La marine israélienne avait intercepté la flottille « Global Sumud » le 30 avril 2026 dans les eaux internationales au large de la Crète — à des centaines de kilomètres de Gaza, bien au-delà des frontières maritimes habituellement invoquées lors d’opérations similaires. Quelque 175 militants de nombreuses nationalités avaient été arrêtés sur une vingtaine d’embarcations. La quasi-totalité a été débarquée en Grèce et renvoyée dans ses pays d’origine dans les jours suivants. Deux hommes, eux, ont été conduits en Israël pour interrogatoire.
Saïf Abu Keshek, Palestinien résidant en Espagne, et Thiago Avila, citoyen brésilien : tous deux sont membres du comité directeur de la flottille. Le ministère des Affaires étrangères israélien les a présentés comme « impliqués dans le terrorisme », précisant pour l’un un soupçon de liens avec le Hamas, et pour l’autre une activité illégale non spécifiée. Les deux hommes ont catégoriquement nié ces accusations, leurs avocats de l’ONG juridique israélienne Adalah parlant d’une détention arbitraire, voire de « prise en otages ».
Une semaine de bras de fer judiciaire
Leur passage devant les tribunaux israéliens a donné lieu à une séquence tendue. Le dimanche 3 mai, un tribunal d’Ashkelon prolongeait leur détention de deux jours. Le mercredi 6 mai, la cour d’appel de Beersheba rejetait le recours déposé par leurs avocats et maintenait la détention jusqu’au dimanche 10 mai. Pendant ce temps, l’Espagne, le Brésil et l’ONU appelaient à une libération « immédiate », qualifiant l’interception de « totalement illégale ». Madrid, qui entretient des relations diplomatiques particulièrement dégradées avec Israël depuis le début du conflit, a haussé le ton plus vigoureusement que les autres.
Entre ces audiences, les deux hommes ont entamé une grève de la faim. Ce samedi 9 mai, l’ONG Adalah a annoncé que le Shin Bet avait informé leur équipe juridique que Saïf Abu Keshek et Thiago Avila seraient libérés dans la journée — remis aux autorités de l’immigration et maintenus en rétention administrative dans l’attente de leur expulsion d’Israël dans les prochains jours.
La question de fond : légalité ou sécurité ?
L’opération soulève des questions qui dépassent le sort de deux individus. Israël a intercepté la flottille bien au-delà de toute zone contestée, à des centaines de kilomètres de ses côtes. Plusieurs pays européens ont invoqué une violation du droit international. Israël a répondu que les organisateurs de la flottille étaient liés à la « Popular Conference for Palestinians Abroad », une structure que Washington considère comme secrètement contrôlée par le Hamas — et placée sous sanctions américaines et israéliennes.
La distinction entre action humanitaire et soutien à une organisation terroriste est au cœur du débat. Pour les organisateurs de la flottille et leurs soutiens, transporter de l’aide vers une population assiégée est un acte moral que le droit international autorise. Pour Israël, les liens présumés des dirigeants de l’opération avec le Hamas font de l’ensemble de la démarche un vecteur de soutien ennemi, quelle que soit la cargaison à bord.
L’expulsion prochaine des deux militants mettra techniquement fin à l’épisode judiciaire — sans trancher le débat de fond, qui continuera d’alimenter les tensions entre Israël et plusieurs capitales européennes.
Pour aller plus loin : Les hackers iraniens et les cyberattaques contre Israël et Netanyahou face à la pression internationale.






