C’est une information qui fait l’effet d’une bombe dans le monde du concours de la chanson. Selon des révélations publiées ce lundi par Ynet et reprises par Maariv, l’Union européenne de radiodiffusion (UER) aurait examiné en séance à huis clos la possibilité de retirer Israël de l’Eurovision européen pour l’intégrer à un tout nouveau projet : l’Eurovision Asia. Un séisme potentiel dans une relation déjà profondément fracturée entre l’État hébreu et la grande famille audiovisuelle du continent.
Deux sources proches des discussions ont confirmé à Ynet que la proposition a bel et bien circulé, dans le cadre d’échanges exploratoires menés avec des pays ayant déjà rejoint l’Eurovision Asia, ainsi qu’avec d’autres en cours de négociation pour y adhérer. L’idée : sonder si ces nations accepteraient d’accueillir Israël dans leur giron. La réponse n’a pas été unanime. Selon ces mêmes sources, une opposition partielle s’est manifestée, et la probabilité que ce transfert se concrétise à court terme reste faible — en particulier parce que l’édition inaugurale de l’Eurovision Asia est déjà programmée pour novembre prochain à Bangkok.
L’argument géographique mis en avant par les promoteurs de l’idée ne manque pas de logique sur le papier. « Géographiquement, Israël se situe en Asie, c’est pourquoi la question a été examinée », a expliqué à Ynet une source familière du dossier, avant d’ajouter que l’Eurovision Asia reposerait, tout comme son aîné européen, sur le principe fédérateur du « unis par la musique ». Aucune décision formelle n’aurait été arrêtée, et le projet demeure, selon ses propres mots, « encore à ses débuts, avec de nombreux aspects encore à l’étude. »
Une chose est cependant clarifiée par l’UER dans sa réponse officielle à Ynet : les pays participant à l’Eurovision européen ne seraient pas éligibles à l’Eurovision Asia. La compétition asiatique, précise l’organisation, « sera inclusive et célébrera le fait que nous sommes unis par la musique. Les décisions concernant la participation sont prises par les organisateurs. » Un cadre délibérément flou qui laisse entière la question de l’avenir israélien dans ce dispositif.
Des années de tensions accumulées
Pour comprendre pourquoi une telle option peut aujourd’hui être sérieusement envisagée dans les cercles de l’UER, il faut mesurer l’ampleur de la crise que traverse la participation israélienne à l’Eurovision. Jamais depuis des décennies, la présence d’Israël dans le concours n’avait suscité autant de remous. Cette année, à Vienne, pas moins de cinq pays — les Pays-Bas, l’Espagne, la Slovénie, l’Irlande et l’Islande — ont choisi de se retirer de la compétition, directement en réaction à la participation israélienne dans le contexte de la guerre à Gaza.
Pourtant, l’UER avait maintenu le droit d’Israël à concourir, tout en introduisant des ajustements de règles consécutifs aux plaintes reçues. La mesure la plus significative : une réduction du poids du télévote lors des demi-finales, désormais plafonné à 50% de la note totale, les jurys nationaux assurant l’autre moitié. Une modification lue par beaucoup comme une réponse directe aux pressions politiques exercées pour marginaliser le candidat israélien.
La semaine dernière, nouvel incident. L’UER a officiellement réprimandé Kan, la chaîne publique israélienne, pour avoir diffusé un appel invitant les téléspectateurs à voter dix fois en faveur de Noam Bettan, le représentant d’Israël cette année. Des appels au vote répétés ont également été lancés par d’autres pays sans provoquer de réaction comparable de la part de l’organisation, ce qui n’a pas manqué de faire réagir ceux qui dénoncent un traitement à géométrie variable.
C’est dans ce contexte d’accumulation — boycotts, sanctions, règles modifiées, réprimandes — que la proposition d’un transfert vers l’Eurovision Asia prend une autre dimension. Elle n’est plus seulement une curiosité géographique ; elle ressemble à une sortie de secours institutionnelle pour un organisme rattrapé par des contradictions politiques qu’il ne parvient plus à arbitrer.
Bangkok, horizon d’une nouvelle ère ?
L’Eurovision Asia est loin d’être une coquille vide. La compétition inaugurale est prévue pour novembre à Bangkok, et les pays déjà engagés dessinent une carte musicale inédite : Corée du Sud, Bangladesh, Cambodge, Malaisie, Thaïlande, Vietnam, Philippines et Népal. Un ensemble régional cohérent, loin des tempêtes géopolitiques européennes, et qui pourrait offrir à Israël un espace de compétition moins chargé de tensions diplomatiques.
Si l’UER devait finalement décider de pousser vers un tel transfert, elle serait cependant tenue d’impliquer Israël dans la démarche et de l’inclure dans le processus décisionnel — une étape qui, selon les informations disponibles, n’a pas encore eu lieu. Le scénario demeure donc suspendu entre probabilité et hypothèse, entre logique institutionnelle et complexité diplomatique.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que la question est désormais posée à voix haute dans les couloirs de l’une des institutions culturelles les plus influentes d’Europe. Et que l’Eurovision, concours né sous le signe du rapprochement des peuples par la musique, se retrouve aujourd’hui à devoir choisir entre ses valeurs affichées et les pressions d’un continent qui n’en finit pas de buter sur Israël.
Pour approfondir ce sujet, retrouvez nos précédents articles :
👉 Eurovision : mais pourquoi Israël s’est-il abaissé devant cette mascarade ?








