Un parallĂšle monstrueux ! Entre l’HĂ©breu d’Egypte et le juif d’Europe. « YOM AZIKARON LA SHOAH VE LA GVOURA » – Rony Akrich

Je trouve plus juste, plus honnĂȘte d’intituler cette journĂ©e de commĂ©moration : « journĂ©e du souvenir de l’holocauste
 » et non de cette appellation mortifĂšre : ‘jour de l’holocauste’. On pourrait penser que certains sont nostalgiques de cette identitĂ© victimaire !
Alors ma mĂ©moire s’éveille et se souvient des premiers camps de concentration d’Egypte, des hĂ©breux condamnĂ©s Ă  une premiĂšre solution finale.

J’aimerais tant comprendre, Ă©lucider un tant soit peu le drame

Il y a trop de ressemblance entre Louksor, Suze, SĂ©ville et Berlin pour que cela relĂšve d’un simple et pur hasard.

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DĂšs les premiĂšres images je suis soudain confrontĂ© avec l’état d’esprit craintif, d’individus qui tout au long de l’histoire prĂ©fĂšreront une existence minable face aux humiliations plutĂŽt que de lutter avec la mort en dĂ©fendant la libertĂ©.

PensĂ©e d’un matĂ©rialisme vulgaire, utilitaire et sans idĂ©al, mĂ©prisables personnes qui choisiront d’avilir les vertus de l’ĂȘtre au profit de leurs appĂ©tences primaires. Une multitude blasĂ©e devenue indolente et qui non satisfaite de subir les violences des gardiens Ă©gyptiens, prendra le temps de se quereller entre frĂšres, de se frapper ; des mĂ©diocres ne pouvant mĂȘme pas offrir un semblant de dignitĂ©, incapables de faire front tous ensemble face Ă  l’oppression.

Ces esclaves frĂ©quentent la peur au quotidien, l’apprĂ©hension des impĂ©ratifs, mais aussi la crainte des punitions s’ils n’exĂ©cutent pas, s’ils paraissent obĂ©ir ou inciter aux plus infimes dĂ©monstrations de soulĂšvements. MentalitĂ© traditionnelle pour gĂ©nĂ©rer des dĂ©nonciateurs trĂšs prĂ©sent en Egypte et qui ne se gĂȘnerons point pour trahir, par exemple, les faits et gestes d’un MoĂŻse jugĂ© rebelle au Pharaon. C’est au sein de ce ghetto grouillant de la province de Goshen que se dĂ©voile la silhouette du microcosme concentrationnaire, avec ses « kapos », ses renĂ©gats, mais aussi avec ses gĂ©ants de l’histoire.

Les rĂ©sistants considĂšrent la libĂ©ration des masses hĂ©braĂŻques et la soumission au projet divin comme essentielle et primordiale. Ainsi les sages-femmes condamnaient par le pouvoir Ă  « tuer tous les nouveau-nĂ©s mĂąles», ne le perpĂštrent pas, et se rebellĂšrent vaillamment contre le Pharaon qui les manda en dĂ©couvrant leur insubordination. Elles eurent l’ingĂ©niositĂ© d’objecter un argument de poids qui les sauva d’une mort certaine : « les femmes des HĂ©breux sont trĂšs rĂ©sistantes, elles enfantent toutes seules, sans l’aide de sages-femmes ». Mais elles prirent aussi un malin plaisir Ă  dĂ©fier modestement l’autoritĂ© : « elles ne sont pas comme les femmes Ă©gyptiennes », Ă©pouses effrayĂ©es et par trop dĂ©licates, pour assurer une progĂ©niture digne de ce nom.

Courageuses hĂ©roĂŻnes, elles souffrent en leur Ăąme et conscience de la sous-estimation accordĂ©e Ă  l’existence humaine, d’une barbarie capable de s’en prendre jusqu’au nouveau nĂ©e. Elles connaissent le commandement Divin, plus impĂ©rieux que toutes les injonctions du Pharaon, il faut prospĂ©rer et engendrer, devenir ce peuple qui une fois libĂ©rĂ© et rĂ©habilitĂ© sur sa terre ancestrale apportera une nouvelle identitĂ© morale Ă  l’humanitĂ©. Quel combat, pour quel projet !

