La prudence française Ă l’Ă©gard du conflit irano-israĂ©lo-amĂ©ricain vient de se manifester sous une forme nouvelle. Ce mercredi 20 mai, la ministre française des Affaires Ă©trangères Catherine Vautrin a dĂ©clarĂ© devant des journalistes que la France « n’est pas certaine qu’il y ait des mines navales dans le dĂ©troit d’Ormuz » — et ce, après que des publications amĂ©ricaines ont fait Ă©tat de la prĂ©sence d’au moins dix mines dans le secteur du dĂ©troit.
Cette dĂ©claration mĂ©rite d’ĂŞtre replacĂ©e dans son contexte. Depuis le 28 fĂ©vrier 2026, date des frappes conjointes amĂ©ricano-israĂ©liennes sur l’Iran, le dĂ©troit d’Ormuz est fermĂ© de facto Ă la navigation. En temps normal, entre cent et cent vingt navires le franchissent quotidiennement ; depuis le dĂ©but du conflit, le trafic est quasiment nul pour les navires occidentaux, qui s’exposent Ă des frappes iraniennes. Le 10 mars, des sources de renseignement militaire amĂ©ricaines avaient indiquĂ© que l’Iran avait commencĂ© Ă mouiller des mines navales dans le dĂ©troit. Donald Trump avait lui-mĂŞme Ă©voquĂ© le sujet le 16 mars, affirmant que les forces amĂ©ricaines avaient dĂ©truit des navires iraniens de pose de mines, tout en critiquant l’Iran pour « cette dĂ©cision injuste ».
Paris entre doute officiel et engagement diplomatique
La position de Vautrin ce matin n’est pas une surprise totale. Dès le 11 mars, alors qu’elle Ă©tait auditionnĂ©e dans l’Ă©mission « Les 4 VĂ©ritĂ©s » sur France Info, elle avait tenu Ă distinguer ce qui Ă©tait confirmĂ© de ce qui ne l’Ă©tait pas : « À ce stade, rien n’est confirmĂ©, donc je reste extrĂŞmement prudente. En revanche, je confirme que le dĂ©troit d’Ormuz est fermĂ©. C’est un endroit extrĂŞmement dangereux. Aucun bateau ne passe. » Elle prĂ©cisait alors que le minage de la zone par l’Iran n’Ă©tait pas officiellement Ă©tabli, mĂŞme si le passage Ă©tait de facto impossible.
Ce positionnement tranche avec celui de Washington, qui a systĂ©matiquement imputĂ© la dangerositĂ© du dĂ©troit aux actions iraniennes de pose de mines, et a dit avoir engagĂ© ses forces pour les neutraliser. Pour Paris, maintenir un flou sur la nature exacte de la menace participe d’une stratĂ©gie plus large : ne pas endosser la rhĂ©torique militaire amĂ©ricaine tout en restant engagĂ©e sur le plan diplomatique.
Une France active mais non belligérante
Car la France n’est pas absente du dossier — loin de lĂ . Le 11 mai, Catherine Vautrin co-prĂ©sidait aux cĂ´tĂ©s du ministre britannique de la DĂ©fense John Healey une rĂ©union de plus de quarante pays pour coordonner une mission multinationale d’escorte de navires et de dĂ©minage dans le dĂ©troit. Depuis des semaines, Paris pilote une coalition diplomatique et militaire destinĂ©e Ă rouvrir le passage Ă la navigation commerciale — sans entrer dans le conflit en tant que belligĂ©rant.
Cette ligne de crĂŞte — s’impliquer sans s’engager — se traduit dans chaque dĂ©claration. Confirmer officiellement la prĂ©sence de mines iraniennes reviendrait Ă valider le rĂ©cit amĂ©ricain, Ă dĂ©signer l’Iran comme responsable direct du blocage, et Ă rapprocher la France d’une posture de confrontation qu’elle s’est prĂ©cisĂ©ment appliquĂ©e Ă Ă©viter depuis le dĂ©but des hostilitĂ©s. Le « nous ne sommes pas certains » de ce mercredi est autant une prĂ©caution diplomatique qu’une prise de distance gĂ©opolitique.
En avril, un porte-conteneurs du groupe français CMA CGM avait d’ailleurs franchi le dĂ©troit via un couloir approuvĂ© par les Gardiens de la rĂ©volution — un passage qui impliquait de fait de nĂ©gocier avec les autoritĂ©s iraniennes, y compris de s’acquitter d’une somme auprès de l’Ă®le iranienne de Larak, surnommĂ©e le « pĂ©age de TĂ©hĂ©ran » par les analystes maritimes. Une illustration concrète de l’Ă©quilibre complexe que Paris cherche Ă maintenir dans ce conflit qui redessine la gĂ©opolitique de l’Ă©nergie mondiale.
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