Un attentat au cœur d’un hôtel de Jérusalem évité à la dernière minute : « Je suis prêt à commettre moi-même un attentat suicide. »

Un attentat majeur au cœur de Jérusalem a été évité de justesse. Un acte d’accusation déposé contre un jeune homme de 21 ans originaire de Jérusalem-Est révèle le fonctionnement minutieux d’une opération de collecte de renseignements orchestrée depuis l’étranger par le Hamas — avec pour cible finale un hôtel du centre-ville hébergeant des militaires israéliens.

Le suspect travaillait dans cet hôtel lorsqu’il a été arrêté le mois dernier. Selon les éléments du dossier, il aurait agi pendant plusieurs mois comme informateur pour un opérateur du Hamas opérant depuis Chypre, lui transmettant régulièrement des données sensibles sur les allées et venues des forces de sécurité, les barrages militaires dans les environs, et surtout les identités des agents et soldats qui séjournaient dans l’établissement.

Ce qui distingue ce dossier des affaires habituelles de collecte d’informations, c’est la nature de ce qui a failli se produire. Parmi les seufs les plus graves figurés dans l’acte d’accusation figure le cas d’un groupe de cadets de l’école de l’armée de l’air qui devait séjourner à l’hôtel. Le suspect aurait transmis à son contact les dates d’arrivée du groupe, les noms des participants, leur nombre exact — et jusqu’aux numéros des chambres qui leur avaient été attribuées. Une précision opérationnelle qui n’a qu’un seul usage possible : préparer une frappe ciblée.

L’opérateur du Hamas a alors franchi le pas suivant : il a demandé au suspect si, dans l’hypothèse où un terroriste serait envoyé commettre un attentat dans l’hôtel, il pourrait lui apporter son aide. La réponse du jeune homme, telle que consignée dans le dossier, a stupéfié les enquêteurs : « Je suis prêt à commettre moi-même un attentat suicide. »

La catastrophe a finalement été évitée par une série de circonstances. La visite du groupe de cadets de l’armée de l’air a été annulée en raison du contexte de guerre, ce qui a rendu caduc le scénario d’attaque initialement envisagé. Le directeur de l’hôtel a confirmé lors de son audition que la réservation de ce groupe existait bien et que leur séjour était prévu dans l’établissement.

Mais l’activité du suspect ne s’est pas arrêtée là. Après l’annulation de cette opération, il a continué à alimenter son contact en informations. Il aurait notamment transmis la photo d’une ceinture militaire appartenant à une soldate, ainsi que des clichés de deux gardiens de prison qui s’étaient rendus à l’hôtel. Chaque détail, chaque uniformé, chaque présence en tenue constituait pour lui une donnée à remonter vers Chypre.

Ce dossier illustre une méthode de recrutement que le Hamas utilise depuis des années avec une efficacité redoutable : infiltrer des employés de confiance dans des établissements fréquentés par des militaires ou des responsables israéliens, et les transformer en capteurs de renseignement humain sans que rien, en surface, ne trahisse leur double activité. L’hôtel, espace a priori civil et banal, devient ainsi un point de collecte stratégique.

La particularité géographique de ce cas — un résident de Jérusalem-Est, bénéficiant donc d’un statut de résident permanent en Israël et d’un accès facilité aux espaces de la ville — est au cœur des préoccupations des services de sécurité depuis le début de la guerre. Ces profils, installés dans la ville, titulaires de documents israéliens et intégrés dans l’économie locale, représentent un angle mort difficile à surveiller exhaustivement.

L’opérateur du Hamas basé à Chypre incarne, lui, la délocalisation croissante du commandement terroriste hors des zones de combat directes. Depuis l’affaiblissement de la chaîne de commandement dans la bande de Gaza, des cellules de gestion ont proliféré dans des pays tiers — Turquie, Europe du Sud, îles méditerranéennes — d’où elles peuvent opérer avec une relative tranquillité tout en maintenant le contact avec des agents sur le terrain en Israël.

Les charges retenues contre le suspect couvrent une palette d’infractions lourdes : appartenance à une organisation terroriste, transmission d’informations à l’ennemi, contact avec un agent étranger, et préparation d’actes terroristes. L’affaire est désormais entre les mains de la justice militaire.

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