Tsahal manque de 15 000 soldats — le chef d’Ă©tat-major a frappĂ© du poing sur la table. Le gouvernement n’a pas rĂ©pondu

Il y a des silences qui font plus de bruit que des rĂ©ponses. Lors d’une rĂ©union du cabinet de sĂ©curitĂ© israĂ©lien il y a deux jours, le chef d’Ă©tat-major Ayal Zamir a dĂ©clarĂ© devant les ministres qu’en continuant ainsi, « Tsahal va s’effondrer sur lui-mĂŞme. » Il a dit qu’il « levait dix drapeaux rouges. » Il a averti que « les rĂ©servistes ne tiendront pas. » Benyamin NĂ©tanyahou, le ministre de la DĂ©fense IsraĂ«l Katz et les autres ministres prĂ©sents n’ont pas rĂ©pondu. Pas un mot.

Ce silence a eu des consĂ©quences. Il a dĂ©clenchĂ© une tempĂŞte politique qui n’est pas encore retombĂ©e.

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Le porte-parole de Tsahal, le gĂ©nĂ©ral de brigade Effi Defrin, a confirmĂ© que l’armĂ©e manque d’environ 15 000 soldats, dont 7 000 Ă  8 000 combattants. « Le spectre des missions s’est Ă©largi, le territoire intĂ©rieur s’est Ă©largi. Le front au Liban — la zone de dĂ©fense officielle. Et Ă  l’avenir Ă©galement le nord, le Liban et la Syrie. Et aussi Gaza. L’armĂ©e a besoin de combattants supplĂ©mentaires — c’est ce qu’a dit le chef d’Ă©tat-major. Il faut lĂ©gifĂ©rer la loi sur la conscription, la loi sur les rĂ©servistes, et Ă©largir le vivier de combattants. »

Le chiffre mĂ©rite d’ĂŞtre lu lentement. Quinze mille soldats manquants. En pleine guerre contre l’Iran. Alors que des missiles frappent le centre du pays. Alors que quatre soldats sont tombĂ©s au Liban en une seule nuit. Alors que le Commandement du front intĂ©rieur avertit d’une possible intensification des tirs pour la nuit du seder.

Le contexte immĂ©diat de la dĂ©claration de Zamir n’est pas anodin : avant sa sortie au Conseil des ministres, le gouvernement venait d’approuver 30 nouvelles implantations supplĂ©mentaires en JudĂ©e-Samarie — une dĂ©cision qui nĂ©cessite un dĂ©ploiement militaire accru pour leur sĂ©curisation, au moment mĂŞme oĂą l’armĂ©e signale un dĂ©ficit structurel en personnel. Le chef du Commandement central, le gĂ©nĂ©ral Avi Blut, a lui aussi rĂ©agi Ă  cette dĂ©cision.

Zamir avait adressĂ© dans les semaines prĂ©cĂ©dentes une lettre formelle au Premier ministre, au ministre de la DĂ©fense et au prĂ©sident de la Commission des affaires Ă©trangères et de la dĂ©fense, alertant sur le manque grave de combattants. Selon cette lettre, le dĂ©ficit en personnel risquait de porter atteinte Ă  la capacitĂ© opĂ©rationnelle de l’armĂ©e dès l’annĂ©e en cours. Cette lettre n’a pas suffi. Il a fallu qu’il monte Ă  la tribune du cabinet pour dire les mĂŞmes choses, en face des ministres concernĂ©s, et les regarder ne pas rĂ©pondre.

Un commandant de batterie d’artillerie en rĂ©serve, actuellement en service dans le secteur nord, a tĂ©moignĂ© Ă  Ynet : « Nous avons terminĂ© un quatrième tour en juillet et commencĂ© un cinquième en janvier. Le tour s’est allongĂ© d’un mois supplĂ©mentaire, et il a fallu longtemps pour qu’on nous dise qui prendrait la relève et ce qui allait se passer. Les effets de ce dĂ©sordre, et du fait que l’armĂ©e ne fait rien, on les verra bientĂ´t. »

Un autre officier de rĂ©serve a rĂ©sumĂ© la rĂ©alitĂ© du terrain avec une clartĂ© qui n’a pas besoin de commentaire : « Si autrefois tu espĂ©rais qu’après un tour on ne t’appelle pas dans les 12 mois suivants, aujourd’hui c’est un rĂŞve lointain. Tout le monde est dans une grande routine qui use le dispositif. »

Ce que la crise de personnel rĂ©vèle dĂ©passe la question technique du nombre de soldats disponibles. Elle expose une contradiction fondamentale au cĹ“ur de la politique israĂ©lienne en temps de guerre : un gouvernement qui mène une campagne militaire sur plusieurs fronts simultanĂ©ment — Iran, Liban, Gaza, JudĂ©e-Samarie — tout en maintenant l’exemption de conscription pour la population ultra-orthodoxe, en retardant la lĂ©gislation sur les rĂ©servistes, et en raccourcissant la durĂ©e du service obligatoire. Ce sont des choix. Et ces choix ont des consĂ©quences.

Le chef de l’opposition YaĂŻr Lapid a rĂ©agi vivement : « Le chef d’Ă©tat-major avertit d’un effondrement de Tsahal ! Le gouvernement ignore ! » Il a ajoutĂ© : « Dans le prochain gouvernement, nous couperons 60 milliards de shekels de fonds aux rĂ©fractaires. Nous conscrirons tout le monde. L’inĂ©galitĂ© de traitement entre le sang et le sang doit cesser. »

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett est allĂ© plus loin : « Le chef d’Ă©tat-major crie ce que je crie depuis deux ans et demi — il manque 20 000 soldats Ă  Tsahal pour dĂ©fendre l’État d’IsraĂ«l. Qu’attendez-vous, au nom du ciel ? Un gouvernement qui dĂ©pend de Deri et de Goldknopf n’est pas capable d’assurer la sĂ©curitĂ© de l’État d’IsraĂ«l, et ne peut pas gagner. »

Du cĂ´tĂ© de la coalition, le prĂ©sident de la Commission des affaires Ă©trangères et de la dĂ©fense, Boaz Bismuth, a contre-attaquĂ© en critiquant le chef d’Ă©tat-major lui-mĂŞme : « Des dĂ©clarations irresponsables sur ‘l’effondrement de Tsahal’ en pleine guerre historique sont sans prĂ©cĂ©dent et portent directement atteinte Ă  l’effort de guerre. C’est un comportement dangereux qui affaiblit la rĂ©silience nationale et fournit des munitions Ă  nos ennemis. »

La rĂ©ponse de Bismuth dit tout. Quand on ne peut pas rĂ©futer les chiffres, on attaque celui qui les prononce. Quinze mille soldats manquants ne disparaissent pas parce qu’on accuse le chef d’Ă©tat-major de « fournir des munitions Ă  l’ennemi. » Ils sont toujours absents. Et leurs camarades, en tour de service prolongĂ© pour la cinquième fois, le savent mieux que quiconque.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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