L’Iran se prépare déjà à la prochaine guerre — et voilà ce qu’il a appris

Pendant que les diplomates discutent et que les cessez-le-feu se négocient, une autre activité se déroule en silence dans les cercles militaires iraniens : l’analyse froide et méthodique des leçons de la guerre en Ukraine. C’est ce que révèle une rare enquête du Financial Times, qui a épluché des dizaines de revues académiques militaires iraniennes — ces publications de commandants, officiers ambitieux et universitaires qui servent à la fois de plateforme de réflexion doctrinale et d’arène de compétition interne pour les budgets et la visibilité auprès du haut commandement.

Le tableau qui se dessine est celui d’un appareil militaire idéologique et rigide, mais animé d’une volonté obsessionnelle de s’adapter à la réalité changeante des champs de bataille modernes. L’Iran n’est pas resté spectateur du conflit ukrainien : il y a participé activement en fournissant à la Russie ses drones Shahed, et il a tiré de cette expérience des enseignements qu’il cherche désormais à intégrer dans sa propre doctrine de guerre.

Drones, IA et unités mobiles : la nouvelle doctrine

L’un des officiers les plus cités dans ces revues, le général Dadavand, a plaidé avec insistance auprès de sa hiérarchie pour un investissement massif dans la guerre de drones. Sa thèse : l’avenir des conflits armés ne sera pas décidé par les grandes formations blindées ou les aviations traditionnelles, mais par des unités légères, manœuvrantes et capables d’opérer en essaims. Il a réclamé la création d’unités mobiles plus flexibles, l’intégration de l’intelligence artificielle dans les systèmes d’armes, et l’exploration des nanotechnologies et de l’informatique quantique pour moderniser l’arsenal iranien.

Dans un entretien rare qu’il a accordé récemment, Dadavand a confirmé qu’une partie de ces préconisations avait déjà été intégrée : l’Iran a révisé ses manuels d’entraînement et ses méthodes de formation en conséquence. Les imprimantes 3D font également leur apparition dans l’équation, permettant de produire rapidement des pièces de rechange et des composants d’armes sur le terrain, sans dépendre d’une chaîne logistique vulnérable aux sanctions.

Ces revues militaires remplissent une fonction double, selon les experts occidentaux qui les analysent. D’un côté, elles permettent aux différentes branches de l’armée iranienne — Gardiens de la Révolution et armée régulière — de se concurrencer pour capter l’attention et les ressources du commandement suprême. De l’autre, elles offrent un espace académique pour tester des idées nouvelles, parfois contestées, avant qu’elles ne remontent dans la chaîne de décision.

Vulnérabilités reconnues et scénarios tactiques

Ce qui rend ces documents particulièrement précieux pour les services de renseignement occidentaux, c’est qu’ils ne sont pas que de la propagande. Plusieurs commandants y expriment des inquiétudes réelles face à l’absence de planification à long terme contre les « menaces émergentes », et plaident pour une modernisation du renseignement militaire et de l’acquisition d’équipements. Des articles récents ont ainsi esquissé des scénarios tactiques concrets : comment prendre le contrôle de navires dans le détroit d’Ormuz par la force, ou comment bloquer un débarquement amphibie ennemi grâce à des champs de mines côtières.

Sur le plan stratégique, les États-Unis apparaissent dans ces textes comme une puissance affaiblie — une lecture que l’Iran cultive pour légitimer sa propre posture de résistance. Israël, lui, est décrit comme une menace stratégique périphérique, présente en permanence dans les calculs doctrinaux sans être nécessairement désignée comme l’adversaire principal de chaque scénario.

Les analystes occidentaux reconnaissent que certains de ces écrits souffrent de lacunes méthodologiques et de biais idéologiques évidents. Mais ils insistent sur leur valeur documentaire : même imparfaits, ces textes brossent le portrait authentique d’une armée qui se sait frappée par les sanctions, consciente de ses faiblesses technologiques, et déterminée à les combler par l’innovation asymétrique plutôt que par la puissance conventionnelle.

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