La question revient avec insistance dans les cercles stratĂ©giques depuis le dĂ©clenchement de l’opĂ©ration Rugissement du Lion : l’Arabie saoudite va-t-elle entrer dans le conflit contre l’Iran ? La rĂ©ponse du Dr Edi Cohen dans Maariv est nette, sans nuance et d’une logique implacable : non. Et cette position ne changera pas, quoi que TĂ©hĂ©ran fasse ou ne fasse pas Ă Riyad.
Une retenue qui n’est pas de la faiblesse
Mohammed ben Salmane n’est pas un dirigeant timorĂ©. Le prince hĂ©ritier saoudien a dĂ©montrĂ© depuis une dĂ©cennie sa capacitĂ© Ă prendre des dĂ©cisions radicales — la guerre au YĂ©men, l’affaire Khashoggi, la rupture avec le Qatar, la normalisation rampante avec IsraĂ«l. Ce n’est pas la peur qui retient l’Arabie saoudite d’attaquer l’Iran. C’est le calcul.
Et ce calcul repose sur un seul facteur : la stabilitĂ© du rĂ©gime saoudien lui-mĂŞme. L’Arabie saoudite est une monarchie pĂ©trolière dont la lĂ©gitimitĂ© repose sur deux piliers — la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique garantie par les revenus des hydrocarbures, et l’autoritĂ© religieuse en tant que gardienne des deux Lieux Saints de l’Islam. Entrer en guerre ouverte contre l’Iran, pays chiite mais aussi puissance rĂ©gionale aux capacitĂ©s de reprĂ©sailles rĂ©elles, mettrait ces deux piliers en danger simultanĂ©ment.
Le pĂ©trole, l’or et la vulnĂ©rabilitĂ©
Les infrastructures pĂ©trolières saoudiennes ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© la cible d’attaques iraniennes — l’attaque de Abqaiq en 2019 l’a dĂ©montrĂ© de façon spectaculaire. Une guerre ouverte avec l’Iran exposerait l’ensemble de l’appareil productif saoudien — puits, pipelines, terminaux d’exportation — Ă des reprĂ©sailles que les systèmes de dĂ©fense antimissile ne pourraient pas absorber intĂ©gralement. La destruction partielle de ces installations ne serait pas seulement un dĂ©sastre Ă©conomique pour Riyad : elle dĂ©stabiliserait les marchĂ©s pĂ©troliers mondiaux et affecterait l’ensemble de l’Ă©conomie mondiale.
Mohammed ben Salmane a passĂ© dix ans Ă construire Vision 2030 — un plan de diversification Ă©conomique ambitieux destinĂ© Ă rĂ©duire la dĂ©pendance saoudienne au pĂ©trole. Une guerre avec l’Iran dĂ©truirait en quelques semaines ce que dix ans de rĂ©formes ont patiemment Ă©difiĂ©.
La logique de l’attente stratĂ©gique
Ce que fait l’Arabie saoudite dans ce conflit, c’est ce qu’elle a toujours fait face aux grandes crises rĂ©gionales : observer, tirer profit de la situation sans s’y exposer directement, et attendre que les rapports de force se clarifient avant d’agir. Si les États-Unis et IsraĂ«l affaiblissent durablement l’Iran, Riyad bĂ©nĂ©ficiera du rĂ©sultat sans en payer le coĂ»t. Si le conflit se termine par une sorte de statu quo, l’Arabie saoudite aura prĂ©servĂ© ses options diplomatiques avec TĂ©hĂ©ran — des options qu’elle avait commencĂ© Ă explorer avec la mĂ©diation chinoise de 2023.
Il n’y a donc pas une, mais plusieurs raisons pour lesquelles l’Arabie saoudite n’attaquera pas l’Iran. Mais elles convergent toutes vers une seule rĂ©alitĂ© : dans ce conflit, Riyad a tout Ă perdre Ă entrer, et tout Ă gagner Ă rester en dehors.
Source : Maariv
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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