Mohsen Rezaï, haut responsable iranien et ancien commandant des Gardiens de la Révolution islamique, a lancé mercredi 29 avril 2026 un avertissement direct à Washington : « Si les États-Unis reprennent la guerre, ce sera leur destruction. S’ils tentent une invasion terrestre, ils doivent se préparer à voir un grand nombre de leurs soldats faits prisonniers. »
Ces déclarations interviennent dans un contexte particulièrement tendu. Depuis le déclenchement de l’opération militaire conjointe israélo-américaine « Rugissement du lion » (Epic Fury côté américain), le 28 février 2026, l’Iran a subi des frappes massives sur ses infrastructures militaires, ses capacités balistiques et ses sites nucléaires. Le Guide suprême Ali Khamenei a été éliminé lors de la frappe d’ouverture. Son fils Mojtaba Khamenei a depuis pris la tête du régime, sous la pression des Gardiens de la Révolution.
« La meilleure option pour les États-Unis : accepter nos dix conditions »
Rezaï a précisé sa pensée : « L’option la moins dommageable pour les États-Unis est d’accepter les dix conditions de l’Iran. » Il n’a pas détaillé publiquement l’intégralité de ces conditions, mais le message de fond est clair — Téhéran refuse toute capitulation et entend négocier en position de force, ou du moins en donner l’apparence.
Le problème pour Rezaï, c’est que la réalité du terrain raconte une autre histoire. Les évaluations militaires américaines publiées mi-avril 2026 estimaient qu’il ne restait à l’Iran qu’environ 40% de ses drones et 60% de ses lanceurs de missiles. Les dommages infligés aux infrastructures iraniennes lors de la campagne de frappes sont qualifiés d’ »astronomiques » par l’état-major israélien, qui évoque des centaines de milliards de dollars de pertes. Le régime cherche à reconstruire ses capacités, mais la marge de manœuvre est étroite.
La menace d’une invasion terrestre : réelle ou rhétorique ?
L’évocation de soldats américains capturés en cas d’invasion terrestre n’est pas anodine. Elle fait écho aux discussions qui agitent Washington depuis plusieurs semaines sur l’hypothèse d’une opération au sol pour sécuriser les stocks d’uranium enrichi iranien — en particulier les quelque 200 kilogrammes entreposés dans les tunnels souterrains du complexe d’Ispahan, inaccessibles aux frappes aériennes. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a récemment confirmé que l’agence n’a plus accès à ce site depuis la guerre de juin 2025.
Des experts militaires américains, consultés par des médias américains, ont décrit une telle opération terrestre comme « complexe, risquée et longue », nécessitant potentiellement plus de 1 000 soldats pour le seul site d’Ispahan. Rezaï s’appuie précisément sur cette donnée pour brandir le spectre des pertes et tenter de dissuader Washington d’envisager ce scénario.
Un régime sous pression qui joue la montre
Le vice-président américain JD Vance avait annoncé le 12 avril que les négociations avec Téhéran avaient échoué en raison d’exigences iraniennes jugées « excessives et illégales ». Donald Trump a ensuite imposé un blocus maritime sur le détroit d’Ormuz. Depuis, l’Iran navigue entre deux eaux : refuser toute reddition par principe de survie politique, mais éviter une nouvelle escalade militaire qui achèverait d’anéantir ce qui reste de ses capacités.
Dans ce contexte, les menaces de Rezaï sonnent davantage comme un message interne — destiné à maintenir la cohésion du régime et à rassurer les bases dures des Gardiens de la Révolution — que comme une véritable stratégie dissuasive vis-à-vis de Washington. Les États-Unis, qui ont déjà engagé plusieurs porte-avions dans la région, n’ont pas réagi officiellement à ces déclarations.
La question qui se pose désormais est moins celle de la posture rhétorique de Téhéran que celle de la fenêtre de négociation réelle : combien de temps Washington acceptera-t-il de jouer la montre avant de décider qu’une solution militaire reste préférable à un Iran qui reconstitue silencieusement ses forces ?
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