Pendant que les sirènes retentissent sur le sud d’IsraĂ«l et que des missiles iraniens s’abattent sur le pays, les Ă©quipes mĂ©dicales de l’hĂ´pital public Assuta Ashdod continuent d’opĂ©rer — comme si la guerre n’Ă©tait qu’un bruit de fond. Pour Ilana Shtarl, 70 ans, ancienne directrice de lycĂ©e originaire de Herzliya, cette continuitĂ© n’est pas qu’un symbole : elle reprĂ©sente trente annĂ©es de souffrance qui prennent enfin fin.
Trente ans de tachycardie, de crises d’angoisse, d’hypertension artĂ©rielle inexpliquĂ©e. Trente ans de consultations, de mĂ©dicaments, d’une vie habitĂ©e par une peur sourde dont personne n’avait encore trouvĂ© la source. Jusqu’au jour oĂą elle croise la route du professeur Adi Leiba, directeur de l’Institut de nĂ©phrologie et d’hypertension d’Assuta Ashdod.
Une piste mĂ©dicale lĂ oĂą les autres avaient conclu Ă l’anxiĂ©tĂ©
« Pendant trente ans, j’ai souffert de crises d’angoisse, de palpitations et d’hypertension, tĂ©moigne Ilana Shtarl. J’Ă©tais convaincue que c’Ă©tait simplement ma nature et que je devrais vivre ainsi. » Elle avait appris Ă composer avec ses symptĂ´mes, Ă organiser sa vie autour de ces Ă©pisodes qui s’emparaient d’elle sans prĂ©venir — le cĹ“ur qui s’emballe, la pression qui grimpe, la sensation d’un danger imminent sans raison apparente. Les diagnostics successifs convergeaient tous vers le mĂŞme verdict : anxiĂ©tĂ©.
C’est le professeur Leiba qui a rompu ce consensus. « Dès qu’Ilana m’a dĂ©crit ses symptĂ´mes, j’ai immĂ©diatement soulevĂ© la possibilitĂ© qu’il existe une cause physique Ă ce problème », explique-t-il. Un examen minutieux des imageries mĂ©dicales a rĂ©vĂ©lĂ© une masse de petite taille sur la glande surrĂ©nale — discrète, mais dĂ©cisive. Le diagnostic tombe : phĂ©ochromocytome, une tumeur rare de la glande surrĂ©nale qui provoque une sĂ©crĂ©tion excessive d’adrĂ©naline, dĂ©clenchant crises tensionnelles, palpitations et Ă©tats d’anxiĂ©tĂ© intense. Tout ce qu’Ilana avait vĂ©cu depuis trois dĂ©cennies avait un nom, et surtout, une solution chirurgicale.
Une opération programmée malgré la guerre
L’intervention est fixĂ©e au 3 mars. Quelques jours avant la date prĂ©vue, la guerre Ă©clate. Le 28 fĂ©vrier 2026, les frappes israĂ©lo-amĂ©ricaines sur l’Iran dĂ©clenchent une vague de reprĂ©sailles iraniennes. Des sirènes rĂ©sonnent dans tout le sud du pays. Ilana est convaincue que son opĂ©ration va ĂŞtre reportĂ©e indĂ©finiment.
Elle se trompe. Assuta Ashdod est le seul hĂ´pital public en IsraĂ«l conçu et construit dès l’origine comme un Ă©tablissement entièrement protĂ©gĂ©, lorsqu’il a ouvert ses portes en 2017. Tous les blocs opĂ©ratoires, les services de soins intensifs, les maternitĂ©s et les unitĂ©s pĂ©diatriques sont intĂ©gralement blindĂ©s et peuvent fonctionner sans interruption mĂŞme pendant des attaques de missiles, sans qu’il soit nĂ©cessaire de dĂ©placer les patients ou d’interrompre les procĂ©dures en cours.
« J’ai choisi de venir exprès depuis Herzliya parce que je sentais que j’Ă©tais entre les meilleures mains, raconte Ilana. C’est seulement après l’opĂ©ration que j’ai appris qu’il y avait eu des sirènes pendant qu’elle se dĂ©roulait. Mon admiration pour l’Ă©quipe n’en a Ă©tĂ© que plus grande. »
Un acte chirurgical complexe, dans un contexte hors norme
Le phĂ©ochromocytome est une tumeur qui exige une prĂ©paration soigneuse avant toute intervention. La docteure Orit Raz, chef du dĂ©partement d’urologie Ă Assuta Ashdod, dĂ©crit les enjeux : « La prĂ©paration prĂ©-opĂ©ratoire comprenait un traitement mĂ©dicamenteux spĂ©cifique visant Ă stabiliser la pression artĂ©rielle et Ă prĂ©venir les fluctuations brutales pendant l’opĂ©ration. Il s’agit d’une intervention complexe dans une zone sensible, proche de vaisseaux sanguins majeurs, et d’une tumeur dont le moindre contact peut provoquer une sĂ©crĂ©tion d’adrĂ©naline et des variations rapides de la pression. Cela exige un haut niveau de savoir-faire et une coordination prĂ©cise de toute l’Ă©quipe. »
L’opĂ©ration a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par voie laparoscopique avec assistance robotique — une approche mini-invasive qui rĂ©duit les risques de complications et raccourcit la durĂ©e de rĂ©cupĂ©ration. Elle s’est dĂ©roulĂ©e sans incident. La tumeur a Ă©tĂ© retirĂ©e dans sa totalitĂ©.
La docteure Raz ajoute une note d’ironie douce-amère : « De manière symbolique, pendant l’opĂ©ration d’Ilana — qui souffrait depuis des annĂ©es de crises d’angoisse — des sirènes ont retenti. Comme tous les blocs opĂ©ratoires sont entièrement protĂ©gĂ©s, nous avons continuĂ© la procĂ©dure comme prĂ©vu, en totale sĂ©curitĂ©. »
« Quand tout le monde a plus peur, moi j’ai enfin moins peur »
Le professeur Leiba tire de ce cas une leçon mĂ©dicale plus large : « Le cas d’Ilana illustre Ă quel point il est important de continuer Ă chercher une explication mĂ©dicale mĂŞme quand les symptĂ´mes semblent familiers. Grâce Ă un examen attentif des imageries, nous avons pu identifier une petite anomalie sur la surrĂ©nale et parvenir au diagnostic de phĂ©ochromocytome — une maladie très rare. Pour un mĂ©decin, c’est un privilège immense de faire partie d’un processus oĂą, après trente ans de souffrance, on peut enfin localiser la source du problème et le traiter. Grâce au travail multidisciplinaire et Ă notre capacitĂ© Ă continuer Ă opĂ©rer mĂŞme en temps de guerre, grâce Ă la protection intĂ©grale de l’hĂ´pital, nous avons obtenu une amĂ©lioration dramatique de son Ă©tat — elle n’a plus besoin de mĂ©dicaments. »
Ilana, elle, résume son histoire avec une formule saisissante : « Alors que les angoisses de tout le monde montent avec la guerre — les miennes ont enfin disparu après trente ans. »
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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