Vol annulé sans explication : la Cour suprême condamne Arkia et pose un principe fondamental pour les passagers israéliens

Des dizaines d’IsraĂ©liens passent la nuit du 29 janvier 2022 dans un hĂ´tel de Grenoble, coincĂ©s en France. Leur vol Arkia Ă  destination de Tel-Aviv, numĂ©ro IZ776, vient d’ĂŞtre annulĂ© Ă  la dernière minute. Aucun prĂ©avis, une prise en charge partielle, et — surtout — aucune question posĂ©e : la compagnie leur a directement fourni un vol de remplacement pour le lendemain, sans leur proposer de choisir entre cette option et un remboursement intĂ©gral. Pour Arkia, c’Ă©tait suffisant. Pour la Cour suprĂŞme israĂ©lienne, ça ne l’Ă©tait pas. Ce jeudi, les juges ont rendu un arrĂŞt de principe qui va bien au-delĂ  de ce dossier spĂ©cifique.

Ce que la loi exige — et ce qu’Arkia a ignorĂ©

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

La loi israĂ©lienne sur les services aĂ©riens Ă©tablit des droits prĂ©cis pour les passagers en cas d’annulation de vol. Parmi eux, le droit de choisir entre un remboursement intĂ©gral du billet et un vol de substitution. Ce droit de choix est au cĹ“ur de l’affaire. Arkia avait prĂ©sentĂ© sa position : la loi ne l’obligerait qu’Ă  rĂ©pondre aux demandes des passagers qui solliciteraient eux-mĂŞmes cette option, pas Ă  la proposer activement. De plus, la compagnie avait avancĂ© des circonstances exceptionnelles pour justifier l’annulation — un accident de la route près de l’aĂ©roport et la maladie du pilote prĂ©vu. Ces deux Ă©lĂ©ments, selon elle, l’exonĂ©raient de toute responsabilitĂ©.

Le tribunal de première instance, puis le tribunal de district, avaient partiellement suivi ses arguments. Mais la Cour suprĂŞme, dans une dĂ©cision signĂ©e par le juge Alex Stein, rejointe par les juges David Mintz et Yael Vilner, a tranchĂ© nettement dans l’autre sens.

« L’homme ordinaire ne porte pas dans sa poche le texte de ses droits de passager »

La formule du juge Stein rĂ©sume Ă  elle seule l’esprit de l’arrĂŞt. L’intention du lĂ©gislateur, selon la Cour, est claire : une compagnie aĂ©rienne ne peut pas se contenter de proposer unilatĂ©ralement une solution et d’attendre que le passager rĂ©clame une autre option. Elle doit d’abord, activement, informer le passager qu’il peut choisir, et recueillir son choix avant d’agir. Priver un passager de cette facultĂ© de dĂ©cision revient Ă  lui confisquer un droit fondamental garanti par la loi — celui de l’autonomie dans la gestion de ses propres intĂ©rĂŞts.

La Cour a soulignĂ© que les passagers ont des besoins diffĂ©rents face Ă  une annulation. Certains ont un impĂ©ratif de se retrouver en IsraĂ«l dès que possible : un Ă©vĂ©nement familial, un rendez-vous mĂ©dical, une obligation professionnelle. D’autres n’ont pas cette urgence et prĂ©fĂ©reront rĂ©cupĂ©rer leur argent plutĂ´t que de partir le lendemain. Imposer une solution sans demander, c’est traiter tous les passagers comme s’ils Ă©taient interchangeables.

Les indemnités maintenues — et un message aux compagnies

En première instance, chacun des 97 passagers concernĂ©s avait obtenu 2 120 shekels au titre des dommages statutaires prĂ©vus par la loi, plus 2 500 shekels de dommages-intĂ©rĂŞts exemplaires. Le tribunal de district avait rĂ©duit ces derniers de 1 500 shekels par passager. La Cour suprĂŞme a maintenu le montant tel que rĂ©duit, tout en prĂ©cisant la doctrine applicable pour l’avenir : les dommages exemplaires ne sont pas automatiques Ă  chaque violation du devoir d’information, mais ils se justifient pleinement lorsque d’autres manquements s’y ajoutent — ce qui Ă©tait le cas ici, puisque les repas, les boissons et l’hĂ©bergement avaient eux aussi Ă©tĂ© fournis de façon insuffisante. Arkia a en outre Ă©tĂ© condamnĂ©e Ă  15 000 shekels de frais de justice.

Pour tout passager israĂ©lien confrontĂ© Ă  une annulation de vol, cet arrĂŞt fixe dĂ©sormais un prĂ©cĂ©dent clair : la compagnie est tenue de vous informer explicitement de votre droit de choisir, et de vous laisser effectivement choisir. Ne pas le faire n’est plus une simple omission — c’est une violation sanctionnable.

Sur ce sujet, consultez également nos articles : Retour dans les airs : Air France relance ses vols directs entre Paris et Tel Aviv — et : Transavia France revient en Israël : un signal fort de normalité et de confiance