Selon un rapport : Israël a établi une base militaire secrète en Irak — et a frappé des soldats qui avaient failli la découvrir

Ce sont des informations que personne, à Jérusalem comme à Bagdad, n’avait intérêt à voir publiées. Le Wall Street Journal les a publiées quand même, ce samedi 9 mai 2026, s’appuyant sur des sources américaines et régionales directement informées des faits : Israël aurait construit, à la veille du déclenchement de la guerre contre l’Iran, un poste militaire secret en territoire irakien, dans le désert. La base servait de centre logistique pour l’opération aérienne contre l’Iran et accueillait des unités de forces spéciales. Washington en avait connaissance.

Plus troublant encore : selon les mêmes sources, des soldats irakiens qui s’étaient approchés du site au cours des premiers jours du conflit et risquaient de le découvrir auraient été frappés par une frappe aérienne israélienne. L’objectif était clair — préserver le secret d’une installation dont la révélation aurait provoqué une crise diplomatique et politique immédiate, tant avec Bagdad qu’avec les milices pro-iraniennes qui opèrent librement en territoire irakien.

La géographie comme arme stratégique

L’Irak représente un couloir géographique d’une importance stratégique considérable pour une opération contre l’Iran. Sa frontière avec l’Iran est longue, poreuse, et les distances vers les cibles iraniennes sont nettement inférieures à celles qu’auraient à parcourir des appareils décollant du territoire israélien. Un avant-poste en Irak permettait de raccourcir les trajectoires de vol, de disposer d’une capacité de ravitaillement ou de récupération plus proche du théâtre d’opérations, et de déployer des équipes spéciales pour des missions de renseignement ou de désignation de cibles au sol — ces « éclaireurs » qui guident les frappes aériennes depuis le terrain.

Le fait que Washington ait été informé — et n’ait pas bloqué l’opération — en dit long sur le niveau de coordination entre les deux pays dans la conduite de l’opération « Rugissement du Lion ». Les États-Unis maintenaient leurs propres troupes et équipements en Irak dans le cadre de la coalition anti-Daech. Que des forces israéliennes aient pu s’installer sur un sol où opèrent également des milices pro-iraniennes hostiles à Israël constitue, sur le plan opérationnel, un exploit de discrétion.

Irak : un théâtre de tensions multiples

Le gouvernement irakien se retrouve, si ces informations sont confirmées, dans une position particulièrement délicate. Bagdad entretient des relations complexes avec à la fois Washington et Téhéran. Les factions pro-iraniennes du Hachd al-Chaabi ont une influence considérable dans la politique irakienne et dans certaines régions du pays. La révélation d’une présence militaire israélienne clandestine sur le sol irakien — fût-elle temporaire — est de nature à provoquer une tempête politique intérieure, que les autorités de Bagdad n’ont jusqu’ici ni confirmée ni infirmée.

La frappe sur les soldats irakiens, si elle est avérée, ajoute une dimension supplémentaire à la complexité de l’épisode. Des militaires d’un État souverain neutralisés pour avoir été trop proches d’une installation israélienne illégalement construite sur leur propre territoire : le résumé ne peut que provoquer une réaction politique, dès lors que les faits seront officiellement reconnus par l’une des parties.

Le secret comme condition de l’opération

Ce qui transparaît dans le récit du Wall Street Journal, c’est la logique opérationnelle qui a présidé à l’ensemble de la planification israélienne contre l’Iran : chaque maillon de la chaîne devait rester invisible le plus longtemps possible. La base irakienne n’est qu’un élément d’un dispositif qui comprenait aussi des renseignements humains profondément infiltrés en Iran, des opérations de désactivation à distance via cyberattaques, et des frappes chirurgicales sur des cibles soigneusement identifiées. La rupture de la discrétion — à n’importe quel point de la chaîne — aurait pu compromettre l’ensemble du plan avant même son déclenchement.

La publication par le WSJ de ces informations, des semaines après l’opération, pose la question habituelle du calendrier des révélations dans la presse américaine : qui y avait intérêt, et pourquoi maintenant ? Ces questions restent ouvertes. Ce qui est sûr, c’est que la carte géographique de l’opération israélienne contre l’Iran s’avère bien plus large et plus complexe que ce que les annonces officielles avaient laissé entendre.

Pour aller plus loin : Netanyahou : « Si nous n’avions pas agi, Natanz serait cité comme Auschwitz » et Les tunnels bloqués et les scientifiques éliminés : comment Israël a verrouillé le nucléaire iranien.

 

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