Onze jours dans les abris. C’est la réalité que décrit sans détours Avichai Stern, maire de Kiryat Shmona, dans une interview accordée à la radio 103FM ce mercredi matin 11 mars 2026. Les habitants qui ont choisi de rester dans cette ville du nord d’Israël vivent sous terre, dans des abris collectifs partagés avec leurs enfants, depuis que l’opération « Rugissement du Lion » a embrasé le front libanais. « Moi, je ne pense pas qu’on puisse tenir encore longtemps comme ça : dans des abris collectifs, avec les enfants », a-t-il déclaré, avec la franchise d’un élu qui ne cherche plus à ménager personne.
Stern n’est pas venu faire de la politique ou négocier une aide financière. Il est venu réclamer une décision stratégique — une victoire définitive contre le Hezbollah qui mette fin une bonne fois pour toutes à la menace qui pèse sur les habitants du nord depuis des décennies. Les promesses qui avaient été faites aux résidents de la région — le Hezbollah repoussé au-delà du fleuve Litani, la menace antichar neutralisée, le calme rétabli — ne se sont pas concrétisées sur le terrain. « On voit des combats intenses de l’autre côté de la frontière, et on voit des impacts d’antichar. Qui tire, si le Hezbollah n’est plus au sud du Litani ? », a-t-il ironisé, pointant la contradiction flagrante entre le discours officiel et la réalité observable depuis les fenêtres de sa ville.
Le maire a aussi évoqué une absurdité opérationnelle qui révolte les commerçants locaux : les directives du Commandement du Front intérieur demandent aux commerces de la zone de conflit de rouvrir normalement, comme si la guerre n’existait pas. « Aucun commerce ne s’est encore remis de la guerre précédente. Et on leur demande de s’exposer et d’exposer leurs clients ? Je ne comprends pas la logique de celui qui a pris cette décision », a lancé Stern. Il a évoqué l’idée d’une évacuation ciblée des populations les plus vulnérables — personnes âgées, familles avec enfants en bas âge, résidents sans abri renforcé — tout en rejetant l’idée d’un exode général, conscient que la frontière entre repli tactique et abandon définitif est ténue dans une ville comme Kiryat Shmona.
Ce qui rend le témoignage de Stern particulièrement fort, c’est qu’il ne parle pas depuis une position d’opposition politique. Les habitants du nord, dit-il, ont soutenu le système sécuritaire et le gouvernement pendant dix-huit mois, dans un « silence exemplaire », parce qu’on leur avait promis une réalité différente. Cette promesse n’a pas été tenue. « On ne veut pas se sentir des pigeons. On a donné notre soutien pendant un an et demi et on voulait croire à un avenir différent. » Ce sentiment de trahison, de sacrifice unilatéral, est peut-être la blessure la plus profonde que cette guerre inflige aux communautés du nord — au-delà des dégâts matériels et des nuits dans les abris.
Sur la capacité de résilience du Hezbollah, Stern a tenu à rappeler une réalité que les décideurs militaires connaissent mais que l’opinion publique tend à sous-estimer : même décapitée, même affaiblie par l’élimination de Hassan Nasrallah et de nombreux cadres dirigeants, l’organisation sait se reconstituer avec une rapidité déconcertante. « Une organisation blessée, mutilée et affaiblie ne réussit pas à envoyer des missiles sur Haïfa et Tel Aviv. Nasrallah a été éliminé, les dirigeants de l’organisation ont été éliminés, mais le Hezbollah sait se relever très vite. » Un avertissement lucide qui résonne d’autant plus fort que les roquettes continuent de tomber sur les villes israéliennes du nord et du centre, rappelant que la destruction d’une organisation terroriste ne se mesure pas au nombre de chefs abattus.
Source : Maariv
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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