RENTREE SCOLAIRE, LA PRIMAUTE DU DEVENIR SUR L’AVENIR – Par Rony Akrich

Le mot « éducation » issu du latin, signifie conduire, commander, guider, faire produire la terre, faire se développer un être vivant. Le verbe « enseigner », toujours issu du latin, signifie transmettre à la génération future plus de connaissances et de savoir, de savoir-faire et des valeurs à partir d’une culture commune.

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Le terme éducation a un objectif de formation globale d’un individu à travers différents niveaux, religieux, social, culturel, technique, scientifique et médical.
Le terme enseignement a une visée plus précise, soit pourquoi ici celle de la connaissance à l’aide de signes. Signes utilisés pour la transmission de connaissances qui font référence au langage parlé et écrit.
Enseigner est donc éduquer, mais éduquer n’est pas forcément enseigner.
Ainsi, il ne faut pas oublier que le rôle des parents est d’éduquer et le rôle des enseignants est d’instruire. L’éducation ne se limite pas à l’instruction qui serait relatif au savoir et savoir-faire, elle vise également l’individu dans sa capacité physique, intellectuelle et morale. C’est-à-dire à tout ce qui lui permettra d’affronter sa vie personnelle, de la gérer en tant que citoyen responsable vis-à-vis de la société dans laquelle il évolue.

Si les écrits bibliques et talmudiques ne comportent aucune doctrine précise sur l’éducation, c’est avant tout du seul fait que cet art est bien plus qu’une théorie, la Torah est elle-même, toute entière, Education. Outre le célèbre commandement: «Tu l’enseigneras à tes enfants», il n’existe pas dans la Torah de Mitsva d’éduquer.

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Éduquer, nous dit Rashi, c’est placer l’individu dans des conditions qu’il lui faudra plus tard assumer. En fait, éduquer, c’est inaugurer, c’est-à­ dire bien reconnaître les possibilités de l’enfant et les accroître.

La majorité des sociétés ont édifié un système éducatif dont la vocation première est d’encourager l’insertion des enfants dans la société qui les a vus naître. Le dessein est respectable, mais il aura de terribles effets secondaires en période de mutation car un tel principe ne permet forcément pas d’apprêter ces enfants à bâtir un autre type de société, ni même à faire face aux cahots d’une société en crise. Le nombre croissant des exclus de notre système en est une preuve évidente.
Un autre souci majeur réside dans l’uniformisation, pour ne pas dire le nivellement des individus. Sous prétexte d’égalité on façonne un modèle imposé, un « passe-partout » et quelle fatalité pour tous ceux qui ne s’y conformeraient point.

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Les systèmes éducatifs semblent plus déséquilibrés les uns que les autres. Ceux qui construisent programmes et emploi du temps, paraissent avoir négligé la fameuse devise de Montaigne : « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine ».
Tout semble se passer comme si l’on considérait que l’enfant n’a aucune possibilité de savoir ce qu’il fera de sa vie. Et partant de ce postulat, on lui tient sommairement ce discours :
« Assimiles, absorbes le plus de choses possibles, cela te servira « peut-être » un jour. « 

