Ils attendent depuis des décennies. Ils ont manifesté, ont été emprisonnés, torturés, exécutés. Ils ont chanté « Femme, Vie, Liberté » sous les matraques des Gardiens de la Révolution. Et voilà que la liberté, si elle doit arriver, arrive sous la forme de missiles américains et de frappes de l’armée de l’air israélienne. Un scénario que personne n’avait vraiment voulu imaginer, mais que beaucoup, dans les rues de Téhéran sous les bombes, disent accueillir avec un mélange de soulagement coupable et de terreur sincère. Arutz 7 a diffusé ce 9 mars 2026 des témoignages d’opposants au régime iranien depuis l’intérieur du pays — une fenêtre rare sur une société qui brûle de deux feux à la fois.
Le réseau coupé, la peur au ventre, l’espoir intact
Recueillir des témoignages depuis l’Iran en temps de guerre relève de l’exploit. Le réseau ne fonctionne qu’à 1 % de sa capacité — impossible ou presque d’envoyer des photos, des vocaux. Cette coupure touche également le réseau mobile. La plupart des Iraniens en France n’ont pas de nouvelles de leur famille depuis le début des frappes. Franceinfo Ceux qui parlent le font en prenant des risques considérables : dans leur pays, parler à un média occidental est considéré comme un crime. Franceinfo
Des communications mobiles sont coupées dans certains secteurs de Téhéran depuis le début de l’opération Wikipedia, et le régime maintient une présence militaire écrasante dans les rues. Pourtant, des voix filtrent. Et ce qu’elles disent est saisissant.
« Nous n’avons pas peur de mourir si cela signifie la liberté »
Ali, un trentenaire de l’est de Téhéran, confie à Franceinfo : « Nous sommes sous pression, mais nous gardons espoir en l’avenir. Nous attendons la fin de cette guerre pour parvenir à une situation stable, à un Iran libre. Nombre d’Iraniens, moi y compris, n’aurions pas peur de mourir dans ce contexte si notre mort signifiait la liberté de l’Iran et une vie meilleure pour les générations futures. » Franceinfo
Cette formulation — accepter la mort sous les bombes étrangères comme prix de la liberté — revient dans plusieurs témoignages. Louis Arnaud, Français détenu 623 jours à la prison d’Evin, l’explicite : les Iraniens en sont venus à se dire que mourir sous les bombes américaines ne fait « aucune différence » de mourir sous les balles du régime. S’il y a une toute petite chance que ces bombes les libèrent, ils la saisissent. France 24
Hassan, un homme d’une quarantaine d’années du nord de l’Iran, envoie un message vocal à un militant de la diaspora : « Nous baisons les mains de Trump et Netanyahu. Nous leur disons merci. La population est très heureuse. » Times of Israel
Mais les opposants ne descendent pas encore dans les rues
Pour autant, l’euphorie n’a pas tout emporté. La prudence reste de mise. Les opposants soutiennent les frappes en privé, mais hésitent à se mobiliser publiquement. Face au danger, le sentiment est confus. Deux hommes disent avoir confiance en la précision des frappes et les soutenir. D’autres se disent partagés. Franceinfo
Les raisons de cette retenue sont multiples. Le régime profite de la guerre pour intensifier sa répression et se débarrasser de ses opposants intérieurs. Les prisonniers politiques — des dizaines de milliers — se retrouvent plus vulnérables que jamais, privés de nourriture, refusant tout abri lors des frappes. France 24 Organiser une manifestation sous les bombes et face aux patrouilles militaires relève du suicide.
La vie économique est en suspens : les prix ont explosé, certaines entreprises et magasins ont baissé le rideau. Loin de l’effervescence qui règne habituellement à deux semaines de Norouz, le Nouvel An perse. Franceinfo
La question du lendemain : quel Iran après le régime ?
L’opposition iranienne n’est pas monolithique, et la guerre a brutalement accentué ses fractures internes. Certains Iraniens scandent « Pahlavi va revenir », d’autres répondent « Femme, vie, liberté ». Les partisans du fils du dernier roi, Reza Chah, et ses opposants incarnent une scission profonde au sein de la société. Le Grand Continent
Maryam Desset, franco-iranienne et membre du mouvement Iran-Novin, rêve d’une période de transition vers des élections libres — les Iraniens décideraient eux-mêmes : monarchie constitutionnelle ou république. Elle cite Reza Pahlavi comme figure possible de transition. Nous avons déjà donné plusieurs dizaines de milliers de morts pour la liberté. Nous ne voulons pas remplacer un dictateur par quelqu’un du même système. RCF
La mort de Khamenei, annoncée dès le 1er mars, a ouvert une brèche — mais aussi une incertitude. Au-delà de la joie liée à la chute du guide suprême, l’avenir du régime demeure incertain. Les témoins iraniens contactés oscillent entre gratitude pour les frappes et angoisse profonde sur ce qui vient ensuite. Times of Israel
La liberté, quand elle arrive sous la forme d’une bombe, pose une question que les vainqueurs ont souvent négligé : est-ce qu’on peut construire un pays libre sur des ruines, quand les fissures politiques préexistaient à la guerre ?
Sources : Arutz 7 / INN, 09/03/2026 | Franceinfo — témoignages | Times of Israël — témoignages iraniens | France 24 — Louis Arnaud
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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