Ă l’occasion du troisiĂšme anniversaire de l’attaque terroriste de Daesh Ă Paris, au cours de laquelle 130 personnes ont Ă©tĂ© assassinĂ©es, un nouveau livre rĂ©vĂšle comment la destruction en sĂ©rie de sept terroristes de Daesh a Ă©tĂ© menĂ©e Ă bien.
Selon le livre, les liquidateurs Ă©taient gĂ©nĂ©ralement des drones amĂ©ricains et l’opĂ©ration avait Ă©tĂ© planifiĂ©e avec l’aide d’organismes de renseignements internationaux, dans lesquels un rĂŽle central Ă©tait attribuĂ© au Mossad israĂ©lien.
Les attentats de novembre 2015 Ă Paris Ă©taient une attaque terroriste combinĂ©e qui avait eu lieu Ă plusieurs endroits de Paris et comprenait des fusillades et des attentats-suicides, y compris le massacre au Bataclan. Ces Ă©vĂ©nements Ă©taient considĂ©rĂ©s comme le plus grand attentat terroriste de lâhistoire de la RĂ©publique francaise et lâun des plus importants dâEurope.
Le livre « Les espions de la terreur », Ă©crit par Matthew Suk et publiĂ© aujourd’hui par Harper Collins, relate la campagne de vengeance de la RĂ©publique française au sein de l’organisation terroriste.
Selon l’ouvrage, le 30 aoĂ»t 2016, un missile amĂ©ricain a tuĂ© le Sheikh Abu Muhammad alAdanani, numĂ©ro deux et principal porte-parole de Daesh, l’agence d’espionnage française note dans un document interne que « l’un des responsables des attentats de Paris et de Bruxelles est mort ».
En novembre de la mĂȘme annĂ©e, Abou Bakr al-Hakim, le plus haut gradĂ© français de Daesh, d’origine tunisienne, s’est rendu au bunker du quartier gĂ©nĂ©ral des Daesh, sous le stade municipal d’al-Baladi Ă Ar-Raqqa, en Syrie, car il avait dĂ©couvert que les services français avaient retrouvĂ© ses hommes.
Le rĂ©seau qui envisageait de lancer un attentat Ă©tait encore plus vaste que l’attentat terroriste contre Paris, qui Ă©tait sous ses ordres depuis un an, en tant que responsable des attentats en Europe. Il a rĂ©pĂ©tĂ© l’attaque suivante, mais il ne savait pas qu’il ne lui restait que quelques minutes Ă vivre et un missile prĂ©cis a frappĂ© la voiture d’Al-Hakim.
A Washington, le porte-parole du Pentagone a dĂ©clarĂ© : « Un de nos drones a tuĂ© un personnage clĂ© dans la prĂ©paration des attaques terroristes et a donc affaibli la capacitĂ© de l’organisation Ă organiser des attaques terroristes. »
A Paris, les services de contre-espionnage ont rĂ©agi suite Ă une fuite informelle dĂ©crivant la mort d’Abou Bakr, comme celle d’Adnani, comme « un Ă©vĂ©nement important dans la lutte contre le terrorisme ». Cependant, aucune annonce officielle ne sortira de Paris.
Une politique d’ « assassinats ciblĂ©s » est considĂ©rĂ©e comme illĂ©gale en France. Le prĂ©sident François Hollande sera attaquĂ© Ă la veille de sa dĂ©cision de se retirer de la course Ă la prĂ©sidence Ă la suite de la publication d’un livre affirmant qu’il avait ordonnĂ© « des assassinats ciblĂ©s » des terroristes, « une dĂ©cision qui pourrait compliquer la France devant les tribunaux europĂ©ens et internationaux ».
Selon le livre, depuis lors, lorsque les AmĂ©ricains ont achevĂ© leur liste de liquidation, ils ont lancĂ© un appel courtois aux services français tous les mois pour savoir si quelqu’un d’autre Ă©tait sur la cible et les Français ont rapidement fourni la liste. Une semaine aprĂšs Abou Bakr, une autre personnalitĂ© responsable a Ă©tĂ© tuĂ©e de la mĂȘme maniĂšre que les attentats de Paris, avec deux de ses adjoints, qui ont Ă©galement participĂ© Ă ces attaques.
L’auteur du livre, Matthew Suk, aujourd’hui l’un des principaux journalistes d’investigation de Mediapart, a dĂ©butĂ© sa carriĂšre en tant que journaliste spĂ©cialisĂ© dans les enquĂȘtes criminelles avant de se spĂ©cialiser dans le terrorisme. En 2014, il a Ă©crit avec le fils de l’ancien Premier ministre iranien, Shaabur Bakhtiar un livre sensationnel sur son enrĂŽlement dans les rangs du Mossad et de la CIA.
Depuis lors, il a menĂ© des enquĂȘtes indĂ©pendantes qui lui ont valu un nom sur le terrain. Le livre de Suk traite Ă©galement du lien entre IsraĂ«l et cette campagne de vengeance. Selon son livre, au dĂ©but de 2017, le Mossad a envoyĂ© une coalition d’organisations internationales de renseignement contre Daesh, créée en 2015, informant que de hauts responsables du service de renseignement, Amniyat, et notamment le bras impliquĂ© dans la planification d’attaques en Europe, se trouvaient tous Ă Miyadine, en Syrie.
