Le mouvement Regavim a adressĂ© une lettre urgente aux autoritĂ©s compĂ©tentes pour exiger l’arrĂŞt immĂ©diat d’empiĂ©tements agricoles massifs sur le site archĂ©ologique antique de Hirbet Parsin, sur des terres domaniales situĂ©es Ă environ un kilomètre de la localitĂ© de Hermesh, dans le nord de la Samarie. Ce que les coordinateurs de terrain de l’organisation ont documentĂ© est Ă la fois prĂ©cis dans ses dĂ©tails et alarmant dans son ampleur : une prise de contrĂ´le mĂ©thodique, progressive et dĂ©libĂ©rĂ©e d’un site qui figure parmi les plus significatifs de la mĂ©moire juive en Samarie.
D’après les donnĂ©es et observations rassemblĂ©es par Regavim, l’opĂ©ration porte sur quatre parcelles adjacentes au sein d’un site historique abritant des vestiges datant d’environ deux millĂ©naires, attribuĂ©s Ă la pĂ©riode du Second Temple. Le site conserve le nom biblique de « Paresh » — issu des descendants de ManassĂ© — ainsi que l’appellation talmudique de « Kfar Parshai ». Des fouilles archĂ©ologiques y avaient rĂ©vĂ©lĂ© un mikvĂ© (bain rituel juif), des grottes sĂ©pulcrales, des systèmes souterrains, et des bâtiments remarquablement bien prĂ©servĂ©s datant de la pĂ©riode ottomane.
Une progression documentée depuis 2021
Les photographies aĂ©riennes jointes Ă la lettre de Regavim rĂ©vèlent que les travaux de dĂ©veloppement — dĂ©frichement, crĂ©ation de pistes — ont dĂ©butĂ© dès 2021. Mais c’est au cours des deux dernières annĂ©es que le rythme de la prise de contrĂ´le s’est accĂ©lĂ©rĂ© de façon spectaculaire. L’ensemble du secteur a Ă©tĂ© soumis Ă une exploitation agricole intensive : labourage Ă grande Ă©chelle, plantations, et installation d’une clĂ´ture massive encerclant le pĂ©rimètre.
Parallèlement Ă cette emprise agricole, des constructions illĂ©gales ont Ă©tĂ© Ă©rigĂ©es dans la zone adjacente. L’ensemble des travaux est rĂ©alisĂ© Ă l’aide d’engins mĂ©caniques lourds, sans aucune supervision archĂ©ologique, provoquant des dommages irrĂ©versibles aux couches stratigraphiques historiques du sol et dĂ©truisant dĂ©libĂ©rĂ©ment des Ă©lĂ©ments du patrimoine national.
Ce type d’opĂ©ration est caractĂ©ristique d’une tactique bien documentĂ©e : l’Ă©tablissement d’un fait accompli sur le terrain par une exploitation agricole intensive, qui prĂ©cède et prĂ©pare des revendications de propriĂ©tĂ© ou d’usage. Une fois la vĂ©gĂ©tation implantĂ©e, les clĂ´tures posĂ©es et les structures construites, la rĂ©version de la situation devient Ă la fois juridiquement complexe et politiquement coĂ»teuse.
Dagan : « Un livre d’histoire ouvert est en train d’ĂŞtre effacé »
Yossi Dagan, prĂ©sident du Conseil rĂ©gional de Samarie, a rĂ©agi avec une vigueur particulière. Sa dĂ©claration ne se limite pas Ă la protestation : elle interpelle directement les autoritĂ©s dans leurs responsabilitĂ©s. « Les sites du patrimoine et de l’archĂ©ologie en Samarie sont un trĂ©sor national qui raconte l’histoire du peuple juif en Terre d’IsraĂ«l sur des millĂ©naires. Hirbet Parsin est un site d’une importance historique et archĂ©ologique exceptionnelle, et il faut agir pour le prĂ©server et le protĂ©ger. »
Il a ensuite adressĂ© une injonction aux responsables : « Je fais appel Ă tous les acteurs compĂ©tents pour se mobiliser afin de prĂ©server ce lieu, protĂ©ger les antiquitĂ©s et les terres de l’État, et garantir que les gĂ©nĂ©rations futures pourront connaĂ®tre, Ă©tudier et se connecter Ă l’hĂ©ritage glorieux enfoui dans la terre de Samarie. Un livre d’histoire ouvert est en train d’ĂŞtre effacĂ©. Les autoritĂ©s doivent renverser la table. »
Droker : « Un phénomène étendu et dévastateur »
Roi Droker, directeur du secteur JudĂ©e et Samarie chez Regavim, a replacĂ© l’affaire dans un contexte plus large : « Nous sommes tĂ©moins d’un phĂ©nomène Ă©tendu et dĂ©vastateur de destruction sauvage des sites du patrimoine historique en JudĂ©e et Samarie. Les autoritĂ©s de contrĂ´le doivent agir immĂ©diatement face Ă l’effacement de la tradition et aux tentatives d’emprise sur des dizaines de dounams dans la rĂ©gion. Les autoritĂ©s de contrĂ´le sont dans l’obligation d’agir immĂ©diatement et de mettre fin Ă l’anarchie dans la zone. »
Une stratégie de long terme
Ce qui se passe Ă Hirbet Parsin n’est pas un incident isolĂ©. Il s’inscrit dans une logique documentĂ©e depuis des annĂ©es, que Regavim et d’autres organisations de dĂ©fense du patrimoine israĂ©lien en Cisjordanie ont systĂ©matiquement signalĂ©e : des opĂ©rations d’empiĂ©tement progressif sur des terres d’État et des sites archĂ©ologiques, conduites avec une patience et une mĂ©thode qui contrastent avec la lenteur des mĂ©canismes d’enforcement israĂ©liens dans la zone C. Chaque annĂ©e de retard dans la rĂ©ponse des autoritĂ©s correspond Ă plusieurs dounams supplĂ©mentaires dĂ©frichĂ©s, labourĂ©s, plantĂ©s et clĂ´turĂ©s.
Le cas de Hirbet Parsin est particulièrement significatif car il touche Ă l’onomastique mĂŞme de la prĂ©sence juive en Samarie : effacer physiquement un site qui prĂ©serve des noms bibliques et talmudiques, c’est aussi effacer une continuitĂ© mĂ©morielle que les pierres, les grottes et les systèmes d’eau antiques avaient traversĂ© deux millĂ©naires.
Pour approfondir ce contexte, retrouvez sur notre site : — L’AutoritĂ© palestinienne tente de faire du tombeau de JosuĂ© ben Noun un « site du patrimoine arabe » — un prĂ©cĂ©dent rĂ©vĂ©lateur de la stratĂ©gie d’appropriation des sites historiques juifs. — L’AutoritĂ© palestinienne supprime l’histoire juive et renomme les panneaux situĂ©s sur des sites clĂ©s en JudĂ©e-Samarie — la guerre des noms et des signes qui accompagne la guerre des terres.






