Le défilé annuel de soutien à Israël sur la 5e Avenue de New York a battu dimanche plusieurs records d’un coup : plus de 50 000 participants, soit la plus grande affluence depuis la création de l’événement en 1964 ; la délégation israélienne de ministres et de membres de la Knesset la plus nombreuse jamais envoyée ; et, pour la première fois dans l’histoire de la manifestation, un boycott officiel et assumé du maire en exercice de la ville.
Le maire de New York Zohran Mamdani, connu pour son opposition de longue date à la politique du gouvernement israélien, a refusé d’y participer. Mais c’est la présence du ministre des Finances Bezalel Smotrich qui a déclenché la véritable tempête politique. À ses côtés défilaient également le ministre du Patrimoine Amichai Eliyahu — qui avait déclaré l’an dernier qu’Israël « efface Gaza » —, le député Ariel Kallner, qui avait appelé en son temps à une nouvelle Nakba en représailles au massacre du 7 octobre, ainsi que le député Itzhak Kroizer, qui avait réclamé la destruction totale de Gaza.
Les organisateurs disent qu’ils n’étaient pas au courant
Le directeur général du Conseil des relations de la communauté juive (JCRC), Mark Treyger, organisation co-organisatrice principale du défilé, a tenu à prendre ses distances dès le lendemain. Son organisation, a-t-il affirmé, n’avait pas été informée à l’avance de la venue de Smotrich et des autres membres du gouvernement. Il a précisé que la participation au défilé ne saurait être interprétée comme un soutien à telle ou telle personnalité politique, et qu’il rejette toute rhétorique qui déshumanise autrui, attise les divisions ou porte atteinte à la dignité humaine.
Treyger a également mis en cause la consulat israélien à New York, qui coordine habituellement les délégations officielles. Selon lui, le consulat avait été questionné sur l’identité des participants mais avait refusé de communiquer les noms. Il dit avoir découvert la présence du ministre des Finances seulement au moment où le défilé touchait à sa fin. Un responsable israélien a néanmoins démenti cette version : selon lui, la fédération avait bien été informée de la venue de Smotrich dès le jeudi précédant l’événement, et n’avait soulevé aucune objection.
De toutes parts, les condamnations ont fusé
La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, pourtant réputée proche d’Israël, a publié une déclaration inhabituellement tranchée : Smotrich est selon elle un extrémiste de droite dont la rhétorique clivante et haineuse est fondamentalement contraire aux valeurs défendues à New York. Elle a précisé qu’elle condamne sa participation de la manière la plus ferme. La commissaire de police Jessica Tisch, voix habituellement pro-israélienne au sein de l’administration Mamdani, a rappelé qu’un langage blessant n’a pas sa place dans une célébration de ce type. Le chef de file des démocrates au Sénat américain, Chuck Schumer, qui avait lui-même pris la parole durant le défilé, a tenu à préciser que son rejet de l’extrémisme de Smotrich est public et ancien. La procureure générale de l’État, Letitia James, a ajouté une condamnation de l’islamophobie à son communiqué, élargissant le spectre des reproches.
Des organisations libérales pro-israéliennes, dont le lobby J Street, ont réclamé l’interdiction de Smotrich aux États-Unis et ont appelé à un boycott de sa personne. Elles ont rappelé que le ministre a, par le passé, tenu des propos hostiles envers les Palestiniens, la communauté LGBT et le judaïsme réformé — et qu’il a confirmé en mai dernier que le procureur de la Cour pénale internationale avait demandé un mandat d’arrêt contre lui à titre confidentiel.
Smotrich assume et envoie un message à Mamdani
Le ministre n’a pas cherché à esquiver. Dans un entretien accordé après le défilé, il a expliqué que sa venue à New York s’inscrivait dans le cadre de la signature d’un accord relevant des Accords d’Abraham, et qu’il avait saisi l’occasion pour participer à ce qu’il a décrit comme une grande célébration d’unité et de lien entre les Juifs du monde, précisément en ces temps de guerre. Il a affirmé que son message était simple : la diaspora soutient Israël, et Israël soutient la diaspora — une solidarité de destin, de vocation et de mission partagée.
Interrogé sur la menace, brandie par Mamdani, d’honorer les mandats d’arrêt de la CPI contre lui et Netanyahu s’ils venaient à se matérialiser, Smotrich a répondu avec calme : « Les États-Unis sont encore, Dieu merci, un État de droit. Je pense que le maire a tort et qu’il le regrettera. L’histoire prouve sans équivoque que ceux qui se trouvent du bon côté gagnent, et ceux qui se trouvent du mauvais côté perdent. » Quant à l’hypothèse d’une invitation à la mairie pour une poignée de main avec Mamdani : « Bien sûr que j’irais. »
Alors que la foule l’acclamait au passage sur la 5e Avenue — avec quelques protestataires criant « honte » — Smotrich a choisi de conclure sur une note spirituelle, évoquant la résurrection de l’État juif comme une réponse à la théologie islamique et une réalité que le monde, y compris les responsables politiques de New York, devra apprendre à intégrer.
Pour approfondir ce contexte, retrouvez sur notre site : — Les juifs de Grande-Bretagne boycottent la visite de Smotrich à Londres : « Nous rejetons ses vues abominables » — un précédent similaire où la présence du ministre avait suscité un tollé parmi la communauté juive libérale. — Juste après Shabath, Ben-Gvir et Smotrich accourent chez Netanyahu — l’accord de Trump déchire la coalition — pour comprendre les tensions politiques qui entourent le ministre des Finances.











