Moins de 48 heures avant les premières frappes, un coup de téléphone a changé le Moyen-Orient. Ce qui s’est dit dans la salle de situation de la Maison Blanche le 23 février, entre Benyamin Netanyahou et Donald Trump, vient d’être révélé par Reuters et Maariv — et l’image qu’il donne est celle d’un Premier ministre israélien jouant sa carte finale pour pousser un président déjà penché vers l’action à franchir le dernier pas.
Le renseignement qui a tout fait basculer
Un nouveau renseignement avait indiqué que la réunion d’Ali Khamenei avec ses proches conseillers avait été avancée au matin du samedi — non plus au soir de shabbat comme prévu initialement. C’est ce détail opérationnel qui a transformé une opportunité théorique en fenêtre d’action concrète.
Netanyahou a informé Trump que le guide suprême Khamenei et ses principaux adjoints devaient se retrouver dans son complexe de Téhéran — une concentration de cibles qui permettait de les atteindre dans le cadre d’une « frappe de décapitation ». Selon Reuters, trois sources proches de l’échange ont confirmé que Netanyahou a affirmé lors de cet appel qu’il n’y aurait peut-être jamais de meilleure occasion d’éliminer Khamenei — et que cela constituerait aussi une revanche pour les tentatives d’assassinat iraniennnes contre Trump lui-même, notamment un complot attribué à Téhéran pendant la campagne de 2024.
L’argument était taillé pour convaincre Trump, et il l’a convaincu.
« Tu peux faire l’Histoire »
Selon les mêmes sources, Netanyahou a dit à Trump qu’il pouvait « faire l’Histoire » en contribuant à éliminer la direction iranienne — et que les Iraniens pourraient descendre dans la rue et renverser le régime eux-mêmes. C’est un argument séduisant, mêlant opportunité stratégique, vengeance personnelle et perspective de changement de régime. Netanyahou savait exactement à qui il parlait.
La porte-parole de la Maison Blanche a confirmé que Netanyahou est bien celui qui a informé Trump de la possibilité de frapper Khamenei le samedi. Ce que Trump a fait de cette information en dit long sur l’état d’esprit qui régnait alors à Washington.
Un président déjà prêt à agir
Il serait inexact de présenter Trump comme un président manipulé à son insu. À ce stade, Trump avait déjà approuvé en principe la possibilité d’une action militaire américaine contre l’Iran, mais n’avait pas encore décidé du moment ni des circonstances précises dans lesquelles les États-Unis s’engageraient.
L’armée américaine avait renforcé ses effectifs dans la région pendant des semaines, ce qui avait conduit de nombreux responsables à conclure que ce n’était plus qu’une question de quand le président déciderait d’agir. Une date avait même été envisagée, repoussée à cause des conditions météorologiques.
Au CIA, plusieurs scénarios avaient été préparés en cas d’élimination du guide suprême, avec différents résultats possibles. L’une des conclusions était que, tant que les États-Unis n’interfèrent pas avec l’activité économique et l’industrie pétrolière, la nouvelle direction pourrait être plus ouverte à des négociations et accepter de renoncer au programme nucléaire.
Mais la diplomatie avait ses limites. Le jeudi, après des heures de négociations à Genève avec des représentants iraniens, Jared Kushner et Steve Witkoff ont informé le président qu’à leur estimation, aucun accord n’était envisageable. Ce double signal — renseignement militaire sur Khamenei confirmé par la CIA, et voie diplomatique officiellement fermée — a levé les derniers doutes.
La décision finale : 15h38, vendredi
Le vendredi à 15h38, heure de Washington, Trump a donné son feu vert définitif à l’opération. Onze heures plus tard, les premières bombes tombaient sur Téhéran. Dans la frappe, Khamenei a été éliminé avec d’autres hauts responsables de la direction iranienne — et la guerre avait commencé.
Les Iraniens ne croyaient pas que la frappe se produirait en plein jour. À tel point que les participants à la réunion fatidique n’avaient même pas pris la peine de se retrouver dans un bunker souterrain. Khamenei lui-même, selon des proches cités par Calcalist, avait dit qu’en cas de guerre, il préférait devenir un martyr plutôt qu’un dirigeant réfugié dans la clandestinité.
Les conséquences : plus lourdes que prévu
La question qui s’est posée dès les lendemains de l’opération est celle du coût. Les frappes ont conduit à des contre-attaques contre des actifs militaires américains, à la mort de plus de 2 300 civils iraniens et d’au moins 13 soldats américains, à des dommages chez les alliés des États-Unis dans le Golfe, à la fermeture de l’une des voies maritimes les plus importantes du monde et à une flambée marquée des prix du pétrole.
Aux États-Unis, des voix ont reproché à Israël d’avoir entraîné Washington dans la guerre. Le secrétaire d’État Marco Rubio a rejeté ces accusations, affirmant que le mouvement était inévitable et que la seule question était celle du moment. Trump lui-même a pris soin de démentir toute idée de manipulation : il a dit aux journalistes à la Maison Blanche que Netanyahou n’avait pas imposé sa volonté et a ajouté : « Si quoi que ce soit, c’est peut-être moi qui ai tordu le bras d’Israël. »
Une architecture de décision à décrypter
Ce que les révélations de Reuters et Maariv mettent en lumière, ce n’est pas simplement la mécanique d’un appel téléphonique. C’est l’architecture d’une décision géopolitique majeure — celle qui a mis fin au régime islamique iranien tel qu’il existait depuis 1979 — construite sur des semaines de pression diplomatique israélienne, de tergiversations américaines, d’un renseignement militaire de haute précision, et d’un moment où tous les éléments se sont alignés en moins de 48 heures.
La CIA avait également estimé, dans les semaines précédant la frappe, que si Khamenei était éliminé, son successeur probable serait un homme de ligne dure issu du système. Ce calcul de risque ne semble pas avoir pesé lourd face à l’urgence opérationnelle du moment.
L’histoire retiendra que la guerre a commencé un matin de samedi à Téhéran, mais qu’elle a été décidée dans les 48 heures précédentes — au bout d’un fil sécurisé, entre deux hommes convaincus que la fenêtre était en train de se fermer.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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