« Tu ne dis pas la vérité » : Me Hadad prend le témoin en flagrant délit de contradiction au procès Netanyahu

L’audience de ce dimanche au procès du Premier ministre Benjamin Netanyahu a viré à l’affrontement spectaculaire. Eli Lévy, ancien directeur du département des enquêtes de l’Autorité des marchés financiers, s’est retrouvé pris en flagrant délit de contradiction par Me Amit Hadad, l’avocat de la défense, qui l’a accusé sans détour de ne pas dire la vérité à la barre.

Le cœur de l’incident tourne autour d’un article de Gidi Weitz publié dans le journal Haaretz en octobre 2015, consacré aux relations entre Benjamin Netanyahu et Shaul Elovitch, l’homme d’affaires au centre de l’affaire Bezeq — l’affaire dite « 4000 ». Cette affaire accuse Netanyahu d’avoir accordé des avantages réglementaires au groupe Bezeq en échange d’une couverture favorable sur le site d’information Walla, alors sous contrôle d’Elovitch.

La question posée par la défense semblait simple en apparence : à quel moment Lévy avait-il eu connaissance de cet article de Weitz, et dans quel contexte l’avait-il transmis au parquet pour étayer la demande d’extension de l’enquête ? Mais c’est là que les choses ont dérapé.

Dans un premier temps, Lévy a affirmé avec assurance avoir lu et imprimé l’article avant le lancement officiel de l’enquête Bezeq, le 20 juillet 2017, et l’avoir transmis au parquet dans le cadre de la demande d’extension du dossier. Un témoignage précis, volontaire, présenté comme un souvenir clair.

Mais à mesure que Me Hadad approfondissait les questions — cherchant à préciser les dates et la chronologie —, le témoignage de Lévy a commencé à se fissurer. Il a soudainement déclaré ne plus se souvenir des dates exactes, puis a soutenu n’avoir en réalité imprimé et lu l’article qu’au moment du transfert formel des pièces au parquet — soit potentiellement après le lancement de l’enquête, et non avant.

Me Hadad n’a pas laissé passer. Il a rappelé au témoin que ses déclarations venaient d’être enregistrées, que la contradiction était flagrante, et lui a dit sans ambages : « Tu ne dis pas la vérité. Tu as d’abord dit que tu l’avais lue avant le lancement de l’enquête Bezeq, maintenant tu veux dire que tu ne l’as lue qu’après. Comment est-ce possible ? »

Lévy a tenté de se dégager en expliquant qu’il n’avait pas de souvenir précis de la date, mais qu’il savait avec certitude que l’article avait été imprimé et transmis parce qu’il était pertinent pour la demande d’extension. Une réponse qui n’a satisfait personne dans la salle — et surtout pas la défense.

Autre angle d’attaque de Me Hadad : comment Lévy avait-il pu trouver cet article de Haaretz s’il ne disposait pas d’un abonnement à ce journal ? Le témoin a dit ne plus se souvenir comment il y avait eu accès. Une lacune de mémoire supplémentaire qui a alimenté la thèse de la défense selon laquelle les enquêteurs de l’Autorité des marchés financiers avaient été « nourris » en coupures de presse par le parquet lui-même — notamment par la procureure Liat Ben Ari — pour justifier après coup une extension artificielle du dossier contre Netanyahu.

L’incident n’a pas seulement opposé l’avocat et le témoin. Alors que Lévy se débattait à la barre, la procureure Yehoudit Tirosh et ses collègues ont commencé à murmurer entre eux — à voix suffisamment audible pour que Me Hadad l’entende. Il a explosé à l’adresse du tribunal : « Ils ont le droit de parler pendant que l’audition est en cours ?! J’entends, le témoin entend, et ils continuent à parler sur le sujet — et le tribunal reste silencieux ! » Tirosh a répondu avec une pointe de cynisme : « Nous avons continué à parler, quelle dramatisation. » La présidente du tribunal a dû intervenir pour rétablir le calme et a demandé à Lévy de remettre de l’ordre dans ses déclarations.

Pour la défense, cette scène n’est pas un incident isolé : elle s’inscrit dans une stratégie délibérée visant à démolir la crédibilité des figures dirigeantes de l’enquête. En prenant Lévy « sur le vif » alors qu’il modifiait sa version en l’espace de quelques minutes, Me Hadad entend démontrer que les enquêteurs ont agi avec une mémoire brouillée, sans rigueur documentaire et sous l’influence d’une motivation politique et médiatique qui a précédé — et orienté — leur travail juridique.

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