Zvika Yehezkeli lance un avertissement en direct : « La guerre d’usure est déjà là »

Il y a des voix qui dérangent parce qu’elles ont souvent raison trop tôt. Zvika Yehezkeli, commentateur spécialisé dans les affaires arabes et l’un des analystes les plus écoutés d’Israël, est de celles-là. Lundi soir, lors du journal du soir sur i24NEWS, il a livré une analyse aussi tranchante que dérangeante sur la situation au nord : le cessez-le-feu en vigueur au Liban, a-t-il affirmé, ne sert pas les intérêts israéliens — il sert ceux du Hezbollah. Et la guerre d’usure qu’Israël cherchait précisément à éviter est, selon lui, déjà en train de se jouer.

« Nos mains sont liées », a-t-il déclaré d’emblée. « Et je dirais qu’il vaut la peine de regarder la raison d’être de cette situation. C’est un cessez-le-feu que le Hezbollah voulait précisément pour entraîner Israël dans un type de combat qui lui donne une longévité. » Le diagnostic est sévère : en acceptant ce cadre, Israël aurait permis au Hezbollah de renouer avec la doctrine qui l’a rendu redoutable bien avant sa phase de montée en puissance militaire — celle de la guérilla.

Le Hezbollah reconnaît lui-même sa mutation

Ce qui rend l’analyse de Yehezkeli particulièrement percutante, c’est qu’il ne se contente pas de l’affirmer : il cite les propres mots des dirigeants de l’organisation pour l’étayer. « Un haut responsable du Hezbollah le dit lui-même aujourd’hui : nous revenons d’une organisation semi-militaire, d’une organisation qui hérite et qui s’affronte à Israël comme une armée face à une armée, à une organisation de guérilla. » Autrement dit, l’organisation tire les leçons de ce qu’elle a subi — les bipeurs, l’élimination de Nasrallah, les frappes sur ses infrastructures — et pivote vers un mode d’action que le cessez-le-feu lui permet précisément de développer en toute impunité relative.

Les images récentes en sont, selon lui, la démonstration concrète : un drone explosif frôlant un hélicoptère militaire israélien, des blindés touchés dans la zone tampon. « C’est exactement l’avantage du Hezbollah. C’est là qu’il est allé quand il a voulu ce cessez-le-feu. » Ces incidents, présentés parfois comme des incidents isolés, s’inscrivent pour l’analyste dans une logique parfaitement cohérente et prévisible.

Un piège annoncé dès la signature

Yehezkeli rappelle qu’il avait prévenu de ce risque au moment même où l’accord se dessinait : « Nous l’avions dit ici, dans l’émission, dès que l’accord a été signé ou que nous avons glissé vers cet accord — ils ont finalement lié nos mains. Cet accord ne fait pas qu’offrir une bouée d’oxygène au Hezbollah, il l’introduit dans un mode d’action qui l’inscrit dans la formule connue : je tire, j’existe. Je frappe, j’existe. J’inflige des pertes à l’ennemi, je gagne. »

La formule est lapidaire, mais elle résume avec précision la doctrine de survie que les mouvements de guérilla ont appliquée depuis des décennies dans des conflits asymétriques à travers le monde. La guerre d’usure n’est pas une défaite militaire spectaculaire — c’est une saignée lente, une accumulation de micro-victoires symboliques qui finissent par éroder la détermination adverse et reconstruire une légitimité politique interne et externe. Pour le Hezbollah, affaibli mais non détruit, c’est la stratégie de survie idéale.

« Faut-il encore respecter les conditions du cessez-le-feu ? »

Face à ce constat, Yehezkeli ne propose pas une demi-mesure. Il appelle à une remise en question radicale de la posture israélienne : « Israël doit réfléchir maintenant à une méthode entièrement différente. Devons-nous encore tenir compte des conditions du cessez-le-feu au Liban après qu’on nous frappe de cette façon ? Devons-nous encore être proportionnés ? La réponse est non. »

Il plaide pour une reprise d’initiative militaire active, avec un objectif assumé : « Nous devons frapper et mettre en œuvre des plans dont le but est unique — repousser le Hezbollah, lui porter un coup sévère et parler ouvertement de son éradication, car la scène libanaise est en train de changer. » Une position musclée, qui s’accompagne toutefois d’une nuance importante : toute action de ce type devra, selon lui, être coordonnée diplomatiquement — notamment avec Washington — pour éviter l’isolement international.

La question du timing est au cœur de son raisonnement. « Il y a un déclin de notre dissuasion, et mieux vaut recommencer à combattre le Hezbollah pendant que Trump n’a pas encore décidé ce qui se passera avec l’Iran. » La fenêtre diplomatique et stratégique est étroite, et Yehezkeli estime qu’Israël ne peut pas se permettre de la laisser se refermer en restant enfermé dans un cadre qu’il juge fondamentalement défavorable.

Pour approfondir la situation au nord et la dynamique du Hezbollah, retrouvez sur infos-israel.news :


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés

Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News

📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢

 

S1871ab49133f4530a788d53fb2392d37b