Ce n’est pas un opposant Ă Trump qui parle. C’est l’un de ses plus proches alliĂ©s au SĂ©nat. Et ce qu’il dit ce samedi soir mĂ©rite qu’on s’y arrĂŞte : le sĂ©nateur rĂ©publicain Lindsey Graham, figure incontournable de la scène conservatrice amĂ©ricaine et fidèle partenaire du prĂ©sident, a lancĂ© un avertissement solennel contre la perspective d’un accord avec l’Iran qui laisserait TĂ©hĂ©ran en position de force dans le dĂ©troit d’Ormuz et sur les infrastructures Ă©nergĂ©tiques du Golfe. Il a choisi de le faire sur le rĂ©seau X — publiquement, sans ambiguĂŻtĂ©, Ă la face du monde.
Sa formulation, publiĂ©e directement en ligne, est sans dĂ©tour : « Si un accord est conclu pour mettre fin Ă l’affrontement iranien, Ă partir de la conviction qu’il est impossible de protĂ©ger le dĂ©troit d’Ormuz contre le terrorisme iranien, et que l’Iran conserve toujours la capacitĂ© de dĂ©truire des infrastructures pĂ©trolières majeures dans le Golfe, alors l’Iran sera perçu comme une puissance dominante qui exige une solution diplomatique. Cette perception constitue un changement significatif dans l’Ă©quilibre des forces dans la rĂ©gion, et avec le temps, elle deviendra un cauchemar pour IsraĂ«l. » Et Graham d’ajouter une question qui ressemble Ă un rĂ©quisitoire : « Cela soulève Ă©galement la question de savoir pourquoi la guerre a commencĂ© si ces perceptions sont exactes. »
Ces quelques phrases publiĂ©es sur X rĂ©sument un raisonnement gĂ©opolitique d’une redoutable cohĂ©rence. Graham ne s’oppose pas Ă un accord en principe — il pose une condition : que cet accord ne consacre pas une hĂ©gĂ©monie iranienne sur les voies maritimes stratĂ©giques du Golfe. Car un Iran qui contrĂ´le le passage de 20 % du pĂ©trole mondial, qui menace les capacitĂ©s d’exportation de l’Arabie saoudite, des Émirats et du KoweĂŻt, et qui peut Ă tout moment couper l’approvisionnement Ă©nergĂ©tique mondial, est un Iran qui n’a plus besoin de la bombe nuclĂ©aire pour dicter ses conditions. La pression Ă©conomique suffit.
C’est dans ce cadre qu’il Ă©voque IsraĂ«l. « Un changement significatif dans l’Ă©quilibre des forces », dit-il, avant de conclure que sur le long terme, un tel scĂ©nario constituerait « un cauchemar pour IsraĂ«l ». La formule est forte, et elle vient d’un homme qui n’a jamais cachĂ© son attachement Ă la sĂ©curitĂ© de l’État hĂ©breu. Si l’Iran sort de ce conflit avec une mainmise sur Ormuz et la capacitĂ© de nuire Ă l’Ă©conomie du Golfe, la question du sens mĂŞme de la guerre se pose avec une acuitĂ© brutale.
Le fait que Graham ait choisi X plutĂ´t qu’un communiquĂ© de presse ou une dĂ©claration tĂ©lĂ©visĂ©e n’est pas anodin. C’est la plateforme de Trump, le canal de communication prĂ©fĂ©rĂ© de l’administration actuelle, celui oĂą les signaux politiques se lisent Ă chaud. Publier lĂ , c’est s’adresser directement au prĂ©sident et Ă son entourage, autant qu’Ă l’opinion publique. Le message est donc doublement destinĂ© : Ă la Maison-Blanche, pour peser sur les nĂ©gociations en cours ; et au public amĂ©ricain, pour cadrer ce que devrait ĂŞtre — selon Graham — une ligne rouge dans tout accord avec TĂ©hĂ©ran.
Le sĂ©nateur ne s’est toutefois pas cantonnĂ© Ă la mise en garde. Il a tenu Ă prĂ©ciser qu’il ne partage pas la prĂ©misse selon laquelle rien ne peut ĂŞtre fait pour empĂŞcher l’Iran de continuer Ă menacer les voies maritimes stratĂ©giques du Golfe. « Je suis personnellement sceptique quant Ă l’idĂ©e qu’on ne puisse pas empĂŞcher l’Iran d’exercer sa terreur sur le dĂ©troit », a-t-il dĂ©clarĂ© par ailleurs, signalant qu’il croit Ă la possibilitĂ© d’une posture militaire et diplomatique suffisamment robuste pour contrer cette menace. Les pays de la rĂ©gion sont capables de se dĂ©fendre contre la menace militaire iranienne — Ă condition d’agir correctement. Il a conclu : « Il est important que nous fassions les choses bien. »
Cette nuance est capitale. Graham ne prĂŞche pas le catastrophisme — il prĂŞche l’exigence. Sa position revient Ă dire : un accord est peut-ĂŞtre possible, mais pas Ă n’importe quel prix, et certainement pas au prix d’une capitulation gĂ©opolitique qui transformerait l’Iran en maĂ®tre incontestĂ© du Golfe. Pour IsraĂ«l, la diffĂ©rence entre ces deux issues est immense : un Iran nuclĂ©airement bridĂ© mais stratĂ©giquement dominant reste une menace existentielle d’un autre type — plus diffuse, plus durable, et plus difficile Ă contrer.
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