Les images ont commencĂ© Ă circuler dans la matinĂ©e de ce dimanche, sans dĂ©claration officielle, sans confĂ©rence de presse. Un drone de Tsahal documente le fleuve Litani vu du ciel. Le château du Beaufort apparaĂ®t dans le viseur d’un char israĂ©lien. Les soldats de la 8e section du bataillon 77 de la brigade Golani opèrent, selon la formulation de l’armĂ©e, « quelque part au Liban. » Des forces supplĂ©mentaires entrent au pays du Cèdre. Vingt-six ans après le retrait de mai 2000, IsraĂ«l est de retour dans le Liban profond — et cette fois, ce n’est pas pour quelques heures.
Ce que les images disent avant les communiqués
Il y a une logique dans la manière dont Tsahal a laissĂ© filtrer ces images avant tout communiquĂ© officiel dĂ©taillĂ©. Le drone au-dessus du Litani, le char pointant vers le Beaufort, les villages du sud Liban en ruines vus depuis l’objectif d’un soldat de Golani — ces visuels sont eux-mĂŞmes un message. Ils disent que l’armĂ©e israĂ©lienne n’opère plus simplement dans la bande frontalière, dans cette zone tampon de quelques kilomètres que Tsahal tient depuis les derniers mois de l’opĂ©ration au nord. Ils disent que le mouvement va plus loin, plus haut, vers des positions que l’armĂ©e israĂ©lienne n’occupait plus depuis une gĂ©nĂ©ration entière.
Le fleuve Litani est la ligne que les rĂ©solutions internationales — notamment la rĂ©solution 1701 du Conseil de sĂ©curitĂ© adoptĂ©e en 2006 après la Seconde Guerre du Liban — avaient dĂ©signĂ©e comme frontière symbolique du retrait du Hezbollah. Cette ligne n’a jamais Ă©tĂ© respectĂ©e par le mouvement chiite. Ce matin, c’est Tsahal qui la franchit dans l’autre sens.
Le Beaufort : une forteresse, une histoire, une génération de fantômes
Pour comprendre ce que reprĂ©sente le Beaufort dans l’imaginaire militaire et national israĂ©lien, il faut remonter plus loin que 2000. Cette forteresse croisĂ©e du XIIe siècle, perchĂ©e Ă plus de 700 mètres au-dessus de la vallĂ©e du Litani, dominant tout le sud Liban depuis ses remparts de pierre, a Ă©tĂ© prise par Tsahal le 6 juin 1982, premier jour de la Première Guerre du Liban. La bataille a coĂ»tĂ© la vie Ă plusieurs soldats israĂ©liens. Elle a Ă©tĂ© immortalisĂ©e dans la littĂ©rature, au cinĂ©ma, dans la mĂ©moire collective d’une gĂ©nĂ©ration.
Pendant dix-huit ans, IsraĂ«l a tenu le Beaufort. Puis, dans la nuit du 23 au 24 mai 2000, le retrait unilatĂ©ral ordonnĂ© par le Premier ministre Ehoud Barak a conduit Ă l’Ă©vacuation prĂ©cipitĂ©e de la forteresse. Les images de cette nuit-là — des soldats qui partent en hâte, des positions abandonnĂ©es, le Hezbollah qui plante ses drapeaux — ont hantĂ© le dĂ©bat stratĂ©gique israĂ©lien pendant un quart de siècle. Certains ont lu ce retrait comme une dĂ©cision courageuse qui mettait fin Ă une occupation coĂ»teuse en vies humaines. D’autres l’ont interprĂ©tĂ© comme une retraite sous la pression qui n’a fait qu’encourager la conviction du Hezbollah que la rĂ©sistance armĂ©e pouvait faire cĂ©der IsraĂ«l.
Ce matin, un char israĂ©lien pointe son canon vers le Beaufort. La boucle se referme — ou s’ouvre sur un nouveau chapitre.
Golani au Liban : une unité qui connaît ce terrain dans ses os
La brigade Golani n’est pas une unitĂ© comme les autres dans ce contexte. Elle a une histoire particulière avec le Liban du nord, avec les collines du Golan, avec les terrains difficiles que d’autres refusent. Le bataillon 77, dont la 8e section opère actuellement « quelque part au Liban », fait partie des formations les plus aguerries de l’infanterie israĂ©lienne. Ces soldats ne dĂ©couvrent pas la guerre — certains d’entre eux ont dĂ©jĂ combattu Ă Gaza, d’autres sont des vĂ©tĂ©rans de plusieurs rotations opĂ©rationnelles. Les voir au Liban, documentant leurs positions depuis un drone, avec le Litani en arrière-plan et des villages du sud Liban en ruines dans leur champ de vision, c’est une image qui parle Ă tous ceux qui connaissent l’histoire militaire israĂ©lienne.
« Et c’est ce qui s’est tenu pour nos pères et pour nous »
La citation glissĂ©e dans le post militaire accompagnant ces images n’a rien d’innocent. Elle est tirĂ©e de la Haggadah de Pessah — ce texte lu dans deux jours lors du Seder, qui raconte l’histoire de l’Exode, de la servitude et de la dĂ©livrance. Le passage dit : dans chaque gĂ©nĂ©ration, des ennemis se lèvent pour nous dĂ©truire, et c’est la mĂŞme promesse qui nous a soutenus, nous et nos pères avant nous. Le glisser dans un post militaire depuis le sud Liban, deux jours avant Pessah, pendant que des missiles iraniens tombent sur IsraĂ«l et que des familles ne savent pas si elles pourront se rĂ©unir pour le Seder — c’est une mise en rĂ©sonance historique et spirituelle que les soldats israĂ©liens, qu’ils soient croyants ou laĂŻcs, comprennent instinctivement.
Chaque génération a son Liban. Chaque génération a son Beaufort. Cette génération, ce dimanche matin, a les deux à la fois.
Une entrĂ©e qui s’inscrit dans une sĂ©quence plus large
Cette entrĂ©e de forces supplĂ©mentaires au Liban ne survient pas en isolation. Elle s’inscrit dans une nuit et une matinĂ©e oĂą Tsahal a frappĂ© l’Iran en profondeur, oĂą l’aviation israĂ©lienne a lâchĂ© plus de 120 munitions sur les industries militaires de TĂ©hĂ©ran, oĂą des soldats amĂ©ricains — plus de 50 000 dĂ©sormais au Moyen-Orient — sont positionnĂ©s pour des scĂ©narios que Washington n’a pas encore nommĂ©s publiquement. Le front nord avec le Liban, que certains pensaient stabilisĂ© depuis les derniers mois, se rouvre dans ce contexte d’escalade gĂ©nĂ©rale. Et cette fois, Tsahal ne s’arrĂŞte pas Ă la bande frontalière.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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