Il y a des chiffres qui figent. Trois mille cibles frappées en Iran depuis le début des opérations — c’est le bilan communiqué ce mardi matin par le porte-parole de Tsahal, selon Srugim. En quelques semaines, l’armée de l’air israélienne a mené une campagne d’une ampleur sans précédent contre les structures vitales du régime islamique. Mais derrière les données militaires brutes se cache une réalité politique explosive : Benyamin Netanyahou a non seulement poussé Trump à déclencher cette guerre, il l’a fait en contournant délibérément les mises en garde du renseignement américain.
La nuit du mardi 24 mars : Téhéran sous les bombes
Dans le cadre de l’opération « Rugissement du Lion » contre le régime terroriste iranien, Tsahal a mené au cours de la nuit de lundi à mardi de puissantes vagues de frappes ciblant des sites de lancement de missiles et des quartiers généraux du pouvoir. La force aérienne, guidée par le renseignement militaire, a opéré en plein cœur de la capitale Téhéran et a détruit des infrastructures centrales de commandement et de surveillance utilisées par les bras armés du régime iranien.
Parmi les cibles principales frappées à Téhéran figuraient deux quartiers généraux centraux du renseignement des Gardiens de la Révolution, le siège du ministère du Renseignement iranien, ainsi que des dépôts d’armement et des systèmes de défense antiaérienne avancés.
En parallèle à l’activité sur la capitale, la force aérienne a frappé au cours de la dernière nuit plus de cinquante cibles supplémentaires dans le nord et le centre de l’Iran. Ces frappes se sont concentrées sur des sites servant au stockage et au lancement de missiles balistiques, qui constituent la principale menace directe contre le territoire israélien.
Le chiffre total de 3 000 frappes depuis le début de la guerre traduit une intensité opérationnelle que peu d’analystes avaient anticipée à ce rythme. L’objectif déclaré est de démanteler les capacités de réponse du régime et d’obtenir une supériorité aérienne durable dans le ciel iranien.
La CIA avait averti. Netanyahou a convaincu Trump de passer outre.
C’est le cœur de la révélation publiée ce mardi par Maariv, citant Reuters : Netanyahou n’a pas seulement fourni le renseignement qui a précipité la décision de Trump — il a activement oeuvré à contourner les résistances internes de l’appareil d’État américain.
Selon le New York Times, le chef du Mossad Dadi Barnéa avait présenté à Netanyahou un plan selon lequel, dans les jours suivant le début de la guerre, le Mossad pourrait vraisemblablement mobiliser l’opposition iranienne, déclencher des émeutes et des rébellions, et peut-être même provoquer l’effondrement du régime. Barnéa avait également présenté l’idée à des hauts responsables de l’administration Trump lors d’une visite à Washington en janvier.
Netanyahou a adopté ce plan — malgré les doutes de hauts responsables américains et de certains éléments du renseignement israélien. Lui et Trump ont eu tendance à adopter une vision optimiste : l’élimination de la direction iranienne en début de confrontation, combinée à des opérations d’intelligence pour encourager un changement de régime, pourrait conduire à un soulèvement populaire et à une fin rapide de la guerre.
La CIA, de son côté, avait une lecture radicalement différente. Des responsables militaires américains ont dit au président que les civils ne sortiraient probablement pas manifester sous les bombardements, et les évaluations du renseignement ont conclu que la probabilité d’une rébellion de grande ampleur était faible.
Plus récemment, lors d’une audition devant le Comité du renseignement du Sénat, la directrice du Renseignement national Tulsi Gabbard et le directeur de la CIA John Ratcliffe ont réaffirmé que l’Iran était encore loin, de nombreuses années, de la capacité à lancer des missiles à longue portée vers les États-Unis — contredisant directement l’un des principaux arguments avancés par Trump pour justifier l’entrée en guerre.
Netanyahou face à ses propres frustrations
Trois semaines après le début des opérations, la promesse du Mossad de voir les Iraniens descendre dans les rues ne s’est pas matérialisée. Le Premier ministre a exprimé sa frustration lors de réunions de sécurité face au fait que les promesses du Mossad sur un embrasement populaire ne s’étaient pas réalisées. Il a même exprimé la crainte que Trump puisse décider de mettre fin à la guerre avant que les actions n’aient porté leurs fruits.
Ce tableau révèle une tension profonde : d’un côté, un Premier ministre israélien qui a joué sa carte la plus haute pour entraîner Washington dans une guerre de grande envergure contre l’Iran ; de l’autre, une réalité du terrain qui résiste aux scénarios optimistes vendus aux décideurs américains.
3 000 frappes. Et après ?
La question qui se pose désormais n’est plus celle du déclenchement — elle est celle de la suite. Selon un haut responsable américain, l’équipe de sécurité nationale du président essaie encore de comprendre qui prend réellement les décisions à Téhéran. Le régime est décapité, mais pas effondré. Les frappes continuent, les missiles iraniens continuent de tomber sur le centre d’Israël, et la guerre a déjà coûté la vie à des soldats américains et à des milliers de civils iraniens.
Des responsables kurdes eux-mêmes ont averti qu’une telle opération risquait d’unifier le peuple iranien contre une ingérence extérieure — l’exact inverse de l’effet recherché.
3 000 frappes. Chaque chiffre représente une cible détruite, une capacité neutralisée, un morceau de l’appareil militaire iranien réduit à néant. Mais l’histoire de cette guerre, telle qu’elle se dessine aujourd’hui, est aussi celle d’un pari stratégique colossal pris par Netanyahou — celui que la chute du régime suivrait la chute de ses dirigeants. Ce pari n’est pas encore gagné.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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