Parmi eux se trouvait Samir Nuhad, lâAlgĂ©rien qui avait prĂ©parĂ© un plan dâattaques anti-aĂ©riennes depuis les aĂ©roports dâAfrique du Nord. Lui aussi n’avait pas le temps d’exĂ©cuter ses plans. Le 22 avril 2017, une frappe de missile a mis fin Ă son existence.
Deux semaines auparavant, un terroriste ouzbek soupçonnĂ© d’ĂȘtre responsable d’un attentat Ă la bombe commis en janvier 2017 lors d’une fĂȘte organisĂ©e pour le Nouvel an au Reina Club d’Istanbul avait Ă©tĂ© assassinĂ©, faisant 39 morts.
L’Ă©tĂ© 2017 a Ă©tĂ© fatal aux hauts dirigeants de Daesh qui se cachaient dans Miyadine et aux alentours. Pas moins de 20 d’entre eux ont Ă©tĂ© liquidĂ©s les uns aprĂšs les autres, parmi lesquels d’autres complices des attentats de Paris et de Bruxelles, dont Abou Mariam al Araqi, qui a interrogĂ© les prisonniers dans les caves. Il a Ă©tĂ© assassinĂ© le 5 juillet. Le 11 juillet, c’est au tour d’Abou Muhammad al-Shami, qui a prĂ©parĂ© les ceintures d’explosifs pour le commando terroriste bruxellois. Le 17 novembre, prĂšs de deux ans aprĂšs les attentats de Paris, Oussama Attar, le responsable des attaques, a Ă©galement Ă©tĂ© liquidĂ©.
Comme annoncĂ©, Ă l’automne 2017, le Mossad a dĂ©clarĂ© que le siĂšge opĂ©rationnel de Daesh Ă l’Ă©tranger, et en particulier la branche responsable des attentats en Europe, avait cessĂ© d’exister.
NĂ©anmoins, le 17 avril 2018, lors d’une attaque Ă la bombe amĂ©ricain, le Syrien Abu Lukman, un membre Ă©minent de l’Aminiat qui a approuvĂ© les attentats de Paris, a Ă©tĂ© assassinĂ© et considĂ©rĂ© comme un hĂ©ritier possible du chef des Daesh, Abu Bakr al-Baghdadi.
Selon Suk, il n’est pas nĂ©cessaire de tirer des conclusions hĂątives sur la mort du monstre. « Une page a Ă©tĂ© tournĂ©e, mais le livre n’a pas Ă©tĂ© fermé », explique-t-il au magazine Maariv. « Daesh n’est pas mort, il s’est seulement retirĂ© gĂ©ographiquement ».
Suk met en garde contre la complaisance. Il a dit que la France, était fatiguée de faire face au terrorisme, que la question avait perdu sa place centrale dans le discours politique et que les services secrets étaient revenus à des querelles internes au lieu de se préparer aux défis à venir.
AprÚs les attentats du 13 novembre, les services français ont reçu des expressions de solidarité et des offres de coopération émanant de nombreux services dans le monde », a déclaré M. Suk, ajoutant que la coopération du Mossad avec les services français, qui existaient auparavant, a progressé aprÚs les attentats du Musée juif de mai 2014 à Bruxelles et du supermarché hyper kasher de Paris.
« Tout le monde, y compris les Russes, avait intĂ©rĂȘt Ă coopĂ©rer contre le terrorisme djihadiste, malgrĂ© d’Ă©ventuelles rivalitĂ©s sur d’autres questions, et le Mossad Ă©tait un partenaire trĂšs prĂ©cieux pour la France. »
 » On peut supposer qu’en 2013-2014, lorsque beaucoup d’entre eux sont venus de l’Ă©tranger pour rejoindre Daesh, il y avait aussi des agents de renseignement qui travaillaient pour IsraĂ«l. Je raconte l’histoire d’un tel agent britannique, surnommĂ© « Ulysse ».
Selon Suk, Daesh a cessĂ© les attaques antisĂ©mites, citant la transcription de la conversation entre les meurtriers du prĂȘtre Jacques Hamel lors d’un attentat dans une Ă©glise en Normandie en juillet 2016 et leur opĂ©rateur, Rashid Kasim.
Lorsque vous vous retrouvez dans une synagogue, les gens pensent clairement au conflit israĂ©lo-palestinien, alors que notre conflit avec la France ne consiste pas uniquement en un soutien Ă IsraĂ«l, mais qu’ils nous combattent seuls, bombardant et voulant faire des choses folles. »
« Si les terroristes de Daesh avaient eu une chance ou une occasion de blesser IsraĂ«l, ils l’auraient certainement fait », conclut Suk. Mais IsraĂ«l et les Juifs n’Ă©taient pas la prioritĂ© des espions terroristes de Daesh.






