venaient à être attaqués. « Si l’ennemi effectue une quelconque action terrestre contre les îles iraniennes, nous ouvrirons d’autres fronts par surprise. L’Iran a la volonté et la capacité de créer une menace pour l’ennemi dans le détroit de Bab el-Mandeb », a affirmé ce porte-parole militaire.
Cette menace s’inscrit dans le prolongement direct des déclarations du président du Parlement Qalibaf sur le risque d’occupation d’une île iranienne, et répond en miroir aux informations qui circulent sur des préparatifs américains pour prendre le contrôle de l’île de Kharg. L’Iran déploie ici une logique d’escalade symétrique : pour chaque menace sur ses actifs stratégiques dans le Golfe Persique, il répond par une menace équivalente sur les voies maritimes mondiales.
Bab el-Mandeb est l’un des passages maritimes les plus sensibles de la planète. Ce détroit étroit entre le Yémen et Djibouti relie la mer Rouge à l’océan Indien et à la mer d’Arabie : toute fermeture ou perturbation majeure de ce couloir entraînerait des répercussions considérables sur les flux de commerce mondial, notamment pour les pétroliers en transit vers l’Europe et les navires de fret vers l’Asie. C’est précisément dans cet espace que les Houthis yéménites — soutenus et armés par l’Iran — avaient déjà mené des attaques contre des navires commerciaux et militaires depuis 2023, perturbant durablement les routes maritimes.
La référence iranienne à Bab el-Mandeb n’est donc pas abstraite : elle rappelle que Téhéran dispose d’un bras armé opérationnel dans cette zone, sous la forme des Houthis, qui ont déjà prouvé leur capacité à transformer le passage en zone de danger. La menace signifie en substance que si Israël ou les États-Unis touchent à une île iranienne, l’Iran déclenchera une nouvelle vague d’attaques contre le trafic maritime dans ce détroit stratégique — avec toutes les conséquences économiques mondiales qui en découleraient.
Cette annonce ajoute une dimension géoéconomique cruciale à un conflit qui est jusqu’à présent resté principalement aérien et balistique. Elle signale que l’Iran, même affaibli militairement, conserve des leviers d’action capables de toucher des intérêts bien au-delà de la région immédiate. Pour les membres de la coalition et leurs alliés du Golfe, qui dépendent de la libre circulation dans la mer Rouge et dans Bab el-Mandeb pour leur économie, ce message est reçu cinq sur cinq — et il est susceptible de peser dans les délibérations sur la suite des opérations.
Le timing de cette déclaration est lui aussi révélateur : elle intervient à un moment où les tractations sur un cessez-le-feu potentiel s’intensifient, et où les conditions posées par l’Iran pour arrêter les hostilités sont jugées inacceptables par Washington. En brandissant la menace de Bab el-Mandeb, Téhéran cherche à relever son prix de sortie de crise et à peser davantage dans une négociation où il est structurellement en position de faiblesse militaire.
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