Tsahal met en garde : « Nous allons atteindre 80 à 90 000 réfractaires très bientôt. C’est un problème »

Il y a des vérités que l’on préfère ne pas entendre en séance plénière. Celle qu’a énoncée ce mercredi matin le général de brigade Shai Tiv, chef de la division planification et gestion des ressources humaines de Tsahal, devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, en faisait partie. En quelques phrases précises, il a dressé un tableau préoccupant de l’état du recrutement, dans un contexte où la loi sur l’exemption de service militaire — qui concerne principalement la population ultraorthodoxe — est toujours en débat.

32 000 réfractaires aujourd’hui, 80 à 90 000 bientôt

Le général Tiv a d’abord posé le diagnostic chiffré : « Nous sommes actuellement à environ 32 000 réfractaires, auxquels s’ajoutent plus de 50 000 personnes ayant reçu des ordres de convocation — et malheureusement une grande partie d’entre elles deviendront des réfractaires très prochainement si elles ne coopèrent pas. » Il a ensuite franchi la barre symbolique : « Nous allons atteindre la zone des 80 à 90 000 réfractaires très prochainement. C’est un problème normatif, légal. »

Le besoin de l’armée, a-t-il précisé, est de l’ordre de 12 000 soldats supplémentaires, dont environ 7 500 combattants. Un besoin avant tout opérationnel, a-t-il insisté, indépendant de la question communautaire : « Le besoin est opérationnel immédiat — il faut le résoudre indépendamment de tel ou tel secteur. »

Sur le front du recrutement ultraorthodoxe, le général a reconnu une progression : depuis le début de la guerre, Tsahal est passé à environ 2 200 soldats haredim recrutés, dont 1 860 comptabilisés sur le premier semestre selon les données du ministère de l’Éducation. « Le rythme de recrutement des haredim augmente, les chiffres augmentent — parce qu’il y a des gens qui veulent s’engager, parce qu’il y a davantage de filières adaptées à la population haredi, et parce qu’une partie non négligeable ne veut pas être sous le coup de sanctions d’arrestation. » Mais il a aussitôt tempéré : « Il y a néanmoins davantage de vagues de non-coopération de la part des haredim. »

« Honte morale » et allongement du service

La deuxième bombe de la matinée portait sur le projet d’allongement du service militaire régulier à 36 mois. Le général Tiv l’a dit clairement : « L’allongement du service à 36 mois n’est pas suffisant pour combler le fossé. » Et d’ajouter que d’ici janvier 2027, environ 17 000 soldats se libéreront — et que le fossé va donc s’approfondir.

La réaction des parlementaires ne s’est pas fait attendre. Le député Moshé Kinli Tor-Paz (Bleu et Blanc) a qualifié la démarche de « honte morale », refusant qu’on augmente la charge sur les épaules des soldats qui servent déjà avant d’avoir épuisé le potentiel des 100 000 hommes qui s’y soustraient. Sa collègue Yael Ron Ben Moshé (Bleu et Blanc), membre de la commission, l’a résumé sur X avec une formule cinglante : « Les séances d’aujourd’hui : 9h00 — exemption de service pour les étudiants de yeshiva. 10h00 — allongement du service pour les soldats du régulier. C’est comme ça qu’on s’occupe de la sécurité ? »

Ce débat révèle une fracture profonde dans la société israélienne : d’un côté, des soldats et des familles qui portent le poids d’une guerre sur plusieurs fronts depuis octobre 2023, de l’autre une frange de la population dont l’exemption légale reste le principal enjeu politique de la coalition. L’équation présentée ce matin par le général Tiv n’est pas seulement arithmétique — elle soulève la question fondamentale du pacte civique sur lequel repose une armée populaire.

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