Depuis ce dimanche matin, une nouvelle salve d’alertes a retenti dans de nombreuses localitĂ©s du nord d’IsraĂ«l. La journĂ©e s’est ouverte sur un chapelet ininterrompu de sirènes le long de la ligne de front : Rosh HaNikra, Tzat, Shlomi, Hanita, Yaaraa, Adamit, Metula, Kfar Giladi, Tel Hai, Kiryat Shmona, Beit Hillel — autant de noms qui rĂ©sonnent dĂ©sormais comme un brĂ©viaire de la tension permanente. Les alertes se sont dĂ©clenchĂ©es en raison de tirs de roquettes et de missiles depuis le Liban, mais aussi de suspicions de pĂ©nĂ©tration d’engins aĂ©riens hostiles.
La mĂ©canique des tirs est dĂ©sormais rodĂ©e et prĂ©visible dans son imprĂ©visibilitĂ©. Ă€ 12h09, deux projectiles franchissent la frontière libanaise en direction de Metula et Kfar Giladi : l’un est interceptĂ© par la chasse israĂ©lienne, l’autre s’Ă©crase en terrain ouvert. Ă€ 12h29, plusieurs tirs sont enregistrĂ©s en direction d’Acre et d’autres localitĂ©s — un interceptĂ©, les autres explosent en zone dĂ©gagĂ©e. Ă€ 12h37, une cible aĂ©rienne suspecte est dĂ©tectĂ©e dans le secteur de Kiryat Shmona. Les porte-paroles militaires se bornent Ă indiquer que « l’incident s’est terminé », sans prĂ©ciser le sort de l’objectif.
Nahariya, Acre, les Krioth — la portĂ©e s’allonge
Ce qui frappe dans cette sĂ©quence, c’est l’extension gĂ©ographique des tirs. La veille, samedi, le Hezbollah avait visĂ© Karmiel, Safed et Nahariya. Ce dimanche, c’est Acre et sa zone industrielle qui se retrouvent sous les alertes, quelques secondes après qu’une mise en garde prĂ©alable avait Ă©tĂ© transmise aux habitants sur les risques de tirs vers cette ville. Et mĂŞme dans les Krioth — la conurbation au nord de HaĂŻfa — des habitants ont reçu sur leurs tĂ©lĂ©phones une notification d’alerte prĂ©ventive, semant la panique dans des secteurs habituellement Ă©pargnĂ©s par les tirs directs.
La mairie de Kiryat Bialik a réagi rapidement pour tenter de calmer les esprits. Le maire Eli Dokorski a diffusé un message demandant à ses administrés de rester vigilants, de suivre exclusivement les canaux officiels du Commandement du Front intérieur, et les assurant que les équipes municipales et les services de sécurité étaient mobilisés et prêts à toute éventualité.
Dans la nuit prĂ©cĂ©dente, des alertes avaient retenti trois fois Ă Kiryat Shmona. L’une des salves avait touchĂ© directement le centre-ville, causant des dĂ©gâts Ă des commerces et des bâtiments. L’armĂ©e israĂ©lienne avait ensuite frappĂ© le lanceur depuis lequel ces tirs avaient Ă©tĂ© effectuĂ©s.
Katz promet, les habitants s’impatientent
Pendant ce temps, le ministre de la DĂ©fense IsraĂ«l Katz participait Ă une cĂ©rĂ©monie commĂ©morative en l’honneur des soldats tombĂ©s lors de la première guerre du Liban. Devant les familles de disparus, il s’est employĂ© Ă dresser un bilan glorieux : « 26 ans après le retrait de la zone de sĂ©curitĂ© au Liban, le drapeau d’IsraĂ«l flotte Ă nouveau sur les sommets qui surplombent les villages de GalilĂ©e. Nos courageux combattants ont repris le Beaufort — et y resteront dans le cadre de la zone de sĂ©curitĂ© au Liban. » Puis, se tournant vers les habitants du nord : « Nous sommes pleinement conscients de l’ampleur de notre heure et de la responsabilitĂ© qui repose sur nos Ă©paules. Le Premier ministre, moi-mĂŞme, le chef d’Ă©tat-major et bien d’autres travaillons jour et nuit pour un seul objectif : faire tout ce qui est nĂ©cessaire pour assurer la sĂ©curitĂ© du nord. Nous avons pris un engagement — et nous le tiendrons. »
Des paroles qui rĂ©sonnent diffĂ©remment dans les oreilles de ceux qui vivent sous les alertes. Limor Atzion, habitante de Shlomi et figure du mouvement « Nous combattons pour le nord », a rĂ©agi avec vĂ©hĂ©mence aux dĂ©clarations du ministre Dudi Amsalem, qui avait affirmĂ© que « les mains d’IsraĂ«l sont liĂ©es dans le nord Ă cause des AmĂ©ricains » et accusĂ© les rĂ©sidents de voir la situation « sous l’angle Ă©motionnel ». « Je serais heureuse qu’il vienne passer deux jours ici, pas plus, pour vivre ça — et alors il pourra dire qu’on est Ă©motionnels », a-t-elle lancĂ©. « Si un quart de ce qui se passe ici se produisait au centre du pays, tous les programmes d’information s’arrĂŞteraient. »
Yoni Yossef, qui vit Ă Rosh HaNikra après dix-huit mois d’Ă©vacuation forcĂ©e, ne dĂ©colère pas : « On Ă©tait dĂ©placĂ©s depuis un an et demi. Ils avaient tout le temps pour rĂ©gler les problèmes. On ne peut pas reconstruire une communautĂ© en pleine guerre — oĂą trouver le temps pour soigner les blessures, sans parler des revenus ? » Et d’adresser une invitation amère au ministre : « Le ministre Amsalem est le bienvenu chez moi pour voir ce que c’est que de vivre ici dans le nord. »
Le Beaufort pris — mais la guerre continue
La prise du château du Beaufort par Tsahal ces derniers jours est prĂ©sentĂ©e en interne comme une victoire tactique significative. Des officiers supĂ©rieurs y voient un jalon dans l’effort d’Ă©loigner le Hezbollah de la frontière. Mais les analystes sont plus nuancĂ©s : la conquĂŞte de ce verrou stratĂ©gique ne modifiera pas radicalement l’Ă©quilibre d’ensemble du conflit, et l’avenir de l’organisation reste une question ouverte. « Plus on dĂ©fend depuis la profondeur, plus l’ennemi rencontre nos soldats plutĂ´t que nos civils. Si on se retire, la menace se rapproche simplement Ă nouveau de la frontière. C’est une mathĂ©matique simple », rĂ©sume un officier supĂ©rieur de Tsahal. Une mathĂ©matique que les habitants du nord comprennent parfaitement — et qu’ils paient de leur quotidien.
Sur ce sujet, retrouvez notre reportage : « Or Eitan » est entré en guerre : Israël déploie pour la première fois son système laser au Nord, qui détaille les nouveaux outils de défense déployés face aux tirs du Hezbollah. À lire également : 🔴 Le Nord est en feu : le Hezbollah tire en continu, et revendique un coup direct sur une base de Tsahal, pour resituer la persistance de cette pression dans la durée.