L’institution opère un véritable gavage d’oie, sans aucune inquiétude des cadences et des potentialités réelles de chaque enfant.
De surcroît, le temps offert à la découverte des activités physiques et artistiques, pourtant essentiels à l’épanouissement d’un être humain s’est redoutablement rabougri. Ces trente dernières années ont été témoins de bouleversements, entre autres l’abandon des formations concrètes (type apprentissage des métiers manuels), au profit de l’enseignement toujours plus long des matières dites « nobles ».
Naguère, ceux qui n’avaient aucun goût ou peu de dispositions pour les études, pouvaient apprendre un vrai métier et entrer de plain-pied dans le monde des adultes. Quelle fierté lorsqu’ils ramenaient leur première paie à la maison !
A présent, tous sont condamnés à se morfondre sur les bancs d’une école qui leur donne peu à peu le dégoût d’eux-mêmes (à force d’échecs répétés) et de la vie.
La violence qui s’accroît dans les établissements scolaires n’est sans doute que l’écho de la violence qui est faite à tous ces enfants, qui s’acheminent vers l’école la peur au ventre.
Dans le Livre des Proverbes il est dit : « Eduque le jeune selon sa voie ». En clair, il est essentiel de ne pas administrer à l’enfant des idées étrangères à sa personnalité car cela maltraiterait sa réelle nature. Au contraire, il est fondamental de le soutenir vers la pleine expression de son être vrai.
La seule conduite acceptable serait de procurer à l’enfant ce dont il a besoin pour progresser, pour se bâtir lui-même, pour déployer les aptitudes qui sont les siennes. Son être profond les connaît, mais si l’éducation le dévie du regard intérieur qu’il peut réaliser spontanément, il exhibera alors une personnalité orientée vers l’extérieur, dissociée de ses intentions et nécessités primordiales.
Une écoute affectueuse et soucieuse des éducateurs permet de discerner le début et la fin des étapes du développement tout en plaçant à portée de l’enfant les outils concordants. Il est nécessaire de laisser l’enfant s’arroger lui-même ces outils, au moment choisi par lui. Il est indispensable également de laisser l’enfant réitérer et parachever son apprentissage aussi longtemps que celui-ci le désire.
Il est monstrueux d’introduire un enfant dans un groupe, s’il n’est pas suffisamment construit. Ce n’est pas l’âge qui doit guider le choix des parents et éducateurs, mais la prédisposition de l’enfant à régir ce nouveau milieu. Là aussi, des repères existent. Encore faut-il les connaître !

L’origine du terme « jardin d’enfants » s’inspire du travail de jardinier qui n’exerce jamais de pressions sur ses plantes, mais se contente d’engendrer des situations favorables à leur floraison.
Le bon jardinier, comme le bon éducateur, est celui qui apprend et découvre toutes les capacités de la plante ou de l’enfant. Ces derniers marchant sur le chemin d’un devenir qui leur est propre.
La visée première de tout apprentissage est de révéler l’homme au bon et au bien qui est sien. Par la suite l’éducateur devra lui procurer les moyens de se mesurer avec la vie et d’en franchir les obstacles.
Ceux qui parviennent à émerger du système avec quelques diplômes ne sont, pour beaucoup d’entre eux, pas toujours mieux lotis que leurs compagnons d’infortune. Les meilleurs trouvent généralement un emploi mais remarquent avec surprise qu’ils n’y sont pas vraiment préparés.
Un diplôme d’ingénieur, par exemple, leur permet d’être cadre dès le début de leur carrière. Mais quand ont-ils appris à exercer des responsabilités d’encadrement ? Qui les a préparés à affronter les difficultés relationnelles qui sont le pain quotidien du travail en entreprise?

Les études sont de plus en plus longues, effectuées dans un contexte d’assistanat, qui fournit des diplômés généralement immatures malgré leur âge avancé.
S’il faut pousser la comparaison, il est facile de trouver des « Certificats d’Etude » d’avant guerre, ayant une pratique quasi parfaite du français et du calcul. Alors que les bacheliers actuels ne brillent pas toujours par la qualité de leur orthographe ou la maîtrise de la banale règle de trois (et que dire des pourcentages ou du calcul mental!).
Quant à ceux qui n’obtiennent que de « petits diplômes » ou, pire, échouent à l’examen final, leur première expérience professionnelle est souvent le chômage, même pas indemnisé puisqu’ils n’ont jamais travaillé.
Précisons toutefois qu’en Israël, la plupart des étudiants se retrouvent en fac après un service militaire de trois ans minimum et une maturité certaine conséquente de responsabilités bien évidentes qu’ils se devaient d’assumer.

L’échec du système éducatif actuel parait donc considérable, même en regard de son objectif pourtant minimal d’une bonne insertion dans la société. Pour ce qui est de l’épanouissement des individus, il suffit de regarder la tête des gens dans les transports en commun. Lorsque nul ne se donne la peine de faire « bonne figure », peu de personnes ont l’air satisfait de leur sort.

Mais l’école est-elle seule en cause ? De toute part, on nous dit que « tout se joue avant 6 ans », certains spécialistes insistant même sur l’importance des 3 premières années de la vie.

 

 

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