Un Haredi de Jérusalem espionnait pour l’Iran contre quelques milliers de dollars en crypto — et a continué après avoir compris qui était son commanditaire

L’affaire n’est pas un fait divers isolé. Elle s’inscrit dans une série de recrutements opérés par le renseignement iranien sur le sol israélien, via des applications grand public et des cryptomonnaies — une méthode qui cible désormais les profils les plus ordinaires, y compris au sein de la communauté ultra-orthodoxe.

Le parquet de l’État a déposé vendredi matin devant le tribunal de district de Jérusalem un acte d’accusation contre Moshe Lachowicz, résident haredi de Jérusalem âgé de 21 ans. Les chefs retenus : contact avec un agent étranger, transmission d’informations à l’ennemi, et conduite sans permis. Le parquet a simultanément demandé son placement en détention provisoire jusqu’à la fin des procédures.

Selon l’acte d’accusation, tout a commencé dans un groupe Telegram dédié à la recherche d’emploi. Lachowicz y repère une annonce et contacte le proposant, un homme qui se présente sous le pseudonyme « Michael ». La relation se développe progressivement : « Michael » s’intéresse à la vie personnelle de Lachowicz, évoque sa sympathie pour les Juifs religieux, lui demande une copie de sa carte d’identité — que Lachowicz lui fournit. Puis vient la mise en place de l’infrastructure opérationnelle : ouverture d’un portefeuille numérique sur l’application Trust pour recevoir les paiements, et installation d’un logiciel permettant de filmer avec l’écran éteint, transformant le téléphone en outil de surveillance discret.

Les premières missions sont en apparence anodines. Filmer le jardin des Cloches à Jérusalem : mission accomplie, 618 dollars versés en crypto le 4 mai 2025. Puis se rendre à Ra’anana — sans permis de conduire, au volant d’un véhicule emprunté — et filmer un axe routier précis : 909 dollars supplémentaires. Ensuite, acheter une bombe de peinture dans un magasin tout en filmant l’opération. Les demandes s’accumulent, les paiements aussi.

À un moment donné, « Michael » révèle à Lachowicz qu’il agit pour le compte de l’Iran. Le jeune homme ne coupe pas le contact. Il continue d’exécuter les missions, y compris pendant l’opération militaire « Am Klavia » fin juin 2025. Il propose lui-même un nouveau site à documenter — un endroit appelé « Pardess Morasha », à proximité du carrefour Morasha — et s’y rend, à nouveau sans permis, pour filmer et envoyer les images. Au total, selon le parquet, Lachowicz a reçu environ 3 276 dollars en monnaies numériques.

La rupture intervient de manière inattendue : lors d’une conversation, « Michael » déclare que tous les Juifs devraient mourir — à l’exception des Haredim. Cette phrase suffit à décider Lachowicz à mettre fin au contact. Il cesse de répondre, change la carte SIM du téléphone opérationnel, efface son contenu et le remet à une tierce personne. En septembre 2025, « Michael » le contacte une dernière fois pour lui demander de retrouver un individu qui lui aurait dû de l’argent pour un scooter. Lachowicz décline.

L’affaire s’ajoute à une série de cas similaires révélés ces derniers mois : des jeunes Israéliens recrutés via Telegram par des agents iraniens, payés par crypto, mis à contribution pour collecter des renseignements sur des cibles potentielles. Dans certains cas, comme celui d’un jeune homme de Haïfa arrêté la veille de la mise en examen de Lachowicz, les missions allaient jusqu’à la préparation d’explosifs visant d’anciennes personnalités politiques. Le point commun : des profils vulnérables économiquement, des plateformes de messagerie chiffrée, et une déshumanisation progressive de l’acte d’espionnage réduit à une transaction commerciale.


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