Un Mossad reconfigurĂ© face Ă  l’Iran : le pari risquĂ© de Roman Gofman Ă  la tĂŞte du renseignement israĂ©lien

Il a Ă©tĂ© contestĂ© avant mĂŞme d’entrer en fonction, combattu devant la Cour suprĂŞme, et critiquĂ© en interne pour son absence d’expĂ©rience dans le monde du renseignement. Pourtant, le 2 juin 2026, Roman Gofman a franchi les portes du quartier gĂ©nĂ©ral du Mossad après que la Haute Cour eut rejetĂ© les recours visant Ă  annuler sa nomination, et que le Premier ministre Benyamin Netanyahou l’eut officiellement accueilli dans ses nouvelles fonctions lors d’une cĂ©rĂ©monie de passation de pouvoir.

Depuis, Gofman n’a pas perdu de temps. En quelques jours Ă  peine, il a procĂ©dĂ© Ă  un tour complet des nominations les plus sensibles du service : un poste de porte-parole interne, un conseiller en communication extĂ©rieure, et surtout, la dĂ©signation d’un nouveau directeur adjoint — après avoir mis fin aux fonctions de celui qu’il avait hĂ©ritĂ© de son prĂ©dĂ©cesseur, Dadi Barnea.

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La disgrâce d’un adjoint aux 22 ans de service

L’Ă©viction de l’adjoint dĂ©signĂ© par la lettre « Aleph » — dont l’identitĂ© reste classifiĂ©e — a reprĂ©sentĂ© le premier geste fort, et le plus commentĂ©, de la nouvelle direction. Cet officier avait accumulĂ© 22 ans d’expĂ©rience opĂ©rationnelle au sein du Mossad, dont une pĂ©riode Ă  la tĂŞte du dĂ©partement consacrĂ© Ă  la guerre psychologique et Ă  la lutte d’influence contre l’Iran. Il avait Ă©tĂ© la candidature favorite de Barnea pour lui succĂ©der, et sa prĂ©sence aux cĂ´tĂ©s de Gofman aurait pu permettre une transition en douceur.

Gofman a choisi le mouvement inverse : une rupture franche, assumĂ©e, et rapide. Dans la communication officielle du bureau du Premier ministre, la dĂ©cision a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e comme un acte souverain de management — Gofman entendant « constituer l’Ă©quipe dirigeante qui l’accompagnera dans la rĂ©alisation des objectifs et des dĂ©fis de l’organisation dans les annĂ©es Ă  venir ». En interne, des voix critiques ont nĂ©anmoins jugĂ© la manĹ“uvre prĂ©cipitĂ©e pour un chef dont la prise en main reste encore incomplète. Cinq jours après cette Ă©viction, Gofman a nommĂ© un nouveau directeur adjoint — un ancien chef de la division opĂ©rationnelle, dĂ©crit par des sources proches du dossier comme quelqu’un qui « a la rĂ©putation d’ĂŞtre redoutable ».

L’Iran, horizon existentiel du nouveau patron du Mossad

C’est dans ce contexte de transition interne que Gofman hĂ©rite de la mission la plus ambitieuse jamais confiĂ©e au Mossad depuis des dĂ©cennies : contribuer Ă  la chute du rĂ©gime iranien, dans une fenĂŞtre stratĂ©gique que les responsables de la dĂ©fense israĂ©lienne jugent historique. Son prĂ©dĂ©cesseur Barnea, lors de la cĂ©rĂ©monie de passation, avait formulĂ© cette ambition sans dĂ©tour : « Le moment est venu de rĂ©gler le compte et d’Ă©liminer dĂ©finitivement le rĂ©gime des ayatollahs. »

Les efforts du Mossad en ce sens, s’ils ont produit des rĂ©sultats spectaculaires — assassinats ciblĂ©s, sabotages, opĂ©rations cyber — n’ont jusqu’ici pas abouti Ă  l’effondrement du rĂ©gime. C’est ce chantier inachevĂ© que Gofman reprend, dans un contexte nouveau oĂą l’Iran sort fragilisĂ© par les frappes israĂ©liennes et la pression amĂ©ricaine, mais oĂą les nĂ©gociations en cours Ă  Genève pourraient paradoxalement offrir Ă  TĂ©hĂ©ran une bouĂ©e de sauvetage diplomatique.

L’homme qui dirigeait une division et thĂ©orisait, dans ses Ă©crits acadĂ©miques, qu’un commandant doit parfois agir au-delĂ  de ses prĂ©rogatives formelles, se retrouve dĂ©sormais Ă  la tĂŞte de l’instrument le plus discret et le plus dĂ©cisif de la puissance israĂ©lienne — au moment peut-ĂŞtre le plus critique de l’histoire rĂ©gionale.

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