L’opĂ©ration terrestre n’est pas pour maintenant. Alors que le Hamas maintient son refus de se dĂ©sarmer, qu’une nouvelle sĂ©rie de nĂ©gociations vient de se solder par un Ă©chec, et que certains observateurs s’attendaient Ă voir Tsahal relancer une campagne militaire de grande envergure dans la bande de Gaza, la dĂ©cision de JĂ©rusalem est claire : pas d’offensive Ă ce stade. C’est une information qui tranche avec les attentes de nombreux analystes et avec la rhĂ©torique martiale qui avait accompagnĂ© les semaines prĂ©cĂ©dentes.
Depuis l’entrĂ©e en vigueur du cessez-le-feu, la situation sur le terrain n’a rien d’une paix. Le Hamas n’a pas seulement maintenu sa prĂ©sence Ă Gaza — selon les informations disponibles, le mouvement aurait consolidĂ© son emprise territoriale et organisationnelle. Mieux : il a profitĂ© de la pĂ©riode pour organiser des Ă©lections internes Ă son bureau politique, affichant ainsi une continuitĂ© institutionnelle qui contredit frontalement les exigences israĂ©liennes et amĂ©ricaines de dĂ©mantèlement. DĂ©sarmer ? Le Hamas rejette l’exigence avec une constance qui confine Ă la provocation.
Les nĂ©gociations de la semaine dernière, menĂ©es avec de hauts responsables du Conseil de la paix, ont une nouvelle fois abouti Ă un constat d’Ă©chec. Benjamin Netanyahou a ensuite reçu ces responsables en marge de ces discussions — mais sans qu’aucune avancĂ©e dĂ©cisive ne soit annoncĂ©e. Le schĂ©ma est familier, et sa rĂ©pĂ©tition commence Ă peser.
Les missiles ont une adresse
Pourquoi alors IsraĂ«l ne reprend-il pas les opĂ©rations militaires ? La rĂ©ponse donnĂ©e par un responsable citĂ© dans les informations disponibles est d’une clartĂ© chirurgicale : « Chaque missile tirĂ© sur le Hamas en ce moment est un missile que nous n’aurons pas contre le Hezbollah ou l’Iran. » En d’autres termes, Gaza n’est pas le seul front actif, et la doctrine de l’allocation des ressources militaires prime sur la tentation de « finir le travail » Ă Gaza tant que deux autres théâtres restent ouverts.
C’est un aveu d’une certaine manière : IsraĂ«l se bat sur plusieurs fronts simultanĂ©ment, et sa puissance de feu, aussi considĂ©rable soit-elle, n’est pas illimitĂ©e. Les prioritĂ©s doivent ĂŞtre arbitrĂ©es. Et dans cet arbitrage, le Hezbollah au nord et l’Iran Ă l’horizon stratĂ©gique prennent le pas sur une campagne terrestre Ă Gaza dont le coĂ»t — humain, matĂ©riel, diplomatique — serait Ă©levĂ© pour un rĂ©sultat incertain tant que les autres fronts restent actifs.
Le mĂŞme responsable ajoute un Ă©lĂ©ment de cadrage significatif : selon la lecture israĂ©lienne de la situation, « le Hamas ne se rĂ©arme pas, il ne fait que recevoir de l’aide humanitaire. » Cette formulation, Ă la fois technique et politique, mĂ©rite attention. Elle signifie qu’IsraĂ«l ne considère pas, Ă ce stade, que le mouvement islamiste reconstruit une capacitĂ© offensive qui justifierait une rĂ©ponse militaire immĂ©diate. La menace est surveillĂ©e, mais pas jugĂ©e suffisamment imminente pour dĂ©clencher une opĂ©ration.
Une attente calculée
La situation actuelle, dans ces conditions, pourrait donc se prolonger un certain temps. « IsraĂ«l n’entreprendra aucune action Ă ce stade », confirme la mĂŞme source. Ce n’est pas une capitulation stratĂ©gique — c’est une pause calculĂ©e, dans un contexte de contraintes multiples. Le cessez-le-feu tient, cahin-caha, avec ses violations ponctuelles et ses tensions de terrain, mais il tient.
Ce choix de l’attente n’est pas sans risques. Chaque semaine qui passe permet au Hamas de consolider davantage, de rĂ©organiser ses structures, de tenir des Ă©lections internes, d’afficher une permanence qui nourrit sa lĂ©gitimitĂ© aux yeux de sa base et du monde arabe. La consolidation organisationnelle du Hamas pendant le cessez-le-feu est prĂ©cisĂ©ment ce qu’IsraĂ«l voulait Ă©viter — et ce qu’il observe dĂ©sormais sans y rĂ©pondre militairement pour l’instant.
La question qui se pose, en filigrane, est celle du moment oĂą l’Ă©quation changera. Quand les deux autres fronts — Hezbollah et Iran — seront suffisamment stabilisĂ©s ou traitĂ©s pour qu’IsraĂ«l puisse Ă nouveau concentrer sa puissance sur Gaza ? Personne ne le dit ouvertement, mais la logique du raisonnement conduit inĂ©vitablement vers cette interrogation. La guerre avec Gaza n’est pas terminĂ©e. Elle est suspendue, dans un Ă©quilibre prĂ©caire, entre les calculs d’un État qui doit choisir ses batailles et les manĹ“uvres d’un mouvement qui utilise le temps comme arme.
Pour l’heure, les chars restent au garage. Mais la question n’est que de savoir jusqu’Ă quand.
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