Au moment oĂč l’ordre le plus abject de la solution finale du problĂšme HĂ©breu est donnĂ© ; noyer les petits garçons dans le Nil, plus d’une famille prend peur et se dĂ©courage. Les couples vont abandonner toute vie conjugale et divorcer. C’est justement dans ce moment-lĂ  que certains se souviennent de la raison fonciĂšre du mariage, tel que nos ancĂȘtres le comprenaient et qui exige de cette alliance une consĂ©cration oĂč donner la vie est un acte obvie de rĂ©sistance. MalgrĂ© les menaces, assurĂ©s et confiants en la promesse divine, ils confirmeront leur pĂ©rennitĂ© en mettant au monde les futurs hĂ©ros du premier printemps de la libertĂ© pour l’homme.

D’autres s’engagent Ă©galement, dans une rĂ©sistance sans appel car soucieux de la dignitĂ© du peuple. Les maĂźtres de corvĂ©e, nommĂ©s par les Pharaons parmi les israĂ©lites sont de violents dĂ©fenseurs du procĂšs des hĂ©breux. Ils tentent de distribuer pareillement la besogne, ne craignent pas de nĂ©gocier avec le Pharaon, ils consentent Ă  ĂȘtre les victimes innocentes de punitions requises par leurs supĂ©rieurs Ă©gyptiens, pour empĂȘcher que la condamnation ne s’applique Ă  l’encontre de leurs frĂšres. Cet esprit de rĂ©volte, le plus Ă©pique, sera personnifiĂ© par MoĂŻse, lui seul parmi les enfants d’IsraĂ«l avait osĂ© lever la main sur un Ă©gyptien, mais contrairement Ă  ses frĂšres il avait grandi dans les couloirs du pouvoir oĂč lui furent inculquĂ©s le courage et la dignitĂ©.

La naissance du peuple d’IsraĂ«l est un accouchement difficile, on ne doit pas seulement aider mais aussi provoquer l’extraction du bĂ©bĂ©. Dieu lui-mĂȘme intervient dans l’histoire Ă©gyptienne, arrachant les hĂ©breux au cordon asphyxiant d’une vie et d’une culture stĂ©riles. La naissance est toujours un moment pĂ©nible oĂč seule l’apparition du nouveau-nĂ© rĂ©sout et console nos doutes et interrogations. Les Ă©preuves traversent nos existences et engendrent des individus surpassĂ©s, elles ne sont pas lĂ  pour tĂ©moigner de la quantitĂ© de foi en Dieu mais plutĂŽt mesurer nos capacitĂ©s Ă  rĂ©vĂ©ler notre ĂȘtre profond. C’est en acceptant de se confronter aux exigences de son destin que l’homme comme le peuple pourra dĂ©voiler sa vĂ©ritable nature potentielle.

L’Éternel gĂ©nĂšre les difficultĂ©s indispensables Ă  la prochaine et nouvelle dimension de l’histoire d’IsraĂ«l, nul besoin de s’en effrayer ni d’en nier l’importance mais d’y puiser les ressources nĂ©cessaires aux lendemains plus enchanteurs. Nous devons assumer ces Ă©preuves de vie car si jamais il nous venait Ă  l’idĂ©e de nous y refuser, les consĂ©quences en seraient plus terribles et les douleurs plus atroces. Les crises, inhĂ©rentes Ă  notre renaissance, traversent les mĂȘmes Ă©tapes que le dĂ©veloppement de l’homme, Les Ă©vĂ©nements ne façonnent pas sa personnalitĂ©, seules ses rĂ©actions et sa rĂ©solution Ă  dĂ©cliner les verbes de son histoire bĂątiront son ĂȘtre en devenir. Bien aprĂšs la sortie du pays d’Egypte, la naissance se poursuit et exige de lui l’abandon des mauvaises habitudes prises durant les annĂ©es d’exil et d’oppression.

Lorsque l’opportunitĂ© est donnĂ©e Ă  l’individu d’Ɠuvrer pour le peuple comme pour lui-mĂȘme et qu’il esquive cette implication, il s’agit lĂ  d’un dĂ©lit grave. Il n’y a pas ici d’incompatibilitĂ© entre le libre arbitre de l’homme et le dĂ©terminisme d’une histoire voulue par le CrĂ©ateur, celle-ci se rĂ©alisera d’une maniĂšre ou d’une autre pour le meilleur de notre univers.