Un procureur tabassé chez lui par des policiers à Beer Sheva : la famille crie au scandale

L’affaire fait scandale. Un procureur du parquet du district sud d’Israël se retrouve au bloc opératoire avec une fracture du nez et des lésions aux reins après une intervention policière à son domicile de Beer Sheva, survenue dans la nuit du vendredi 3 mai. À ses côtés lors de l’interpellation : un médecin de l’hôpital Soroka et un infirmier exerçant dans un établissement psychiatrique. Trois professionnels, un dîner de famille, et une plainte pour tapage nocturne qui a tout déclenché.

La scène, telle que la décrit la famille par l’intermédiaire de ses avocats, est d’une violence qui dépasse de loin la réponse attendue à une nuisance sonore. Vers 23 heures, un voisin — lui-même policier — se présente accompagné de deux autres agents en civil. Sans mandat. Sans autorisation. Et, selon la famille, en forçant l’entrée dans le logement malgré les protestations des occupants. Le détail qui aggrave tout : au moment des faits, des enfants dormaient dans une pièce voisine.

Deux versions irréconciliables

La famille affirme avoir tenté de faire sortir les policiers du domicile par les voies légales — au point qu’un appel au standard de la police aurait conduit une opératrice à conseiller au propriétaire : « Ne les laissez pas entrer dans la maison. » Injonction visiblement ignorée par les agents sur place.

Le procureur décrit ensuite avoir été violemment frappé. Contraint de s’allonger au sol, roué de coups, piétiné — avec notamment un policier qui lui aurait marché sur la tête. Une fois à l’hôpital, souffrant d’une fracture du nez nécessitant une intervention chirurgicale et de lésions rénales, il rapporte qu’un policier lui aurait lancé avec un cynisme glaçant : « Ils t’ont fait un joli visage. »

La police israélienne présente une version radicalement différente. Selon les autorités, les occupants de la maison auraient refusé d’obéir aux injonctions et auraient agressé physiquement les agents. Preuve à l’appui : deux policiers ont également été hospitalisés, dont l’un avec une fracture à la main. L’institution campe sur sa position, et la confrontation des récits s’annonce explosive devant les tribunaux.

Une enquête ouverte, une audience prévue

Les trois suspects — le procureur, le médecin, l’infirmier — ont été libérés mardi sous résidence surveillée. L’affaire a été transmise au Mahash, le département israélien chargé des investigations contre les policiers, équivalent de l’inspection générale de la police. Une nouvelle audience judiciaire est prévue dimanche.

Ce qui rend cette affaire particulièrement explosive, c’est le profil des personnes impliquées. Un procureur — c’est-à-dire un homme dont le métier est précisément d’exercer la puissance de l’État en matière pénale — se retrouve victime présumée d’une violence policière à son propre domicile. L’ironie institutionnelle est saisissante, et elle n’a pas échappé aux observateurs juridiques israéliens. Quand c’est l’un des leurs que la machine judiciaire brûle, le système peut-il encore faire semblant de fonctionner normalement ?

La question posée par cette affaire dépasse le seul cadre de Beer Sheva. Elle touche à la culture de l’impunité policière, aux contrôles qui existent — ou n’existent pas — sur les interventions nocturnes, à l’absence de mandat comme condition préalable à l’entrée dans un domicile privé. En Israël comme ailleurs, le droit à l’inviolabilité du domicile est un principe fondamental. Cette nuit de vendredi l’a mis à rude épreuve.

Les deux policiers hospitalisés, dont l’un avec une fracture, rappellent que la situation était chaotique et que la responsabilité des débordements reste à établir. C’est précisément le travail du Mahash. Mais le fait qu’un procureur de la République se retrouve sur la table d’opération après une plainte pour bruit de voisinage constitue, à lui seul, une anomalie qui exige des réponses claires — et rapides.

L’audience de dimanche sera suivie de près.


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