« Nous avons été réduits en esclavage » : comment Facebook a perturbé notre compréhension du bonheur

Si la crise climatique est une menace existentielle et physique, alors Facebook constitue une menace pour notre existence psychologique en tant qu’ĂŞtres humains. Il y a plus de 20 ans, j’ai commencĂ© Ă  faire des recherches sur l’impact d’Internet sur le bonheur que nous vivons dans le monde numĂ©rique. Au dĂ©but j’Ă©tais naĂŻf, je pensais que les technologies Ă©taient neutres et tout dĂ©pend de ce que nous, les humains, en faisons. Très rapidement, la naĂŻvetĂ© s’est Ă©vanouie et j’ai rĂ©alisĂ© qu’il y a ceux qui construisent de si mauvaises technologies, qui nous nuisent essentiellement – physiquement et mentalement.

Dans son livre « 1984 », George Orwell met en garde contre l’ère « Big Brother », dans laquelle nous serons gouvernĂ©s contre notre grĂ© par le pouvoir de surveillance et de la police. En revanche, Aldus Huxley soutient dans son livre « A Wonderful New World » que le danger pour la perte d’indĂ©pendance de l’individu rĂ©side prĂ©cisĂ©ment dans le lavage de cerveau du calme et du bonheur. Facebook est l’incarnation du grand frère qui nous contrĂ´le par le cĹ“ur. Nous l’asservissons volontairement, sans en comprendre les consĂ©quences Ă  long terme.

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Dans la simple expĂ©rience utilisateur, Facebook est en fait une collection infinie et passionnante de nouvelles et d’expĂ©riences personnalisĂ©es pour nous. S’il y a une fĂŞte en ville Ă  laquelle je veux participer, c’est la fĂŞte Facebook et quiconque n’est pas lĂ , vous connaissez la suite.

Mais c’est une vision superficielle et naĂŻve. Facebook a changĂ© notre pensĂ©e psychologique. Tout un monde de qualitĂ© a soudainement commencĂ© Ă  ĂŞtre traduit en concepts quantitatifs : l’estime de soi, l’amitiĂ© et l’intimitĂ©, tout traduit en simples chiffres. Au lieu de remplir nos batteries d’interactions sociales enrichissantes, nous sommes devenus le bonheur des relations publiques. Notre comprĂ©hension de ce dont nous avons besoin pour ĂŞtre heureux s’est complètement dĂ©formĂ©e.

Si la question philosophique se posait un jour : « Si un arbre tombe dans une forĂŞt oĂą il n’y a pas d’homme, fait-il un bruit ? Soudain, une question beaucoup plus importante s’est posĂ©e pour elle Ă  propos de ce poids absurde : « Si vous avez eu un moment heureux dans votre vie et que vous l’avez tĂ©lĂ©chargĂ© sur Facebook et qu’il n’a pas eu assez de likes, Ă©tait-ce un moment heureux ? ».Au lieu de recharger nos batteries psychologiques, nous avons achetĂ© une illusion. Pas Ă©tonnant que des Ă©tudes rapportent que plus les gens passent du temps sur Facebook, plus leur solitude est Ă©levĂ©.

Ne vous mĂ©prenez pas, Facebook n’est pas votre psychologue ou votre source de bonheur. Facebook est une entreprise. Une entreprise qui veut faire du profit. Comment gagne-t-elle ? De votre temps, attention et concentration. Le cartel fournit des doses de dopamine frĂ©quentes, caresse nos mĂ©canismes les plus primitifs et bĂ©nĂ©ficie des thĂ©ories du complot qui crĂ©ent un Ă©norme tsunami Ă©motionnel et bien sĂ»r – viral. Après tout, il s’agit d’un rĂ©seau social, unique en son genre et faisant partie d’un groupe de centrales Ă©nergivores qui rĂ©pondent aux noms de Facebook, WhatsApp et Instagram, le tout sous la mĂŞme enveloppe du cartel et sous son nouveau nom (Meta). En tant qu’organisation Facebook, elle continue de se vanter de slogans creux sur la moralitĂ© et les valeurs tout en censurant les opposants au rĂ©gime de la Chine au Vietnam.

Facebook est une entreprise plus forte que n’importe quel gouvernement dans le monde. Le pouvoir est un Ă©lĂ©ment de corruption et le pouvoir total corrompt de manière totale. Quand on est aussi puissant que Facebook, d’une part on crĂ©e un Ă©norme lobby politique – le dĂ©sir d’ĂŞtre du bon cĂ´tĂ© de Facebook est le rĂŞve de tout politicien – et d’autre part Facebook empĂŞche les opposants aux rĂ©gimes totalitaires de faire entendre leur voix et censure quiconque parle contre eux.

Il y a quelques annĂ©es, j’Ă©tais sur le point de donner une confĂ©rence sur Facebook. On m’a demandĂ© de m’engager Ă  ne rien dire contre eux et quand j’ai refusĂ©, j’ai annulĂ©. Mon histoire est petite et l’une des nombreuses sortes que Facebook essaie de faire taire. Je suis troublĂ© par la question Ă©thique – comment tant de psychologues conscients de consĂ©quences sans prĂ©cĂ©dent sont-ils prĂŞts Ă  coopĂ©rer avec la commercialisation du BIG DATA – Ă  nos dĂ©pens ? L’acadĂ©mie est connue pour ses critiques depuis des siècles, une critique que Facebook a Ă©galement rĂ©ussi Ă  mettre de cĂ´tĂ©.

La nouvelle vision META de Facebook, centrée sur un monde virtuel où tout se passera, leur permettra de faire un pas de plus vers la prise de contrôle finale de nos cœurs et de nos esprits.

Je pense que Facebook ne peut pas être autorisé à créer sa propre réglementation. Nous devons nous unir contre le cartel de Facebook. Nous devons exiger une réglementation externe stricte qui démantèlerait le cartel Facebook-Instagram-WhatsApp. Nous devons exiger une transparence et une protection totales des informations que nous transmettons à Facebook. Le régulateur doit favoriser une véritable concurrence sur Internet en général et sur les réseaux sociaux en particulier. Si nous ne le faisons pas maintenant, nous nous perdrons dans la connaissance.

L’auteur est Ă  la tĂŞte du Center for the Study of Internet Psychology de l’UniversitĂ© Reichman.