La tragĂ©die de Misgav Am jette une lumière brutale sur les risques du feu ami en zone de guerre active. Ce matin, Ă la frontière nord d’IsraĂ«l, la confirmation est tombĂ©e comme un verdict : Ofer « Poushko » Moskovitch, habitant du kibboutz Misgav Am, n’a pas Ă©tĂ© tuĂ© par un ennemi. Il a Ă©tĂ© tuĂ© par une erreur de tir de l’armĂ©e israĂ©lienne elle-mĂŞme. Une mort qui pose des questions difficiles sur les protocoles opĂ©rationnels en vigueur dans une zone oĂą la frontière entre la menace ennemie et le risque interne est devenue dangereusement floue.
L’information a Ă©tĂ© rapportĂ©e ce lundi matin par le journaliste Robi Hamarshalg sur la chaĂ®ne Kan 11. Selon les conclusions de l’enquĂŞte interne menĂ©e après l’incident, une batterie d’artillerie positionnĂ©e Ă proximitĂ© du kibboutz a procĂ©dĂ© Ă des tirs vers le Liban. Plusieurs obus ont manquĂ© leur cible et sont retombĂ©s Ă l’intĂ©rieur mĂŞme du pĂ©rimètre rĂ©sidentiel du kibboutz. Ofer Moskovitch se trouvait sur place au moment de l’impact. Il a Ă©tĂ© tuĂ© sur le coup.
Un premier diagnostic trompeur
Dans les premières heures suivant l’Ă©vĂ©nement, les premières informations Ă©voquaient un tir antichar — une hypothèse qui pointait directement vers le Hezbollah ou une autre organisation armĂ©e opĂ©rant de l’autre cĂ´tĂ© de la frontière libanaise. Cette version initiale a Ă©tĂ© relayĂ©e et a semĂ© une angoisse lĂ©gitime parmi les habitants du nord du pays, dĂ©jĂ Ă©puisĂ©s par des mois de tension permanente Ă la frontière. Mais l’enquĂŞte a rapidement invalidĂ© cette piste.
Ce n’est pas le Hezbollah. Ce n’est pas une roquette ennemie. C’est un obus israĂ©lien, tirĂ© par des soldats israĂ©liens, qui a tuĂ© un civil israĂ©lien dans son propre kibboutz. La formule, cruelle dans sa simplicitĂ©, rĂ©sume l’ampleur de la tragĂ©die.
Le feu ami : une rĂ©alitĂ© de guerre que l’on prĂ©fère taire
Le feu ami — ou « friendly fire » dans la terminologie militaire — est une rĂ©alitĂ© inhĂ©rente Ă tout conflit armĂ© de haute intensitĂ©. Dans des zones oĂą les forces combattantes sont en mouvement constant, oĂą les tirs d’artillerie couvrent des trajectoires complexes et oĂą la proximitĂ© entre positions civiles et militaires est inĂ©vitable, la marge d’erreur existe toujours. Tsahal n’est pas la première armĂ©e Ă y ĂŞtre confrontĂ©e, et les exemples historiques abondent, des deux guerres mondiales jusqu’aux conflits rĂ©cents en Irak et en Afghanistan.
Mais pour les familles des victimes, cette rĂ©alitĂ© statistique ne reprĂ©sente rien. Pour la famille de Ofer Moskovitch, pour les habitants de Misgav Am, pour toute une communautĂ© du nord d’IsraĂ«l qui vit sous pression depuis des mois, la question est simple et insupportable : comment l’armĂ©e qui est censĂ©e les protĂ©ger a-t-elle pu tirer sur eux ?
L’incident a Ă©galement provoquĂ© un incendie qui s’est propagĂ© Ă plusieurs vĂ©hicules aux alentours, amplifiant la confusion initiale et rendant plus difficile l’identification immĂ©diate de la nature du tir.
La frontière nord, un théâtre d’opĂ©rations sous tension extrĂŞme
Le kibboutz Misgav Am est situĂ© en pleine zone de contact avec le Liban. Dans ce secteur, les opĂ©rations militaires israĂ©liennes se poursuivent de manière rĂ©gulière, y compris des tirs d’artillerie vers des positions identifiĂ©es au Liban. La coexistence de populations civiles avec des unitĂ©s militaires actives y est permanente — une situation qui gĂ©nère des risques que l’Ă©tat-major connaĂ®t et qui doit, selon les règles d’engagement, ĂŞtre gĂ©rĂ© avec une prĂ©cision absolue.
La question que posent dĂ©sormais les enquĂŞteurs et que poseront les familles, les reprĂ©sentants politiques et la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne dans son ensemble, est celle des marges de sĂ©curitĂ© : la batterie de tir Ă©tait-elle positionnĂ©e dans une zone adĂ©quate ? Les protocoles de distance minimale par rapport aux zones habitĂ©es ont-ils Ă©tĂ© respectĂ©s ? Qui a validĂ© les coordonnĂ©es du tir ? Ces questions ne trouveront leurs rĂ©ponses que lors de la publication complète des conclusions de l’enquĂŞte.
Ofer Moskovitch : une vie dans le Nord
Peu d’Ă©lĂ©ments biographiques sur Ofer Moskovitch ont Ă©tĂ© communiquĂ©s Ă ce stade, hormis le surnom affectueux de « Poushko » qui suggère une personnalitĂ© connue et aimĂ©e dans sa communautĂ©. Ce que l’on sait, c’est qu’il Ă©tait un habitant de Misgav Am — un de ces IsraĂ©liens qui ont choisi de rester au nord malgrĂ© les tensions, malgrĂ© les tirs de roquettes, malgrĂ© la pression quotidienne. Sa mort, causĂ©e non par l’ennemi mais par son propre État, est une blessure d’une nature particulière, diffĂ©rente des deuils de guerre ordinaires, plus difficile encore Ă absorber.
L’annonce a suscitĂ© une onde de choc dans les cercles mĂ©diatiques et militaires israĂ©liens. Tsahal devra rendre des comptes, non seulement Ă la famille de la victime, mais Ă l’ensemble d’une population qui vit depuis trop longtemps sous la menace — et qui attend de son armĂ©e non seulement de la protĂ©ger des ennemis, mais aussi d’elle-mĂŞme.
Sources : Srugim, Kan 11
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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